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  Sommaire - Interviews -  Jean-Pierre Andrevon


Interview de Jean-Pierre Andrevon
Par par Alain Pelosato

Dernier ajout : mercredi 12 mai 2004

"Jean-Pierre Andrevon"

Interview des anciens

On assiste depuis quelques années à l’émergence d’un grand nombre d’auteurs français de SF : pour le meilleur ou pour le pire ?

En France, la s-f a toujours fonctionné selon des périodes de haut et bas étiages. Je suis moi-même arrivé ( fin des années 60 ) quand elle avait la tête sous l’eau, ça a regrimpé, ça a baissé, maintenant, depuis pas loin de dix ans, ça regrimpe. Tant mieux, en attendant pire. Il est toujours encourageant de voir les auteurs croître : c’est signe de bonne santé du genre. Il est moins encourageant de voir le nombre de lecteurs stagner ou baisser. Mais il est en est de la sf comme d’autres genres peu populaires ( quoi qu’on dise ), comme le polar ou la poésie. L’essentiel est d’atteindre un point d’équilibre, où il n’y ait pas plus de comédiens sur scène que de spectateurs dans la salle. Ce qui était arrivé à la fin des années 70, où il y avait 37 collections sur le marché, d’où étouffement. Il me semble qu’en ce moment, un certain équilibre a été atteint, fragile certes. Ce qui est dû pour une bonne part à l’émergence de petites éditions, aux tirages modeste, et de peu de coût, relayées par 3 pou 4 collections de poche. Quant aux auteurs... je me garderai bien de porter un jugement de valeur, d’abord parce que, globalement, ça ne servirait à rien, aussi, hélas ! parce que je lis beaucoup moins de s-f qu’avant...

De jeunes écrivains t’ont lu et apprécié avant de se mettre à écrire ; tu en as influencé beaucoup : te retrouves-tu parfois dans leurs écrits ?

Apprécié et combattu, voire vilipendé, tu veux dire ? J’ai toujours écrit à l’opposé des goûts et des modes, et loin de tout consensuellement et politiquement correct. Je fais partie des post-68tards et, contrairement à d’autres, je continue, persiste et signe. Parce que, 1) la s-f est le terrain idéal pour parler de la société et de son avenir, donc de politique, et que 2), tout ce que nous disions, tout ce que nous prédisions dans les années 70, nous les écolos-politiques, s’est avéré vrai. C’est donc avec satisfaction que j’ai pu constater qu’après un rejet massif de l’engagement, une montée en force de la fantasy, certains auteurs, pas tous, se sont à nouveau rendu compte qu’ils vivaient dans un monde précaire, et qu’il était bon de donner de la voix contre les aveugles, les sourds, les muets, les lâches, les connards. A ce titre, je salue Lehman, Bordage, Ayerdhal surtout.

Certains te demandent-ils aide, conseils ou avis ? Comment le prends-tu ?

A mes débuts, j’avais demandé aide, conseil, avis à mon auteur-fétiche : René Barjavel. Qui m’avait fraternellement accueilli, ce que je n’oublierai jamais ( alors qu’aujourd’hui il de bon ton de le dénigrer et de le traiter de réactionnaire ). Quand on fait appel à moi, j’essaye toujours de répondre, seul temps m’empêchant de faire plus et mieux.

Penses-tu qu’ils soient mieux entourés et conseillés en général, que leur position de créateur soit plus confortable que la tienne au même âge (25-35 ans) ?

Cet entourage vient en particulier de directeurs de collections qui ont le même âge que les jeunes auteurs qu’ils publient ( Sébastien Guillot, Gilles Dumay, Olivier Girard ). Donc les contacts sont plus faciles, plus amicaux que "de mon temps", où l’on avait à faire à des vieilles barbes. Mais pas toujours, si l’on veut bien se souvenir de Klein quand il était accessible ou de Dorémieux quand il était vivant. Ceci dit ( et ce n’est qu’un avis personnel ), à quoi servent les conseils les plus avisés ? Un auteur, un créateur en général doit être un solitaire, capable de ne compter que sur ses seules forces (lire les autres étant un bon exercice musculaire ).

Que penses-tu des éditeurs de SF actuels ?

Voir ci-dessus. J’ajoute un bémol : un "bon" éditeur, pour un auteur, est celui qui vous publie. Le reste est accessoire.

Selon toi, la jeune SF française soutient-elle la comparaison avec l’anglo-saxonne ?

Voir plus haut : je ne lis plus assez pour avoir un avis vraiment circonstancié. Mais trouve-t-on chez nous les équivalents d’un Simmons, d’un Silverberg ? Bordage, peut-être. Mais jeune veut dire jeune : on ne peut comparer un auteur entre 30 et 40 ans avec quelqu’un qui a 30 ou 40 ans de carrière. On en reparlera dans 20 ans !

Beaucoup de jeunes auteurs donnent dans la fantasy et le steampunk : apprécies-tu ces genres très peu pratiqués il y a 15 - 20 ans ?

On a pu dire que LES HOMMES-MACHINES CONTRE GANDAHAR (1969) était le premier exemple de fantasy à la française. Pour moi, c’était plutôt un space-opera. Et il est vrai que je n’apprécie guère la fantasy, trop répétitive à mon goût ( à part Leiber et quelques Vance ). Le steampunk est d’une tout autre trempe, qui sait ( quand il est bien fait ), faire fonctionner la nostalgie dans le bon sens. Même si on quitte un moment le domaine de la littérature, LA LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES est un chef-d’œuvre ( je parle de la b-d ).

Ne regrettes-tu pas un certain manque d’engagement
politique ?

Je regrette surtout que certains ( bizarrement, on les trouve surtout dans la tranche des 40-50 ans, suivez mon regard ) s’acharnent à refuser, à dénigrer cet engagement, et à nous resservir les éternels arguments sur la "littérature-tract". Quand le fascisme rampant et la montée des eaux aura eu raison d’eux, peut-être se poseront-ils ( trop tard ) des questions. Ceci dit, on peut écrire de l’excellente s-f sans être "engagé" : mon second maître avec Barjavel, Stefan Wul, en est un exemple éclatant.

Dernière question cruciale : quels sont tes chouchous ?

Mes cinq chats, qui sont de pures créatures de science-fiction.

Propos recueillis par Alain Pelosato (été 2003)


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