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"Le Complot des magiciens"
de
David B. Coe

Editeur :
Pygmalion
 

"Le Complot des magiciens"
de David B. Coe



La couronne des sept royaumes
Tome 1 : Le complot des magiciens
David B. Coe
Pygmalion
7/10

Porteurs de pouvoirs magiques, des dons, les Qirsi sont un peuple de vaincus suite à de trop grandes ambitions passées. Les vainqueurs sont devenus leurs maîtres tout comme leurs bourreaux, c’est égal. Dispersés, réduits à des esclaves serviles ou demeurant dans un silence cachant l’ambition sauvage d’une vengeance future, ils ont fini par se fondre parmi les autochtones, passant des alliances avec les uns à cause de ces dons que sont la persuasion, le vent, le feu, la tempête, et bien d’autres, ou préparant un vaste complot à l’échelle du monde avec leurs semblables. Pas à pas, les Qirsi s’avancent lentement vers leur revanche. An 877. A la faveur des cieux qu’ils consultent intuitivement, ils font tomber deux maisons du royaume.
C’est dans la personne du jeune Tavis de Curgh, héritier du royaume, que doit se conclure cette vaste entreprise machiavélique. Manipulant les diverses forces en présence, ils parviendront à l’inculper du meurtre de sa propre fiancée, un crime qu’ils avaient eux-même orchestré.

Emprisonné par son propre beau père et condamné aux pires supplices, le jeune homme verra son salut en la personne d’un étrange magicien, très puissant. Rentrant dans l’écheveau de ce vaste coup d’état, ce dernier semble confiant et sa présence est comme une lumière dans un monde déchiré par les manigances les plus diverses. L’action commence dans une taverne où des rumeurs commencent à prendre forme. L’auteur prend son temps pour installer sa machine politique, et sa mise en scène se déploie sur plusieurs paragraphes. Les décors sont superbement bien décrits, avec la précision d’un décorateur de cinéma. Le monde dort sur un passé malheureux et baigne dans un climat de soupçons et de doute quand aux intentions de chaque protagoniste. Nous sommes dans un univers profondément divisé, où le pouvoir représentatif ne l’est que pour ses protégés. Le personnage qui ouvre le récit, Pytor, a vu son fils assassiné et sa dépouille emportée ou consumée par les exécutants magiciens du maître keel de Galdasten.

Coe réussit le tour de force de nous reproduire par sa plume avisée un pays divisé entre partisans forcés, zélotes assassins à la somme du plus fort, villageois soumis à la règle d’or du silence et du conformisme, et quelques insoumis à la personnalité forte. Un récit en marge de la fantasy pour son ton politique et sa dynamique posée invitant à la suspicion et l’insurrection. La race des Qirsi est magnifiquement bien décrite dans ses rituels, comportements et langage. De plus, leur chevelure blanche leur donne un aspect intemporel, comme s’ils étaient arrachés à quelques contrée parallèle. Le système de magie est original, basé sur des dons que la nature possède ou ceux que l’esprit humain a en puissance mais non en action. C’est en rendant possible ces pouvoirs que Coe donne toute la teneur magique de son monde et en même temps sa mécanique totalitaire, un monde qui est une immense parabole sur les pouvoirs et leurs usages, sur la vengeance et sur la politique et les malheurs qu’elle peut causer à un pays quand elle est instrumentalisée pour des intérêts particuliers et partisans au mépris de la communauté dans sa diversité. Le complot des magiciens est le premier volet d’une fascinante fantasy qui évoque les Derynis de Kurtz ou le cycle des Feys de Rusch. Mais la plume de Coe est plus réflexive dans ce récit qui, tout en ne renonçant pas aux prétentions propres au genre, peut être lu de façon plus approfondie. De belles évocations des personnages, le sens de l’honneur et du respect de la personne au-dessus d’un univers en proie à l’entropie et au chaos. La plume de Coe est juste et porte avec elle l’espoir simple et beau d’une possible rédemption malgré l’horreur des ambitions humaines et les moyens ignobles mis souvent en scène pour les réaliser. L’utilitarisme de la magie c’est un peu comme l’usage du religieux à des fins politiques, le pire des pactes, la plus profonde erreur, car au bout ne peut surgir que l’inévitable contradiction, mère de toutes les révolutions. L’ écriture de Coe est au service de l’aventure, des intrigues, mais aussi au service de cette humanité qu’il faut sauver malgré tout. La fin cependant est cependant trop vite expédiée, comme il est de coutume dans des romans qu’on coupe en deux pour aérer la traduction. L’histoire en souffre un peu car on aura l’impression de suivre un feuilleton, seule erreur de ce récit fort. On attend la suite pour en juger.....

Emmanuel Collot

Le complot des magiciens, David B. Coe, traduit de l’américain par Sophie Troubac, Couverture de Anne Benoliel, 301 pages, 21,20 Euros, Pygmalion.






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