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  Sommaire - Films -  A - F -  Drive (Id.)


"Drive (Id.) " de Nicolas Winding Refn

 

Réal. : Nicolas Winding Refn
Scénario : Hossein Amini, d’après le roman de James Sallis
Avec : Ryan Gosling, Carey Mulligan, Ron Perlman, Bryan Cranston, Albert Brooks.
Distribué par Wild Side Films
100 mn
Sortie le 5 Octobre 2011

Note : 10/10.

C’est lors d’une des dernières éditions du défunt Festival du Film Policier de Cognac (situé aujourd’hui à Beaune) qu’on put découvrir le premier choc signé Nicolas Winding Refn, à savoir l’impressionnant « Pusher 2 ». L’année suivante, la trilogie complète s’invita, et le premier « Pusher » (sorti auparavant dans une copie DVD bien pourrave, dans le plus grand anonymat...) se révéla, avant de clore la saga avec un troisième opus certes tout aussi violent mais moins porté sur une certaine action aussi. Puis Winding Refn faillit disparaitre après l’énorme échec de « Inside job » avec John Turturro (très bien, pourtant). C’est la biographie du plus célèbre prisonnier actuel britannique qui le remit en selle, adaptation personnelle qu’on pensait simplement ultra-violente dans sa description du milieu carcéral vu par un prisonnier, mais qui se révéla être plus prétentieuse qu’autre chose, « Bronson » ne valant plus que par l’extraordinaire prestation de Tom Hardy (« Warrior » et bientôt en Bane dans « The Dark Knight rise »). Ensuite, Winding Refn enfonce encore plus le clou avec « Valhalla rising » et ses vikings contemplatifs et anachroniques. Avec tout ça, son petit nouveau était de ce fait attendu avec une certaine anxiété : Winding Refn allait-il réitérer son tape à l’œil prétentieux de ses deux dernières œuvres, ou retrouverait-on le cinéaste surdoué des « Pusher » ? Bonne nouvelle, « Drive » se situe dans la dernière catégorie, avec un furieux souvenir du Michael Mann de « Thief » et « Heat ».
C’est un solitaire. Il est mécano et cascadeur automobile, réparant pour une future course un bolide américain des seventies. Et il sert aussi occasionnellement de chauffeur pour des braqueurs, à ses conditions : un seul job, pas d’armes, et si le timing est dépassé, il se barre. Un jour, il rencontre sa nouvelle voisine, Irene, et son jeune fils. Peu à peu, des liens se tissent, quelque chose s’insinue dans sa vie qu’il n’avait jusqu’ici jamais eu ou voulu avoir. Quand son mari sort de prison, il accepte d’aider ce dernier lors d’un braquage qui lui permettra de s’affranchir d’une dette. Mais tout tourne mal. Et quand Irene et son fils se voient alors menacés, celui qui n’était pour les autres qu’un excellent chauffeur se dévoile, plus violent et meurtrier qu’ils ne le pensaient.
Le début du résumé donne le ton : « solitaire », comme le titre du premier film cinéma de Michael Mann avec James Caan. Et si certains parallèles flashent dans « Drive », ce sont souvent ceux qui se réfèrent au cinéma de Mann. Polar stylisé, portrait d’un homme qui cherche à être invisible, possédant une double (si ce n’est plus) vie, sans attaches sentimentales jusqu’au jour où... Une lumière chaude, celle du soleil californien, qui se reflète dans le regard du chauffeur, sur les carrosseries des voitures, et où la violence explose là où s’y attend le moins. Une bande originale qui renvoie directement à une autre époque, celle justement des œuvres de Michael Mann telles que « Thief », « Manhunter », voir « Miami vice » (la série, pas le film). Nicolas Winding Refn utilise l’ensemble de ces références, plus ou moins consciemment, pour faire son film, à savoir que ce n’est pas une copie mais bel et bien un polar personnel empreint d’éléments marquants « déjà vus ». On ne saura rien du passé du chauffeur, on saura qu’il déteste les armes, mais qu’en cas de conflit, le moindre objet devient entre ses mains un pur instrument de mort, renforcé par une violence inouïe. Polar noir et amour finissent rarement bien, et là encore, Winding Refn terminera « Drive » en s’inspirant de « Heat » de Michael Mann. Sauf qu’il lui donnera la fin que tout le monde aurait voulu voir dans le film de Mann, celle qui se serait terminée dans ce tunnel avant une maladroite confrontation ultime entre Pacino et De Niro. Sur ce point, l’élève dépasse le maitre. En soi, Nicolas Winding Refn retrouve avec « Drive » toute la puissance et la rage contenues dans la trilogie « Pusher », laissant de côté certains travers prétentieux qui nuisaient à « Bronson » et « Walhalla rising », et trouvant en Ryan Gosling (lui, il est de plus en plus formidable, impression déjà confirmée il y a quelques mois avec le superbe « Blue Valentine » !) son reflet de l’autre côté du miroir. Faisant donc de « Drive » cette magnifique réussite du genre d’une part, et du cinéma en général d’autre part.

St. THIELLEMENT



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