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  Sommaire - Films -  M - R -  Malveillance (Mientras Duermes)


"Malveillance (Mientras Duermes)" de Jaume Balaguero

 

Scénario : Alberto Marini
Avec : Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan, Iris Almeida .
Distribué par Wild Side Films, en association avec Le Pacte
102 mn
Sortie le 28 Décembre 2011

Note : 10/10.

A l’heure actuelle, rares sont les cinéastes œuvrant dans un genre depuis leurs débuts et dont on attend chaque nouveau film avec une impatience certaine. Et ce même pour celles et ceux qui n’en sont pas fans absolus. Jaume Balaguero est certainement dans le tiercé de tête. L’ibérique cinéaste qui a su réinventer l’épouvante alors que le genre flirtait avec la morosité, faute d’un nouveau sang neuf et de films vivant sur des acquis sans rien apporter d’inédit, fit sensation avec son traumatisant « La secte sans nom » (qui, au passage, sortira en Blu-ray au second trimestre 2012, en même temps que « Malveillance »), adaptation réussie d’un roman somme toute très moyen du très moyen Ramsey Campbell. Avec ce film, Jaume Balaguero relança carrément le genre en se faisant le précurseur d’une nouvelle école venue d’Espagne qui donna au genre certains de ses plus beaux fleurons. Aujourd’hui, après « La secte sans nom » que suivirent « Darkness », le magnifique et terrifiant « Fragile », « A louer », les deux « Rec » (co-réalisés avec Paco Plaza), on se demandait si Jaume Balaguero, qui arrive (aussi incroyablement que cela puisse paraitre) à toujours puiser dans le Fantastique et l’Epouvante pour chacun de ses nouveaux films, arriverait encore à surprendre comme il a toujours su jusqu’à présent. Avec « Malveillance » (titre français très premier degré de « Mientras duermes » qui signifie en gros « pendant que tu dors »...), Balaguero signe sans nul doute son meilleur film, le plus abouti, le plus parfait et ce jusqu’à la dernière image.
César (Luis Tosar, plus que remarquable, absolument parfait, vu en parrain de la drogue dans le film « Miami Vice ») est un gardien d’immeuble. Il est celui qui est là pour le moindre problème. Sans lui, les locataires seraient perdus. Sauf que César n’aime personne, et il déteste tout ce qui va bien. Il pille donc en secret la vie privée des locataires, s’immisçant dans leurs secrets les plus intimes, s’invitant chez eux, se fabriquant une vie qu’eux-mêmes ignorent. Mais toute mécanique aussi parfaitement huilée soit-elle n’est pas à l’abri d’un grain de sable qui peut causer d’énormes dégâts. Mais même dans ces cas-là, le Mal peut rester le plus fort...
N’attendez p as de voir de l’horreur à la « Rec » ou du fantastique à la « Darkness » ou « Fragile ». Non, si devait à la rigueur rapprocher « Malveillance » d’un autre film de Balaguero, ce serait de son premier, « la secte sans nom », avec son final glacial, terrifiant (et si médiocrement pompé dans l’insupportable « Martyres ») qui dévoilait la pire des faces cachées de l’être humain. Et c’est exactement ce qu’est César, le Mal à l’état pur, celui qui ne vit que pour se délecter du malheur qu’il inflige aux autres. Bâti plus comme sur un exercice de suspense minutieusement agencé que comme un pur film d’épouvante, « Malveillance » rappellera inévitablement le meilleur de certaines œuvres de Sir Alfred Hitchcock, voir même limite aussi bien si ce n’est mieux comme l’atteste cette remarquable séquence où César tente de sortir d’un appartement où il est caché et où les propriétaires viennent de rentrer. Après, tout le film repose bien entendu sur l’énorme potentiel de son acteur principal, sur un scénario simplement excellent (la perversion est aussi présente chez certains enfants mais ne peut rivaliser avec celle d’un adulte...) et sur une mise en scène d’orfèvre, l’ensemble ne déviant jamais vers la surenchère, ne faiblissant jamais dans la tension générée, allant même jusqu’à d’ultimes minutes finales d’un pur machiavélisme qui achèvent de faire de « Malveillance » le vrai premier chef-d’œuvre de Jaume Balaguero, son film le plus parfait. Ce qui ne signifie pas que ce soit celui qu’on préfèrera. Un peu comme « Sueurs froides » par rapport aux « Oiseaux », par exemple. Car dans la filmographie de Balaguero, personnellement, « Fragile » l’emporte toujours. Mais avec « Malveillance », Jaume Balaguero vient de signer son « Sueurs froides ».

St. THIELLEMENT



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