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  Sommaire - Films -  A - F -  Detachment (Id.)


"Detachment (Id.)" de Tony Kaye

 

Scénario : Carl Lund
Avec : Adrien Brody, James Caan, Marcia Gay Harden, Lucy Liu, William Petersen, Bryan Cranston.
Distribué par Pretty Pictures.
97 mn.
Sortie le 1er Février 2012.

Note : 8/10.

Parfois, un film suffit à faire connaitre un nom. Ce qui ne garantit pas de résultat similaire, en meilleur comme en pire. Le réalisateur Tony Kaye est sorti de l’anonymat avec « American History X » où Edward Norton, jeune nazi complètement fanatique, assassinait un noir en lui brisant d’un coup de pied la nuque après lui avoir mis la bouche ouverte sur l’angle d’un trottoir. Une vision de cauchemar pour un film qui au final n’était pas si parfait que cela, la suite nous montrant un homme changeant de personnalité en taule et se rendant compte de la connerie de son idéologie. Difficile de croire en une telle vision, en plus desservie à certains moments par des flashs esthétiques et saugrenus qui annihilent en partie l’implacabilité du propos initial. Depuis, Tony Kaye a signé d’autres films (moins de trois, tous inédits...), jusqu’à aujourd’hui et ce « Detachment », plongée assez désespérée dans l’enseignement scolaire d’aujourd’hui aux USA (et ailleurs ?...).
Henry Barthes (Adrian Brody, acteur à qui l’âge donne de plus en plus de présence, lui qui fut encore il ya quelques années assez... transparent, jusqu’au « Pianiste » et, j’assume, « Predators » !) est un professeur qui n’effectue que des missions de remplacement de quelques semaines. Il croit en son métier, connait les états d’esprit des étudiants, ne s’attache pas, ce qui lui permet de s’en sortir en apparence. Car dans sa vie privée, Henry n’est pas si détaché que cela de cette vocation qu’il a choisi...
Les difficultés de l’éducation scolaire aux States est un thème qui a toujours su inspirer, avec plus ou moins de bonheur, les scénaristes. Surtout quand cela traite des cas très difficiles. Ca a commencé avec « Graine de violence » de Richard Brooks, et par la suite, on a eu de tout : « Esprits rebelles » avec Michelle Pfeiffer (limite « l’école des durs au pays des Bisounours »), le superbe « Cercle des poètes disparus », le très Z « Proviseur », le très violent et inquiétant « 187 code meurtre » avec Samuel L. Jackson (très limite celui-là...), les excellents « Stand and deliver » avec Edward James Olmos et « Lean on me » avec Morgan Freeman, et bien entendu, les caricaturaux et complètement fun « Class of ‘84 » et « Class 1999 » (ce dernier avec des professeurs cyborgs, génial !). On est loin de tout ça dans « Detachment », puisqu’il y est plus question du portrait d’un prof que de ses élèves. Il croit en son métier, en sa vocation, ne les juges pas, cherche à les intéresser, leur dit ouvertement de dégager si ça leur chante, bref il ne se prend pas la tête : ce professeur a la vocation, il tente de faire au mieux, montre une image de lui différente de celle au privé, ce qui l’empêche justement d’assumer certains problèmes. Quant aux autres professeurs, on trouve de tout mais aucun vivant épanoui de son métier : James Caan livre une prestation assez jubilatoire (trente ans de maison, il a tout vu !), William Petersen est méconnaissable, et Marcia Gay Harden suscite de la pitié. Comme dans « American History X », le pessimisme est de rigueur, même dans une histoire qui frôle parfois la caricature puisqu’en fin de compte, ce qu’on voit n’est rien d’autre qu’un mélange de toutes les tares de l’enseignement d’aujourd’hui condensées dans un seul établissement. Pourtant, il reste de l’espoir, et c’est Adrian Brody qui arrivera à nous y faire croire : sa relation avec certains de ses élèves, avec cette fille paumée elle aussi dans un autre monde, avec ses élèves au bout de ses trois mois, tout cela fait que malgré tout, on accepte cette petite once d’optimisme final. Et Tony Kaye de livrer une œuvre presque documentaire, dépourvue de ces artifices qui avaient un peu plombé « American History X », bien plus juste, toujours sincère et vraiment habitée par ses acteurs et celui qui leur donne vie. Dans le genre, et malgré les réserves énoncées, on peut légitimement considérer « Detachment » comme une future bonne référence sur ce sujet vu par le 7ème Art.

St. THIELLEMENT



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