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  Sommaire - DVD -  S à Z -  Terreur (Dread) - Edition Blu-ray (France) - Inédit


"Terreur (Dread) - Edition Blu-ray (France) - Inédit "
de Anthony DiBlasi
 

Scénario : Anthony DiBlasi, d’après la nouvelle de Clive Barker
Avec Jackson Rathbone, Shaun Evans, Hanne Steen, Laura Donnely.
Metropolitan Vidéo

Clive Barker. Celui dont Stephen King à l’époque de la sortie des « Lvres de sang » qu’il avait « vu le futur de l’horreur, et son nom était Clive Barker ». Ecrivain britannique, rajeunissant complètement le genre avec ses nouvelles publiées en six« Livres de sang », puis ses romans qualitativement variés (« Le jeu de la damnation », c’est autre chose que « Horror show »), très porté sur le sexe et le sang, le plaisir et la souffrance, thèmes pour liés complètement liés. Clive Barker qui, quand le cinéma commence à s’intéresser à ses histoires, décide de passer derrière la caméra quand il voit le résultat de « Underworld » et « Rawhead Rex », tous deux signés George Pavlou, cinéaste n’ayant plus rien fait depuis près de vingt ans... Alors Clive Barker fait « Hellraiser », grande baffe dans la tronche à l’époque, toujours aussi fascinant voir dérangeant aujourd’hui car révélant, plus que tout autre film issu de l’imagination de l’écrivain, ses pulsions, fantasmes, obsessions. Par la suite, Barker signera l’ambitieux mais un peu raté « Nightbreed » (« Cabal » chez nous, tiens en voilà un bon inédit à ressortir) avant de signer son chef-d’œuvre, du moins dans sa version intégrale uniquement disponible en zone 1 (mais sous-titré français, 16/9ème, copie superbe), « Lord of illusions ». Mais le film est massacré par son producteur MGM, devenant un énorme échec financier. Depuis, Clive Barker est à l’origine de pleins de projets plus ou moins aboutis, il a repris l’écriture (« Galilée » et « Coldheart Canyon » sont superbes), a supervisé quelques adaptations (« Candyman » est une réussite, sa séquelle est bonne, le troisième est une horreur). Il remonte une boite de production, Midnight Picture Show, et enclenche des projets prometteurs commençant par l’inédit en salles « Le fléau selon Clive Barker » (plutôt pas mal du tout), puis avec l’excellent « Midnight Meat Train » de Ryuhei Kitamura avec Bradley Cooper, pas encore starifié avec « Very bad trip ». Troisième projet, « Livre de sang » de John Harrison (compositeur des musiques des films de George A. Romero, devenu réalisateur cinéma avec le bon « Tales from the Darkside », s’avère un peu décevant, la faute en incombant en grande partie à un aspect fauché qui a néanmoins le mérite de retrouver le monde Barker en partie. Et enfin, aujourd’hui (même si il est fini depuis deux ans), après son passage à Gerardmer 2011 en Compétition Vidéo où il fut battu par « Triangle » (ça va, être battu par un autre petit bijou, l’honneur est sauf !), on découvre « Terreur » d’Anthony DiBlasi, fan total de Barker, qui signe simplement la meilleure adaptation d’une nouvelle de l’écrivain depuis... « Midnight Meat Train » : ça va, on peut donc en espérer d’autres !
Un soir, Stephen, étudiant en cinéma, rencontre Quaid. Ils sympathisent, et Stephen parle de son projet de film de fin d’études. Alors Quaid lui soumet l’idée d’interviewer les gens sur leur plus grande peur. Séduit par l’idée, Stephen accepte, enrôle Cheryl pour le montage, et à eux trois, ils commencent les entretiens. Mais pour Quaid, ceux-ci ne reflètent pas la réalité : lui qui a vu ses parents massacrés à la hache devant ses yeux d’enfant par un serial-killer qui n’a jamais été retrouvé, vit en plein cauchemar de jour comme de nuit. Il a besoin de savoir comment les annihiler, comment être maitre de ses peurs les plus obscures, quitte à pousser le sujet d’études de Stephen bien plus loin que prévu, voir même au-delà de toutes frontières, tant morales que saines d’esprit.
Dans les bonus, il y a en entretien entre DiBlasi et Barker, où ce dernier reconnait qu’il s’agit là d’une histoire qui lui est plus personnelle que d’autres, et surtout qui s’avère être la seule à ce point réaliste, dénuée de tout élément fantastique. Mais pas horrifique ; là-dessus, « Terreur » va parfois très loin, et là où on ne s’y attend pas. Maintenant, ce suspense psychologico-horrifique s’avère être remarquablement maitrisé, complètement Clive Barker, avec ce qu’on reconnaitra aisément comme ses plus profondes obsessions et peurs, visibles dans d’autres de ses œuvres, combinées comme souvent à la fascination du mal, de la perversion sous des formes diverses et variées, et à sa vision très personnelle du sexe. On y trouve aussi un de ses thèmes favoris, la beauté de la monstruosité, poussée à l’extrême dans « Cabal », et qui ici revêt l’identité d’une fille, Abby, dont une tâche de vin recouvre une partie du visage, et même du corps, sans pour autant lui enlever le moindre charme. Quant à la perversité, elle est représentée par Quaid, victime d’un traumatisme abominable, mais qui en même temps, cherche à s’en guérir en employant une séduction vile et vénéneuse pour arriver à ses fins. La séquence de la torture psychologique de Cheryl en est le point d’orgue, un moment limite insoutenable. Pour tout cela, Anthony DiBlasi, jeune cinéaste qui jusqu’ici n’était que le producteur exécutif des films produits par Midnight Picture Show, signe une première réalisation inspirée et parfaitement maitrisée, sans aucune concession, surprenante par sa force et le soin apporté tant à l’histoire qu’aux personnages, obligatoirement crédibles si on veut être happé dans ce pur cauchemar. La copie Blu-ray (merci Metropolitan pour éditer tous vos films en Blu-ray, même l’Angleterre ne l’a pas celui-là !) s’avère excellente, l’image froide et crue du film restituant parfaitement l’ambiance telle qu’imaginée par Barker dans ses histoires, en souvenir de ses années passées à Liverpool. Et ce sont les bonus qui terminent en beauté l’excellente surprise tant du film que de cette édition : outre un making-of pas trop langue de bois, où on voit aussi Clive Barker intervenir, il y a, comme dans « Livre de sang », une longue interview entre Barker et DiBlasi. Dans « Livre de sang », on découvrait le jardin secret à los Angeles de l’écrivain, sa vie actuelle, ses peintures, et son état physique. Ici, il est assis, limite méconnaissable, et malade, c’est certain. Mais il ne s’apitoiera jamais sur son sort, il est parfaitement conscient des excès qui l’ont mené là, et ce qu’il partage avec DiBlasi sur ce film est simplement passionnant. Car on sent qu’il revit enfin, que le cinéma peut encore mettre en images l’imaginaire de Clive Barker, qu’un jour on aura un remake de « Hellraiser » (le projet est en production), et qu’avec des cinéastes tels qu’Anthony DiBlasi, il est permis de croire à un futur chef-d’œuvre issu de celui qui constitue peut-être encore le « Futur de l’horreur ». En attendant, si vous avez aimé « Midnight Meat Train », si vous aimez l’univers de Clive Barker, « Terreur » finira en bonne place dans votre DVD- ou Bluray-thèque : de tels inédits, c’est rare, ça ne doit pas rater.

Note film : 10/10
Blu-ray : copie excellente, format d’origine 2.35, image 16/9ème - Bonus (vostf) : 10/10 : making-of - entretien avec Clive Barker & Anthony Diblasi - scènes coupées - bande-annonce.

St. THIELLEMENT



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