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Pasolini : l’alphabet du refus

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par Bertrand Levergeois


Pasolini


L’alphabet du refus

« Le Cour Diabolique sait
qu’il faut être impopulaire : quelque chose
en fait de pire que décevoir !
Il faut dire des vérités impossibles (mais des vérités),
jouer avec l’Antipathie comme avant
on avait joué avec la Sympathie, préparer
avec une sourde ironie l’ultime Refus. »

Pier Paolo Pasolini, Bête de style.(épigraphe du livre)

Le 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini est retrouvé mort à Ostie, près de Rome. Crime sexuel, politique ou crapuleux ? On s’est interrogé malgré les aveux du jeune Pelosi dit la Grenouille, qui s’est borné à endosser cet assassinat perpétré dans des circonstances encore mystérieuses.

Pelosi est condamné à neuf ans de prison, mais le jugement conclut déjà qu’il n’a pas pu agir seul. Le 7 mai 2005, coup de théâtre à la télévision italienne : l’assassin se rétracte. Il se dit innocent.

Qui a tué Pasolini ? Trente ans plus tard, certains espèrent que la réouverture de l’enquête permettra de le savoir.

En attendant, il reste à faire vivre Pasolini pour lequel « la mort n’est pas de ne pas pouvoir communiquer, mais de ne plus pouvoir être compris ». Le comprendre, c’est donc redonner sens à son déchiffrement multiforme de la réalité. Car cette bête de style n’a cessé de sacraliser et désacraliser la réalité par tous les langages : poésie, critique, théâtre, cinéma, peinture, philosophie, politique. Pédagogue de la subversion, il s’est toujours refusé à ce qui refuse la réalité comme langage.

Pasolini est un alphabet du refus.

Épelons-le.

Telle est l’invitation de cet essai aux allures d’alphabet transversal qui passe de l’abjuration à la zone, sans oublier tous les fascismes et la cause gay. D’Accattone à Salò, le cinéma de Pasolini est traversé par la poésie, le théâtre, la peinture,. et inversement. Dante affronte Pétrarque et la nouvelle avant-garde, le Christ s’appuie sur Gramsci, et le Tiers Monde, lui, attend son heure. Un alphabet où Pasolini prend la plupart du temps la parole et presque toujours comme jamais : l’essentiel des citations présentées ici (déclarations, poèmes, extraits de critiques, etc.) est en effet inédit en langue française. Une véritable anthologie est ainsi à lire.

Toutes les questions urgentes qui sont au cour du refus pasolinien sont ici abordées, expliquées :

Marx après la chute du Mur de Berlin,

la liberté sexuelle face à la société de consommation,

la laïcité confrontée au cléricalisme,

les exclus laminés par la mondialisation néocapitaliste,

la voie du progrès contre l’impasse du développement,

le regain résistible mais généralisé du néofascisme dans le monde,

la recrudescence del’homophobie,

le projet d’un changement politique s’opposant à la violence,

le pouvoir et l’impuissance des médias,

la nécessité d’une certaine déscolarisation,

l’enfer de l’hédonisme de masse,...

La France est souvent l’enjeu de ces problèmes qui sont au cour de notre actualité. Et l’astucieux système de renvois et l’index de l’ouvrage font croiser au lecteur Barthes, Baudelaire, Cocteau, Deleuze, Flaubert, Foucault, Gide, Godard, Lévi-Strauss, Mallarmé, Pascal, Proust, Rimbaud, Sade, Sartre, Tati, Valéry, Verlaine, . sans parler des monstres sacrés d’hier : la Callas, la Magnani, la Mangano, Fellini, Calvino, Moravia, Rossellini, Sciascia, Welles. Et de la garde rapprochée de Pier Paolo : Ninetto Davoli, Laura Betti et les Citti.

Cinquante ans d’histoire sont ainsi revisités pour nous aider à mieux comprendre où nous en sommes. En fin de volume, une biographie très documentée (« Une vitalité désespérée ») fournit tous les détails importants de la carrière éblouissante, protéiforme et tragique de Pasolini.

De plus, des illustrations pour beaucoup inédites permettent de visualiser certains des rêves du monde pasolinien.

L’auteur : BERTRAND LEVERGEOIS

Italianiste, auteur d’une thèse de doctorat sur « L’Encyclopédisme de la Renaissance », Bertrand Levergeois est connu pour ses biographies de figures hors norme comme le philosophe Giordano Bruno ou encore le Fléau des Princes, l’Arétin (Fayard, 1995 et 1999). Par ses traductions toujours agrémentées de riches présentations, il a aussi donné vie en français à plusieurs chefs-d’ouvre dont Le Petit Trésor de Latini, le maître de Dante, et Le Petit Enfant de Pascoli, le poète auquel Pasolini se sentait lié « presque par une fraternité humaine ». Il est l’auteur de deux ouvrages sur le cinéaste Federico Fellini dont une biographie.

18,90 ? environ
Collection : Les marches du temps
256 pages

En librairie Le 27 octobre ou le 9 novembre