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"La féline"
de Paul Schrader
La feline  

La féline



Réalisateur : Paul Schrader


Avec :
Nastassia Kinski, Malcolm McDowell, John Heard, Annette O’Toole


Il y a parfois des grands mystères dans les sorties DVD. Ainsi, on annonce un label Collector à des titres où on cherche encore à quoi cela est dû. A côté de ça, pour un prix modique (moins de 15 Euros), certains titres sortent, quasi anonymement (honteusement ?), dans une copie plus que satisfaisante, possédant un véritable format anamorphique (faut le préciser ici parce qu’Universal est spécialiste des jaquettes précisant cela alors que le film est en cinémascope mais pour un écran 4/3, comme pour la ressortie de Always de Steven Spielberg) et bardé de bonus tant d’époques que réalisés récemment. Tout ça se vérifie dans La féline, dont la seule fausse note est un graphisme de titre sur la jaquette laid à mourir. Oui, là, c’est de la pure pinaillerie, je l’admets. A la base, il y a le vieux film de Jacques Tourneur, Cat people, que certains tiennent pur un chef d’œuvre. Chacun ses goûts. Quarante ans plus tard, Universal commande un remake, et c’est Paul Schrader qui s’y colle. Schrader, un des cadors de la " nouvelle vague " du cinéma américain, aux obsessions religieuses et sexuelles assez fortes pour être souvent traitées dans ses films. Avec La féline, il réalise un de ses meilleurs films, faisant de ce qui n’aurait pu n’être que de l’horreur avec des " félins-garous ", un remake réussi où fantastique, sexe, sensualité et violence sont intimement liés, entre autres aussi par les obsessions du cinéaste.


Irena vient retrouver son frère Paul. Elle ne l’a jamais vu, se souvient à peine de ses parents tragiquement disparus quand elle était enfant, et ne possède quasiment aucune expérience amoureuse, encore moins sexuelle. Très vite Irena va découvrir l’incroyable secret de sa famille, remontant à une ère préhistorique où l’homme et le félin ne faisaient qu’un.


Si La féline est un remake réussi, c’est parce qu’il n’hésite pas à aller très loin dans certaines idées à peine effleurées dans l’original ; et comme le dit Schrader, si le film s’est planté (mais bien dans le genre, une épine dans le pied d’Universal à l’époque), c’est à cause de cette campagne de comparaison au point qu’il regrette aujourd’hui de ne pas avoir suggéré un changement de titre. Ainsi, il est fortement question de sexe puisque la métamorphose ne s’opère que pendant un accouplement. Sauf si ce sont des membres de même sang. Et on tombe dans l’inceste. Et pour éviter à Irena la mort comme seule solution, son amant accepte de lui faire l’amour sachant qu’elle ne restera pas humaine jusqu’au bout. Et on tombe dans la zoophilie. Tout cela avec l’ombre de la religion, de ses interdits, de ses tabous. Film bien plus riche qu’il n’y paraît à première vue, La féline n’a rien perdu de son pouvoir étrange, sulfureux, immoral. Malcolm Mc Dowell en frère incestueux est possédé à souhait, et Nastassia Kinski dégage la sensualité nécessaire à nous faire admettre l’inconcevable. Très travaillé esthétiquement, grâce à un proche de Schrader non crédité, baigné par une très belle partition là-aussi plus que sensuelle de Giorgio Moroder (et pour laquelle David Bowie chante le thème du film, en osmose aussi), La féline continue de dégager son sulfureux pouvoir de séduction interdite, entrecoupé de fulgurantes scènes de violence, d’amours contre-nature, et de mythologie païenne d’un autre temps.


Maintenant, les bonus. Un bonheur, dominé par une récente et longue interview du réalisateur par le spécialiste Laurent Bouzereau (plus inspiré que quand il bosse pour son parrain, Spielberg) qui révèle que ce fut son dernier film pour un grand studio, que cela lui coûta son mariage (et à priori, Nastassia Kinski le passionna à plus d’un titre...), qu’il ne voulait pas d’un banal film d’horreur, que ses quelques obsessions disséminées dans ses précédents films, trouvèrent ici un écho parfait pour se libérer intégralement. Une confession qui peut conclure que La féline fut certainement le film qui marqua sa carrière et sa vie. On trouve aussi un entretien avec Tom Burman qui revient, avec nostalgie (ça fait drôle d’entendre Schrader dire que c’était des " effets spéciaux d’un autre temps, plus justes qu’aujourd’hui ") les scènes de transformation, une interview d’époque de Schrader (bien plus coincé qu’aujourd’hui), et au milieu de tout ça, vous découvrirez une scène folle, abandonnée, où on voit une panthère à tête de femme, la mère d’Irina : Schrader la regrette, les screens-tests l’ayant trouvée ridicule. Pour une fois, ce fut un choix judicieux, désolé Paul ! Bref, voilà de quoi est constitué cette édition DVD de La féline, un véritable Collector pour un remake dépassant l’original, le seul Schrader qu’il faudrait absolument avoir dans sa DVDthèque.


Note film : 9/10 DVD : 9 :10



Bonus (vostf) : commentaire audio de Paul Schrader ; interview d’époque de Schrader sur le tournage ; portrait intime de P. Schrader ; entretien avec Tom Burman ; effets visuels ; interview de Robert Wise sur Val Lewton ; bande-annonce.

Stéphane Thiellement



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