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  Sommaire - Interviews -  Tirso


Interview de Tirso
Par Toni Boix

Dernier ajout : vendredi 23 novembre 2007

"Tirso "

Extrait du site Zona Negativa

Toni Boix : Avant de venir à la BD, tu avais un bon poste dans une importante société publicitaire. Qu’est-ce qui t’a poussé à abandonner tout cela pour les incertaines prairies bédéistiques ?

Tirso : Oui, je travaillais chez Contrapunto (une agence du groupe BBDO). Au départ comme directeur artistique et par la suite, après m’être "reconnecté" avec le dessin, en tant qu’illustrateur. En vérité il n’y a pas eu de rupture brusque entre les deux activités. Tout s’est passé de façon plus fluide et naturelle que l’impression que cela donne, raconté ainsi en quelques mots.

Certains événements ont été marquants, mais tout s’est fait petit à petit. Tout d’abord, en novembre 2002, Raquel, ma femme (ma fiancée à l’époque), a vu une affiche qui annonçait l’Expocomic et comme elle savait que j’aimais la BD, vu toutes les étagères que j’avais, elle m’a proposé d’y aller. Et bon... ce fut un week-end spécial qui a réveillé beaucoup d’émotions et de rêves en moi.

Après, je n’arrêtais pas de dessiner à l’agence. En vérité, je bâclais même une grande partie du travail sérieux. Et par hasard, une directrice créative a vu mes dessins et avait besoin d’un story-board. Elle me l’a proposé, en me précisant que je pourrai le facturer à l’agence (surtout parce que je le ferai en heures supplémentaires). Elle en a parlé à qui de droit... je ne me rappelle pas bien, et j’ai fini par le faire. D’autres situations similaires se sont ensuite succédées... et bon, à la fin j’ai proposé de changer de poste et ainsi me concentrer sur le dessin, qui m’amusait et me motivait davantage. Comme cela s’avérait plus rentable, ils ont accepté. Et j’ai travaillé ainsi pendant plusieurs années. Jusqu’en septembre 2005.

Cela me donnait du temps pour préparer mes travaux de bandes dessinées et apprendre beaucoup de choses sur ce processus. Surtout beaucoup de choses sur le fonctionnement des marchés. En général. Parce que les marchés éditoriaux ne sont pas différents des autres.

Émotion et raison. Des sentiments à l’analyse. De l’élan à la planification. Au final, en de nombreuses d’occasions, des sentiments contradictoires nous font avancer pour arriver à un but.

De toute façon, ces sentiments m’ont toujours fait voir ce que je faisais comme un risque énorme... et j’ai la sensation que ça ne l’a jamais été. Ou tout du moins pas "énorme". Je n’ai jamais sauté d’un tronc à un autre. J’ai toujours posé un pied, et en prenant appui dessus, j’ai bougé mon autre pied.

Toni Boix : Tu as dit que durant l’Expocomic beaucoup d’émotions et de rêves se sont réveillés. Lesquels ? De quel type ?

Tirso : J’avais une assez grande collection de BD chez mes parents à Pontevedra, mais chez moi, aucun. Quand je vivais chez eux, j’étais beaucoup plus intense. Je connaissais davantage de gens qui lisaient des BD, nous en parlions, nous les échangions, nous écrivions et dessinions...

En allant à l’Expocomic, j’ai revécu tous ces moments d’un coup. Voir tant de gens, des auteurs, les discussions...
Je crois qu’une alchimie avec la BD s’est recréée. J’étais envahi d’un désir de dessiner, d’écrire... et pendant de nombreux jours, je ne pouvais pas arrêter d’y penser.
C’est difficile à expliquer. Je crois que dans le fond, l’envie était là, latente. Elle avait seulement besoin d’un déclencheur qui lancerait tout. Ce serait arrivé tôt ou tard. Je pensais juste que c’était quelque chose d’impossible et d’inatteignable... et à ce moment je me suis rendu compte que ça ne l’était pas, ou que ça ne devait pas l’être.

Toni Boix : C’est curieux la renaissance de cette passion pour la BD après 10 ans à en être éloigné. Qu’est-ce que tu as découvert dans la BD qui a fait que tu mises autant dessus ?

Tirso : La BD en elle-même. Le medium. Simplement, pendant longtemps, je n’avais pas arrêté de penser que c’était possible, comme tout, si je faisais des efforts pour y arriver.

Toni Boix : Quand tu parles "du medium", tu te réfères aux possibilités narratives et linguistiques de la BD ou à tout ce qui entoure la BD, le public, l’industrie ?

Tirso : Au moyen de communication ; tu choisis une voie ou une autre par les circonstances qui t’entourent, tes goûts, les possibilités qu’elle t’offre... Mais un medium de masse (quel qu’en soit sa taille), implique une industrie et un public objectif.
Je suppose qu’on entre par la porte de la créativité et on progresse par les couloirs de l’industrie, en essayant de ne pas perdre ce compromis créatif avec lequel on est entré.

Toni Boix : Comment se sont passé tes premiers contacts éditoriaux ? A qui t’es-tu adressé et que proposais-tu ?

Tirso : Au fur et à mesure, j’ai fais la connaissance d’autres auteurs, en me rendant à davantage de salons ou à toute activité en rapport, en faisant des recherches par Internet, et j’ai découvert un peu comment ce petit monde tournait. Au départ, j’ai touché un peu à tout. Ce que je voulais, c’était travailler et apprendre, donc je ne me suis pas adressé à un marché précis. J’ai tâté tout les terrains. J’ai analysé un peu ce qui était exigé sur chaque marché, et je me suis surtout beaucoup déplacé : Barcelone, Paris, Angoulême...
J’ai voyagé dans beaucoup de lieux où je pourrais prendre contact avec des éditeurs. Entendre ce qu’ils avaient à dire, connaître d’autres auteurs et apprendre de leur expérience... enfin, vivre l’expérience de près. Et apprendre.

A Barcelone (en 2004 je crois), n’ayant aucun rendez-vous avec les éditeurs qui venaient, je n’ai réussi à parler qu’avec deux d’entre eux : Mike Marts (de Marvel) et Pierre Paquet (éditeur et propriétaire de Paquet). Bien que Mike ait été très courtois, il m’expliqua que j’étais encore un peu vert pour travailler pour eux, mais il aimait mon style et nous avons gardé le contact ces dernières années. Paquet m’a offert un contrat presque sur le champ. En fait il m’est parvenu une semaine ou deux plus tard par courrier. Il me proposait de dessiner une histoire de pirates. Trois ou quatre jours ensuite, Wander m’écrivait, sans savoir très bien ce qu’il se passait. C’est drôle, parce que c’est l’éditeur qui a proposé l’idée, après avoir vu un dessin de pirate que j’avais fait... et il a écrit à ce scénariste en rentrant en Suisse pour qu’il m’écrive un scénario. Et il nous a mis en relation. Javi nous a rejoint ensuite.

Donc, je n’ai rien proposé ! Ils me l’ont proposé. Ensuite, bon... pendant la réalisation de l’album, j’ai aussi continué à me déplacer. En essayant de rencontrer d’autres éditeurs et en maintenant les contacts que j’avais eu cette même année en janvier à Angoulême (2004).

Toni Boix : Et quelle bilan tires-tu de l’expérience qu’a été cette première BD, l’Œil du Diable ?

Tirso : Très positive. J’ai appris beaucoup sur beaucoup d’aspects. Et par-dessus tout le travail en équipe avec Wander, Javi et Félix a été amusant et très agréable.

Une fois l’album terminé, je suis allé à beaucoup de festivals pour en faire la promotion. Cette partie a été un autre apprentissage qui m’a énormément plu. Rencontrer d’autres auteurs, de différents pays, et parler avec eux, sur leur façon de travailler, leurs goûts, ou tout autre sujet, cela permet d’obtenir une vision plus vaste de la profession que celle qu’on aurait eu en restant chez soi. Cette partie a été réellement enrichissante.

Toni Boix : L’Œil du Diable possède quelques idées très intéressantes sur les plans narratif et visuel, peu habituelles pour une première approche d’un nouveau medium, comme la manière dont tu illustres la bataille navale de la fin du livre. Comment t’es venue cette idée ?

Tirso : Par nécessité.
Arrivés à ce moment de l’histoire, nous avions montré différentes séquences d’action et de batailles, mais celle-ci devait avoir un impact plus marquant, étant données les conséquences qu’elle aurait. Dans le scénario, elle n’occupait qu’une page. Bon, c’est quelque chose d’habituel en BD. L’espace du format te limite et on ne peut pas toujours adapter la narration à ses désirs. D’autant plus quand on essaye de raconter une histoire en 46 pages.

Les batailles navales duraient parfois des heures ! Et cela n’allait pas pouvoir être transmis ! Donc j’ai essayé de réduire l’espace et de ralentir le temps sur cette page. Lui donner un aspect confus dans un ordre régulier. Comme les puzzles où l’on doit déplacer des cases pour former une image. Il est possible de la regarder dans différentes directions... et d’une certaine manière transmettre la confusion qu’on ressent dans une telle situation.

Toni Boix : Après l’Œil du Diable, quels ont été tes aventures éditoriales ?

Tirso : Déjà pendant la réalisation de l’Œil du Diable, je suis resté en contact avec d’autres éditeurs que j’avais précédemment rencontrés, et en parallèle, j’avais commencé à écrire "Tuer un fantôme" (un western lui aussi auto conclusif). Puis, grâce à mon travail sur l’Œil du Diable le scénariste Mathieu Mariolle m’a contacté pour démarrer un projet (une série d’aventures) pour Soleil, la maison d’édition avec laquelle il avait commencé à collaborer. Ce qui est amusant, c’est que l’éditeur, que je connaissais aussi, m’avais contacté pour me présenter à un scénariste et préparer une série. C’était Mathieu. Et entre eux ils n’en avaient pas parlé ! Les hasards !
J’ai commencé à dessiner mon western tandis que je préparais le projet de Mathieu, mais rien ne se confirma. J’avais tellement avancé ma BD qu’elle était presque terminée. Et pour des raisons différentes, je n’ai ni fini "Tuer un fantôme", ni signé l’autre projet, pour des motifs qu’il ne sert à rien d’expliquer maintenant.
Cette même année 2005, Nicolas Forsans, avec lequel je gardais le contact, m’a offert de reprendre la série Marshall. Il m’a proposé le contrat. J’ai accepté.

Toni Boix : Qu’est-ce qui t’a attiré dans l’offre de Nicolas Forsans ?

Tirso : Son professionnalisme, depuis qu’il m’a contacté pour me demander mon "planning", jusqu’à ce qu’il me propose ce contrat. Il n’y a jamais eu de soucis d’aucune sorte. Il a été clair, rapide et n’a jamais douté. Cela m’a donné confiance et la relation avec lui avait toujours été excellente. Cette relation de confiance a perduré et s’est poursuivie avec Philippe Hauri, mon éditeur actuel.

Bon... et puis c’étaient les Humanos ! C’est la classe, non ?

Toni Boix : Alors quel bilan tires-tu de ton expérience sur la série ?

Tirso : Positive. J’essaye toujours de dresser un bilan et de donner davantage de poids à ce qui est positif. Dans tout, il y a de bonnes choses. Des fois plus et d’autres moins, mais on apprend toujours, et ça, c’est déjà positif. Ça t’aide à t’améliorer. Si tout était un chemin de roses, il n’y aurait pas de sacrifice, et sans sacrifice il n’y a pas de récompenses. Ou tout du moins, on ne les apprécie pas à leur juste mesure. Il faut se battre avec le vent ou faire sans. Évidemment, avec un calme plat... on ne bougerait jamais.

Toni Boix : En ce moment dans quelle phase est la série ? Tu as terminé un cycle ou l’histoire complète ? Va-t-il y avoir une suite ?

Tirso : Je ne sais pas ce qu’il arrivera de la série. J’ai terminé son premier cycle. Et je n’en sais pas plus. Ensuite, je me suis concentré sur d’autres projets.

Toni Boix : J’imagine que ce n’est pas vraiment habituel qu’une grande maison d’édition comme les Humanoïdes Associés, offre à deux auteurs espagnols - relativement jeunes dans le domaine de la BD - l’occasion de développer une œuvre personnelle. A ton avis, quelles ont-été les raisons pour que l’éditeur vous fassent autant confiance et comment le ressentez-vous ?

Tirso : Le bon goût de mon éditeur ! Hé hé ! Je ne sais pas quelles ont été les raisons, mais je suppose qu’elles ont beaucoup à voir avec la confiance. Depuis que je suis entré dans la maison d’édition, ils ont cru en moi et en mon travail. Même en ce qui concerne mes idées et mes décisions. Je suppose que les choses ont fonctionné, et cela peut seulement mener à une plus grande confiance. Peu importe d’où tu sois, ni combien de temps tu mets pour faire quelque chose. Tu peux avoir passé toute ta vie à faire des choses ordinaires. Ce qui importe c’est de le faire bien ou du mieux possible dès le début. Ça génère de nouvelles opportunités. Et un sentiment de confiance. Ensuite, il faut s’en occuper et "le faire grandir".
Nous le recevons comme un vote de confiance, et nous essayons d’être à la hauteur, et de le leur rendre.

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