SF Mag
     
Directeur : Alain Pelosato
Sommaires des anciens Nos
  
       ABONNEMENT - BOUTIQUE - FAITES UN DON
Sfmag No111
110
2
3
 
a
v
r
i
l
RETOUR à L'ACCUEIL
BD   CINE   COUV.   DOSSIERS   DVD   E-BOOKS  
HORS SERIES    INTERVIEWS   JEUX   LIVRES  
NOUVELLES   TV   Zbis   P. Dagon-A. Pelosato  
Encyclopédie de l'Imaginaire, plus de 13 000 articles
  Sommaire - Interviews -  Michel de Pracontal


Interview de Michel de Pracontal
Par David Lapetina

Dernier ajout : mercredi 3 août 2005

"Michel de Pracontal"

Question : Quelle est l’origine de La Femme sans nombril ?

Michel de Pracontal : C’est la version romanesque d’un essai qui s’appelle L’homme artificiel pour lequel j’ai fait tout un travail de documentation sur les automates, les ordinateurs. A l’origine en 2000 quelqu’un des éditions Denoël me contacte pour me demander un essai sur l’homme artificiel en balayant assez large : les robots, les clones, les cyborgs, tous ces intermédiaires entre l’homme et la machine.

Au début je ne me voyais pas faire cet essai, l’éditeur insista et donc j’acceptai. Après avoir commencer et je n’y arrivais vraiment pas pas. J’ai donc décidé de faire une longue nouvelle. J’en écrivis cent pages puis je l’amenai à Denoël, et là ils tombèrent de leur chaise en me disant que c’était de la merde, que le contrat stipulait un essai et non un roman et que même s’ils avaient voulus un roman c’était un très mauvais roman. J’ai remballé mon truc, et je leur ai fait leur essai contractuel, en prenant la même trame mais en enlevant les effets romanesques. L’essai fut publié et j’ai rangé mes cent pages de roman dans un tiroir en me disant que je n’en ferai jamais rien puisqu’on m’avait dit que c’était vraiment nul.

A l’époque je connaissais depuis des années le plus grand penseur de civilisations extra-terrestres : Pierre Lagrange. C’est un sociologue qui s’est intéressé à l’univers des ovnis, et surtout des gens qui racontent des histoires d’ovnis. Pierre Lagrange m’appela et m’expliqua qu’il devait diriger une anthologie de nouvelles de SF sur le thème du complot et me propose de participer. Cela devint Noirs complots.

Derrière cela il y avait Hélène Oswald qui avant dirigeait les Éditions NEO bien connues des amateurs "de mauvais genres". Après la publication de Noirs Complots, elle me contacta et me dit qu’elle avait bien aimé ma nouvelle et me demanda si je voulait en faire un peu plus. Après différentes péripéties, six mois après elle me recontacta en me disant de me dépêcher de finir mon roman et qu’elle l’attendait pour le publier (NDLR : c’est publié aux éditions du Cherche-Midi dans la collection « Néo » ) .

Question : Pourquoi avoir choisi « Gorge profonde » en fil rouge pour votre livre ?

MdP : Là vous me posez une colle. Je peux essayer de reconstituer comment j’ai construit le récit. AU début il y avait un truc de mot de passe. J’ai un ami chercheur en informatique et en intelligence artificiel [NDLR : I.A.], en fait j’ai toute une bande de copains qui a inspiré beaucoup de choses dans ce roman. Ils étaient des pionniers en France en I.A. et un jour l’un d’entre-eux m’avait raconté une histoire dans laquelle le mot de passe était une musique et ça m’est resté. Pour éviter d’être répétitif je me suis dis que j’allais prendre autre chose pour le mot de passe. Cela ne pouvait pas être un mot tout simple car je voulais quelque chose de plus élaboré. Hors, comme le voyage jusqu’à la terre dure longtemps, ils [NDLR : les visiteurs] allaient s’ennuyer un peu donc il fallait qu’ils aient des distractions d’où l’idée d’un film. Mais, après, pourquoi Gorge Profonde ...

Question : Je vous pose cette question parce que cela donne un liant fort au livre entre l’affaire du Watergate et tout les évènements qui s’y rapportent et ce mot de passe.

MdP : Il y a eu un jeu d’association d’idées mais dont je suis incapable de redonner l’ordre exacte. Les éléments furent : FBI/Hoover, Hoover/Watergate, Watergate/Deep Throat, Deep Throat/double sens. Je me suis dit qu’il fallait exploiter ce double sens mais je suis incapable de vous dire si j’ai commencé par le film pornographique et approfondi par la suite ou si j’ai commencé par Hoover pour arriver au film.

Il y a eu ainsi plein de boucles involontaires. Pour donner un exemple, je suis allé voir le film au Brady, toute la scène du cinéma est authentique [NDLR : Angela, une des extra-terrestres va voir le film au Brady]. Ce film m’a amusé, je l’ai trouvé assez rigolo. Il a un côté assez farce avec plein de bêtises. Ce n’est pas fait dans l’ambiance sinistre des pornos actuels. Après avoir vu le film, j’avais en tête le passage de la fusée qui se prêtait bien à mon histoire. Je n’avais pas prévu ça au début, mais là le matériau se prêtait à cette exploitation. Le problème c’est que je devais revoir le film parce que je n’avais évidemment pas chronométré les séquences pendant la projection. Il me fallait une cassette ou un DVD et donc je suis parti à la recherche d’un tel support, recherche que j’ai aussi utilisé dans le livre [NDLR : les extra-terrestres parcourent Londres puis Paris à la recherche du film]. J’ai passé une bonne demie-journée pour le trouver. J’ai fait tous les magasins de la rue Saint-Denis, ils ne l’avaient pas, et au final je l’ai trouvé à côté de Pigalle, en DVD. Ca m’a coûté une fortune.

Le côté rigolo c’est que dès que j’ai chargé le DVD, est apparu en gros sur l’écran F.B.I. Control. Ce qui rejoignait totalement ce que j’avais lu de la biographie de Hoover et son désir de tout contrôler. J’ai donc eu comme ça une série d’idées qui se renvoyaient la balle sachant qu’en plus tout cela eu lieu la même année : 1972.

Concernant Depe Throat je suis assez content de moi car quelques mois après la sortie de mon livre, il s’est dénoncé et j’étais assez fier de moi de voir que c’était Mark Felt car je dis que c’était Hoover à l’origine du scandale et lui c’était le lieutenant de Hoover. Par conséquent ma version romanesque est compatible avec la réalité historique. J’étais quand même un peu frustré parce que comme mon livre est sorti avant les quelques articles dessus n’ont pas pu exploiter cela.

Au final tout ça était un jeu de piste amusant. Il est clair que cela m’amusait d’avoir un film cochon comme mot de passe. Je veux que mes extra-terrestres soient non seulement sans trop de préjugés mais aussi assez coquins. Cela allait bien avec leurs profils, cela allait bien aussi avec l’ambiance que je voulais dépeindre dans mon livre. Il y a un fil conducteur qui n’est pas visible mais je vous le donne comme une clef. Un auteur que j’aime beaucoup c’est San-Antonio (NDLR : de Frédéric Dard) et il y a toujours cette irruption de sexe dans ses textes. Là où je ne suis pas du tout dans sa lignée c’est qu’il est un grand créateur de langage, il utilise un argot à la Audiard mais plus moderne, c’est vraiment un inventeur de langage, plus qu’un auteur de polars. Il prend des trames de polars mais assez légère et il y a des histoires érotiques ou pornographiques et ça m’influence même si je ne vais pas aussi loin que lui ni le prétend d’ailleurs. Je suis plus motivé par la construction du récit et donc j’ai un phrasé peu excentrique. J’essaie d’avoir une langue accessible et je mets un peu d’érotisme mais cela n’a rien de comparable avec San-Antonio et ses scènes pornos qui durent dix pages. Pornos mais drôle, c’est du burlesque pornographique. C’est un auteur qui m’a beaucoup influencé et donc c’était plus logique d’avoir Deep Throat en mot de passe que le Train Sifflera trois fois.

Question : Et pourquoi vos extra-terrestres jurent ils en utilisant des noms de dieux hindous ?

MdP : C’est arrivé un peu par hasard. J’ai fonctionné à la fois dans le délire et dans le plaisir. J’avais une trame de base, que j’avais depuis longtemps, et dans cette trame je voulais des lieux, des ambiances, des discours qui s’assemblaient comme un puzzle et le hasard a fait que je suis tombé sur une biographie d’Oppenheimer dans lequel il parlait du dieu Arjuna qui sera la destruction et cela m’a frappé ce rapprochement que faisait Oppie avec la philosophie indienne sauf que ce n’était pas développé. J’ai donc eu envie d’aller voir qui était ce Arjuna. Je me suis procuré un énorme livre sur la mythologie indienne, je suis allé au musée Guimet et tout cela participait à une ambiance néo-années 70. A l’époque j’étais assez ironique sur la philosophie indienne mais dans le livre que j’ai trouvé, ça allait au delà de cette ironie. Dans ce livre l’auteur détaillait que la philosophie antérieure à l’hindouisme qui lui était lui était supérieure, l’hindouisme étant lui même supérieur au bouddhisme. Et donc ça me plaisait de remonter au delà du cliché commercial qu’est le bouddhisme. Il s’agissait donc d’une philosophie beaucoup plus ancienne qui ne me semblait pas incompatible avec la pensée très éclectique et très fondamentale de ces gens [NDLR : les extra-terrestres].

Question : Quand on lit d’abord Les Impostures... puis ce livre, on voit un parallèle comme si vous vous étiez challengé vous même pour devenir un imposteur en prenant des faits historiques bien connus et en mettant en arrière-plan une trame secrète.

MdP : Ce n’est certainement pas dû au hasard, mais je ne peux répondre ni oui ni non. Il est vrai que je reprends exactement la trame que j’ai exposée et critiquée dans mon livre Les Impostures... : Roswell, les extra-terrestres, etc. Mais, en même temps dans mon cas l’imposture est totalement ludique. Il est évident que je joue avec les faits et qu’en plus je n’arrête pas de me moquer. D’ailleurs, si on regarde bien je me moque complètement de la littérature extra-terrestre. Il y a beaucoup de choses que j’ai citées, notamment tout les clichés sur le sujet. En fait, je revendique aussi le droit à la fiction. C’est affiché que c’est de la fiction, mais il est aussi vrai qu’il y a une difficulté aujourd’hui : c’est de plus en plus difficile de faire la part entre la fiction et le reportage. Et moi je suis très attaché à une éthique où les frontières sont bien définies.

Là, il est clair que c’est un espace de jeu. On est là pour s’amuser, délirer, ressentir des émotions et pas du tout pour faire l’exercice beaucoup plus rigoureux que je propose dans Les impostures... Je me suis donc emparé de toute la mythologie de Roswell et des légendes urbaines, c’est très documenté.

Question : Les limaces au Brady, métaphore ou réalité ?

MdP : Ca prend son origine avec la Gare du Nord. Avant que ce ne soit nettoyé au « Karcher », il y avait une rangée de SDF et la description qu’Angela en fait en arrivant est juste une exagération de ce que l’on pouvait voir entre le dégueulis, les odeurs de bière, etc. Je suis donc parti de cette idée de masse grouillante. C’est assez facho comme vision du SDF mais Angela regarde cela avec une distance d’entomologiste. J’ai donc imaginé un être humain, un clochard qui aurait subit des bombardements de radiations. La limace est donc une caricature de la perte de la forme humaine. Cela crée de plus une opposition culturelle avec le monde anglo-saxon plus puritain, plus mécaniste, plus robotisé et plus cyber et le monde français plus muqueux. Il était donc logique d’avoir des limaces et des cyber-poulpes en France.

Question : Avez vous d’autres romans en cours ?

MdP : On peut dire qu’une récidive est à craindre.

Question : A espérer plutôt.

Question : Vous faites des révélations fracassantes sur ce qui c’est réellement passé en 1953 à Roswell, pouvez vous nous en dire plus ?

MdP : Bien sûr, il y a eu ... [fin de la de la première K7 - serait-ce un complot].

Question : Qu’est-ce qui vous a poussé, motivé à écrire ce livre ?

Michel de Pracontal : Une crise de rage due à Rika Zarai. Ca se passait à une époque où je regardais encore la télévision et dans un débat télévisé il y avait une discussion autour de la médecine et de ce que l’on ignore encore. Pendant ce débat il y avait Rika Zarai qui parlait de sa médecine naturelle et expliquait des âneries au sujet de la radio-activité. Et un médecin sur le plateau disait que eux, les médecins, savaient à peine comment marchait l’aspirine. Hors, il se trouvait qu’à l’époque je venais de faire un article sur le mécanisme qui avait conduit à donner un prix Nobel justement pour l’aspirine. Je savais donc comment ça marchait et même si j’aimais bien Rika Zarai et sa musique, elle ne connaît rien à la chimie et à la physique. J’ai donc trouvé la tournure du débat ahurissante, cette situation où le système de tribune publique que sont les médias commerciaux font que la personne compétente sera moins entendu que la vedette qui dit des idioties. Par exemple elle disait - comme elle savait qu’il y a des problèmes légaux avec l’exercice illégal de la médecine - que bien sûr avec un cancer la radiothérapie était possible mais que quand on rentrait chez soi le soir il fallait se couvrir d’argile pour enlever la radioactivité. Comme s’il s’agissait d’une substance que l’on pouvait éponger. Et il n’y a eu personne pour contester ça alors que le médecin contestait la médecine. Évidemment, je ne dis pas qu’il n’y a plus rien à comprendre dans la médecine mais c’est cette espèce de contradiction majeure et du mépris du savoir qui pour moi est antinomique avec l’idée que je me fais de la démocratie. Car pour moi la démocratie n’est pas pratiquable s’il n’y a pas un minimum de raison. Et il n’y a pas ce minimum de raison si on n’est pas un minimum instruit. Donc lorsque le discours de l’émotion le plus niais, et je ne dis pas ça dans un sens élitiste, mais le fait que n’importe qui peut arriver dans un débat et dire n’importe quoi et que tout le monde acquiesce m’a mis en colère. Et le seul moyen d’apaiser cette colère était d’écrire ce livre.

Question : Ne pensez vous pas qu’un tel sujet serait mieux traité dans un périodique au vue des nouvelles âneries qui sortent chaque année ? Si l’on considère les magazines actuels, à part quelques articles récurrents (comme le suaire du Turin dans Science et vie) le quidam moyen n’a aucun référent.

MdP : L’idée est excellente mais toute la difficulté dans ce milieu médiatique est justement de prendre valeur de référence. Et pour cela il faut avant tout trouver un moyen de donner une crédibilité. C’est entre parenthèse le problème majeur de ce que l’on trouve sur Internet. Or le web est le média le plus moderne aujourd’hui, c’est un immense espace de liberté, tout le monde peut raconter ce qu’il veut. Cela est formidable mais se paye cher. Je n’ai pas de solution pour donner une grille de lecture pour déchiffrer l’information et se prémunir des impostures.

Question : Certaines associations s’occupent de démasquer les impostures pourquoi cela n’est-il pas institutionnalisé ? N’est-ce pas à l’Etat de prendre à sa charge ce travail d’éducation ?

MdP : A ma connaissance ça a toujours été des initiatives privées mais cela dépend de quel pays on parle. Au Etats-Unis, il y a des groupes appelés les « Skeptics » qui était comme les Rationalistes mais plus ouverts. Et ces gens là on fait beaucoup de travail de documentation mais le souci c’est que la dernière fois que je les ai vu ils étaient assez âgés et il ne doit pas en rester beaucoup. Par contre en France il ne faut pas que ce soit institutionnalisé parce que nous avons une tradition qui remonte aux Lumières et qui a généré la tradition rationaliste, hyper positiviste. La conséquence est qu’en France la science est une affaire d’Etat et ça a des effets contre-productifs du point de vue qui nous intéresse notamment à cause des lobby d’Etat. On peut citer par exemple le lobby nucléaire qui conduit à clamer que l’énergie atomique n’est pas dangereux alors que d’un autre côté on condamne les OGM. Pour ces raisons il vaut donc mieux que cela reste du ressort privé. La difficulté est qu’il n’y pas qu’une solution. Je fait un travail de journaliste, je n’ai aucune prétention éducative. Il y a un travail qui relève des enseignants et c’est là la responsabilité de l’Etat car on n’arrivera à rien dans ce domaine si on n’éduque pas les gens. Ca ne peut pas être de la responsabilité uniquement des médias. Hors, actuellement, lorsque les gens sortent de l’école, ils ne savent rien et cela non pas à cause des enseignants mais parce que l’Ecole est en crise. En France la science est affaire d’état et donc science égale vérité. On est hyper positiviste ce qui ne donne aucune barrière bien au contraire car c’est une attitude religieuse vis à vis de la science qui encourage la croyance et gêne la discussion. Le premier travail à faire est donc d’apprendre aux Français à avoir un peu plus d’humour avec la science et c’est pour cela que je parsème mon livre d’humour idiot et de calembours qui n’apportent rien mais montrent que l’on a le droit de rigoler.

Question : Mais d’où vient cette idolâtrie ? Si l’on compare les mythes modernes issus de la bande-dessinée avec la mythologie antique, les dieux ont été remplacés par la radio-activité, les manipulations génétiques qui sont de nouveaux dieux.

MdP : On ne peut pas donner la même réponse si on parle de l’humanité en général ou si on est dans un contexte plus particulier. Si vous posez votre question en général on va vous répondre que c’est se demander pourquoi il y a des religions. A cette question il y a une réponse que j’aime beaucoup, celle de Pascal Boyer. C’est un anthropologue qui analysait la pensée religieuse et concluait qu’il s’agissait d’un mode de pensée assez élémentaire, facile à rendre et à reproduire. Il est plus facile d’enseigner aux gens à croire religieusement à une chose que l’on sait idiote que de leur enseigner à penser discursivement, à questionner en permanence. Dans ce dernier cas, il n’y a pas de recette ni de messages simples alors que dans le premier cas il suffit d’apprendre par coeur, c’est plus facile. Après si on restreint la question au contexte français, il est intéressant de voir qu’il y a eu quasiment une religion laïque issue des Lumières. La philosophie des Lumières était une chose merveilleuse mais qui s’est figée ensuite dans une attitude religieuse vis à vis du Savoir, attitude qui a culminé sous la Révolution où on est arrivé à cette chose extraordinaire que l’on guillotinait les prêtres pendant qu’on demandait au peuple d’adorer l’Etre Suprême, la Raison Suprême. Le souci est que tout notre enseignement favorise ce rapport religieux à la Science. On est donc arrivé, sous couvert de laïcité au scientisme, une religion de la science.

Question : A contrario des politiciens consultent des astrologues.

MdP : C’est justement la rançon de ce genre de laïcité qui n’est pas vraiment assumée. Il est lus facile encore de tomber. Si nous avions une attitude plus souple cela arriverait sans doute moins car il suffit de mettre un vernis d’apparente procédure scientifique à n’importe quoi :graphologie, astrologie, morphologie, tout en racontant la chose la plus absurde et tout le monde le croira.

Question : Pourquoi traitez vous au même niveau les impostures issues de la para-science et les impostures vraiment scientifiques ?

MdP : Je ne l’ai pas mises au même niveau mais je les ai quand même mises ensemble. La raison est que je me suis aperçu que même si elles étaient dissociées au départ les ressorts sont communs. Un des ressorts c’est de refuser le verdict de la réalité. Je les ai donc mis ensemble car ce qui m’intéressait était d’étudier les rouages psychologiques et ce sont les mêmes. Les motivations sont toujours principalement la recherche de la reconnaissance.

Question : A-t’on les mêmes imposteurs maintenant qu’il y a 100 ans, 500 ans, 1000 ans ?

MdP : Non je ne pense pas. On trouve bien sûr les mêmes ressorts, le besoin de reconnaissance, la soif d’exercer un pouvoir sur les autres mais les moyens sont très différents aujourd’hui. Vous avez à la fois l’importance de la médiatisation mais aussi un foisonnement du savoir plus grand. Les conditions sont très différentes.

Question : Dans votre livre vous dites qu’une théorie scientifique doit être validée expérimentalement, pourtant historiquement des théories ont connu d’énormes engouements avant de pouvoir être validées. On peut par exemple citer la relativité qui a attendu plusieurs années (de 1905 à 1919) pour être validée, actuellement on dépense des budgets sur les hyper-cordes. On peut encore citer les trous noirs et Stephen Hawking avec son mea culpa en octobre 2004, .... A quelle moment commence l’imposture ?

MdP : Il y a une position différente si l’on regarde la science historiquement développée et que l’on regarde devant. Je suis d’accord qu’il n’y aurait aucune découverte si l’on soumettait toute hypothèse à des critères rigoureux et expérimentaux immédiats car toute nouvelle théorie est par définition théorique et donc il n’y a pas forcément de vérifications possibles et quand il y en a elles ne sont pas évidentes. De ce point de vue là ça semble démentir le point de vue sceptique que j’ai dans mon livre. Mais il ne faut pas perdre de vue que il y a constamment deux dimensions scientifiques. Tout d’abord regarder devant et voir ce que il y a à découvrir mais il ne faut pas perdre de vue ce qui est acquis et qui est robuste. Les impostures que j’ai critiquées s’attaquent au robuste. On ne peut pas arriver comme ça du haut de sa science personnelle et tirer un trait sur ce qu’on fait de milliers de gens avant soi parce que l’on estime être un génie. Einstein n’a jamais fait ça. Il y a un attitude humble du scientifique. Enfin quand on explore une nouvelle idée, quand cette idée a bien avancée, s’il n’y a aucun moyen de vérification la théorie ne durera pas et pour aller au delà des anciennes idées il faut que la nouvelle ait autant d’efficacité pour expliquer les phénomènes. Elle peut faire mieux mais certainement pas moins.

Question : Nous parlions d’Einstein justement. Einstein imposteur et Poincaré un génie usurpé ?

Mdp : Là il y a un malentendu. Dans mon livre cette théorie n’était pas encore à la mode donc je n’en ai pas parlé mais il faut savoir que c’est un très mauvais procès que l’on fait à Einstein. A l’origine c’est un Français qui a écrit sur le sujet et qui valorisait des choses que l’on sait depuis très longtemps mais ne rendait pas compte de comment les choses se sont réellement passées. En fait il y a un appareil mathématique qui s’appelle transformation de Lorentz sur laquelle a travaillé Poincaré. Mais il a travaillé dessus mathématiquement et n’a jamais pensé les choses physiquement comme Einstein l’a fait. Poincaré croyait plus ou moins à l’Ether comme les autres scientifiques de l’époque. L’apport d’Einstein est d’avoir effectué une relecture de ces outils mathématiques dans un contexte physique. Il n’a jamais prétendu être un grand mathématicien. Dire qu’Einstein a emprunté à Poincaré et ne lui a pas rendu c’est lui faire un procès de mauvaise foi.

Question : En conclusion, Dieu et la science : incompatible ?

MdP : Je ne dirai pas incompatible mais sans commune mesure au sens où il n’existe pas un appareil qui peut mesurer les deux. Ce sont deux choses qui n’ont rien à voir sauf d’un point de vue historique. Historiquement il y a eu beaucoup de liens entre Dieu et la Science notamment l’idée d’un Dieu législateur qui a fondée une Loi du monde. Cette généalogie on ne peut la nier mais elle est historique. A partir du moment où on est rentré dans l’ère où les outils conceptuels que l’on possède suffisent à décrire le monde, on n’a plus à y revenir. Hors actuellement il est de plus en plus difficile de réfléchir en dehors du cadre religieux, c’est quelque chose de régressif. Pendant des siècles il était impensable de philosopher sans se référer à Dieu. L’Homme a conquit la liberté de passer à autre chose et nous sommes en train de brader cette liberté. Laissons Dieu chez lui et la Science chez elle. Mais c’est un discours très difficile à tenir aujourd’hui.

Interviewé par David Lapetina


Retour au sommaire