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  Sommaire - Livres -  A - F -  David Bowie une étrange fascination



"David Bowie une étrange fascination"
de
David Buckley

Editeur :
Flammarion
 

"David Bowie une étrange fascination"
de David Buckley



10/10

Une fois n’est pas coutume, ce sera un artiste de la chanson, bien plus, un "Ariosto Furioso" de la langue musicale et de l’instrument qui l’accompagne, dont nous nous permettons de parler. Pourquoi une telle dénivellation du chroniqueur pour un artiste ? Tous simplement parce que, outre déjà le fait que Bowie a participé avec talent (quoi qu’on puisse en dire) à nombre de longs métrages, qui, même si au point de vue de la réalisation ne sont jamais vraiment aboutis, par le simple fait de la participation de cet artiste extraordinaire à des images animées, par le fait que les caméras qui l’ont filmé furent toutes amoureuses de lui, bref cette pluralité affective de "l’Androgyne magnifique et décadent, le dandy usurpateur victorien", a donné au monde de la musique, et par contamination au monde du cinéma, des harmoniques qui pourraient relever largement d’une science-fiction faite de sonorités, d’accords désordonnés et de désaccords sublimés. Le livre de Buckley s’annonce comme la meilleur vision non seulement sur l’artiste, mais encore sur son oeuvre en constant décalage, une oeuvre dont la fécondité à largement débordé et contaminé avec bonheur l’histoire de la musique et ses descendances et ses dissidences. David Buckley est un spécialiste du genre et notamment de David Bowie. On lui doit l’excellent "The Complet guide to the music of David Bowie" ainsi que des bio diverses sur REM ou Brian Ferry.

Dans cet ouvrage, fort documenté et référencé, il tente de donner non pas une analyse basique comme tout tâcheron se revendiquant spécialiste du chanteur par le médium de ses chansons, mais bien un aperçu, bien que fugace, sur l’intériorité d’un véritable artiste à travers le prisme de ses moments musicaux et filmiques. Toujours en évolution, jamais défini une bonne fois pour toute, Bowie est vu comme une icône, un relai au premier élan romantique suscité par "la marée" Beatles, dont il est quelque part le nouveau porteur de flambeau. Buckley, très habilement, met en scène Bowie comme une légende. Il se permet de le conter comme se conte une grande histoire, dans ses déchirements et séparations, qui sont autant de transformations vers l’être total que deviendra (ou a toujours été) David Bowie. Ainsi, on découvrira le fameux film "Love you till thuesday" qui marque sa rupture en 1969 avec Hermione, la seule femme qu’il ait jamais vraiment aimé, une histoire qui le marquera à jamais dans son esprit et sa chair. Mais également, on comprendra mieux l’élaboration de ces noms de scènes qui se confondent souvent avec les noms des morceaux, groupes, artistes, typique de cette époque éclatée, qui fut aussi celle du Jerry Cornelius de Moorcock. Ainsi Ziggy Stardust est un long processus, à la fois artistique et symbolique, ses diverses coupes de cheveux marquant son "arrivée" dans le nouveau monde sans borne de la musique qu’il ouvrira à des dizaines d’artistes dont le fameux groupe "Queen" (les paysages soniques de "Supermen") . Travestissement, Transvestissement, Buckley tente de poser des étapes qui n’en sont pas vraiment pour cet "artiste" de génie. Les changements multiples de look, l’androgynie, tout est jeu de masques et effets de miroirs, autant de courbes cosmiques qu’emprunte la musique, le cinéma et la vie de Bowie. Comme si ces trois entités étaient liées indéfectiblement par delà les lieux communs et les tentatives de l’assimiler à un "Pape de la Pop". Les néophytes seront surpris de découvrir un être complexe et blessé, adepte du "fast sex" et ardent innovateur. De son idylle avec la journaliste indépendante, Finnegan, en ressortira la création du "Arts Lab", un laboratoire de création artistique, le lieu d’où partiront les premières envolées de "Space Oddity". Ce laboratoire marquera la naissance d’une scène d’avant garde et Arts Lab deviendra le hippie "Growth" (Croissance) . Toute l’imagerie et les sonorités des synthétiseurs ont leurs sources dans ce premier élan, et des groupes comme Queen ou Pet-Shop-boys savent qui remercier pour cela. Cet ouvrage est moins un instrument d’exploration de l’artiste androgyne qu’une tentative brillante d’effleurer le geste, d’entendre les pulsations secrètes d’un artiste, qui, même s’il n’a pas de vrai modèle référentiel, porte en sa poche magique un miroir bien étrange, peut-être ce miroir où demeure ce frère trop tôt disparu, ce frère réfugié en de vastes jardins d’où il émet la lumière bienfaitrice et secrète si chère à l’auteur.

Un grand livre relatant la "trace" d’une oeuvre au travers des sonorités cassées et mélodieuses de Ziggy, les harmoniques sensuelles de "Absolut Beginners" , le verbe magique et enchanteur de "Labyrinthe" et quelque autre symbolique fantastique et artistique. Remarquable en tout point, pour les néophytes comme pour les initiés.

David Buckley, David Bowie, Une étrange fascination, Flammarion, 476 Pages, 22 €.






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