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  Sommaire - Livres -  A - F -  La légende des Ravens, Tome 1 : SylveLarmes




"La légende des Ravens, Tome 1 : SylveLarmes"
de
James Barclay

Editeur :
Bragelonne (3 juin 2004)
 

"La légende des Ravens, Tome 1 : SylveLarmes"
de James Barclay


Après avoir enchanté les fans de la France entière avec sa première trilogie des Raven, James Barclay l’enfant terrible de la fantasy revient nous passer le bonjour. Etrange elfe réchappé de quelques festins arrosés de malt, Peter Pan ayant trop fait de bétises décidant se ranger par l’écriture, le merveilleux James est de retour avec toute sa décontraction so british et son charisme qui en ont fait chavirer plus d’une. De ce sourire rêveur et ce regard perdu en d’étranges contrées nul n’aurait pu penser il y a de cela quelques années que ce directeur de la communication de la City se transformerait en une plume majeure de la fantasy.


10/10

Sylvelarmes, un nom qui tranche comme la lame éffilée dans l’air chaud d’une éternelle nuit, loin dans quelque pays exotique. La nouvelle trilogie de James Barclay est en continuité avec la première puisque les lecteurs vont avoir le bonheur de retrouver les valeureux et pathétiques Raven, si vrais, si entiers, l’éternelle bande de justiciers rompus à la sauvegarde du monde. On aurait pu penser à la bonne vieille redite voulant qu’on reprenne les mêmes pour rejouer inlassablement la même pièce de théatre, en espérant que les lecteur ne se lassent pas. Mais non, Barclay est un jeune impertinent de la prose, et la narration des faits est en parfaite osmose avec des personnages qui, tout en ressentant les affres du temps inlassable qui passe, conservent leur panache et cette fausse pudibonderie bien anglaise qui fait toute leur particularité.

Le style de l’auteur, déjà éprouvé dans la première saga, a pris en maturité. Les scènes de combats sont très bien décrites, les atmosphères, le climat avec toutes ses nuances et déchainement soudains des éléments, tout est magnifiquement orchestré par ce maître de symphonie qu’est Barclay, et tout concours à faire de la saga des Raven et de ce premier volume du second cycle un pandemonium pittoresque et bigaré d’un monde haut en couleurs. Barclay est un rôliste à la base mais il n’a pas les tics et défauts propres à certains qui au gré de leur prose s’épanchent avec des conceptions alambiquées sur la magie par exemple.

Non, la magie chez Barclay est vivante, elle n’est pas un fumeux système de logique devenu illogique quand il est apposé sur de l’irrationnel, un irrationnel qui fait plus appel à du sentiment, à de la poésie mystique, à de la rêverie qu’à un jet de dés et des considérations logiques.

Nous découvrons donc à l’occasion de ce nouveau cycle un monde défait et divisé, conduit à sa propre perte par un mal profond. Monde en guerre, monde meurtri le continent de Balaia est assiégé par les ennemis Ouestiens. Les Elfes, qui pensaient jusque là pouvoir échapper à la folie de ce monde dominé par l’arrogance des hommes, se voient soudain frappé au coeur même de leur pays de Calaius.

Une étrange épidémie les décime par centaines sans qu’ils ne puissent savoir pourquoi, ni même savoir d’où provient le maléfice. Ilkar, Elfe, Raven et magicien de son état part dans une quête impossible, et pour cela il devra de nouveau faire appel à l’ancienne alliance, l’ancien pacte qui l’unit indéfectiblement à ses frères Raven. Une quête qui sera également un parcours mortel vers des destinées diverses et fatales.

La grande peste s’abat sur le monde des Elfes, Barclay insère dans son récit un nouveau paradigme du mal, mais cette fois-çi il a choisit la maladie, comme pour nous rendre ses héros plus présents, car plus fragiles, plus humains devant ce mal sans couleur, sans forme, ni visage. C’est cette familiarité avec le malheur d’un monde qui se meurt qui nous rend les Raven si communs et si extraordinaires. Barclay nous a donné une fantasy profondément humaniste par-delà les affrontements et la violence.

Il a dressé un lien subtile avec ses lecteurs en nous rendant ses héros mortels, capables eux aussi de mourire, de faillir et donc d’échouer. C’est cette subtile hésitation qui nous les rend si familiers, et cette capacité à soulever des montagnes qui en fait définitivement des héros. Le pathos du tragique étant installé, Barclay nous conte l’éternelle bataille d’un groupe restreint face aux légions du mal dans un style alerte et vivant. Son sens de l’épique se déploit au fil des pages, enchantant les lecteurs par ces sentiments si absents de notre communauté que sont l’amitié, la fidélité, l’appartenance à un groupe soudé autour d’idéaux haut placés « à méditer pour certains » . Bref, Barclay distille à travers des périples guerriers tous ces plus qui rendent tellement préférables les petits exploits ou les dons généreux aux mensonges du commun des mortels.

Et c’est cette authenticité qui fait que le récit fédère, qu’il travaille à distraire tout en sauvant ces sentiments célébrés depuis des années par la fantasy. La fragilité de ses personnages face à la mort, cet amor fati si touchant pourra rappeler certaines considérations sur le destin et la mort dans le cycle de Teur du grand Gene Wolfe, des images fortes atténuées cependant par un humour de second degré, un flegme britannique qui nuance le tout. L’odyssée de Barclay nous fait traverser un monde aux paysages changeants, faisant de ses Raven les portes-drapeaux de l’impossible, quand tout semble joué d’avance. Monstres, démons et merveilles, femmes, magies, tout le repertoire classique y passe.

Mais le tout est à ce point disséqués par la plume vive de l’auteur, qu’on a toujours l’impréssion de découvrir quelque chose de nouveau. Barclay est un adolescent infernal qui semblerait avoir à jamais quitté le monde des adultes, cruel et cynique, pour rejoindre les rêveries des promeneurs solitaires, quelque part, en quelques régions isolées de la Faerie. Bienvenue chez toi cher James.........

James Barclay, Sylvelarmes, Bragelonne, Traduit de l’Anglais par Isabelle Troin, Couverture par Etienne Le Roux, 424 pages, 20 €.


James nous prépare, parait-il, un space opéra de la trempe du cycle de Traquemort de Simon Green. On attend ça avec une certaine curiosité. En attendant, branchez vous sur son site, il est vraiment excellent : www.jamesbarclay.com ainsi que sur celui de Bragelonne : www.bragelonne.fr





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