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  Sommaire - Films -  S - Z -  The Social Network (Id.)


"The Social Network (Id.) " de David Fincher

 

Scénario : Aaron Sorkin
D’après le livre de Ben Mezrich “ La revanche d’un solitaire - La veritable histoire du fondateur de Facebook”
Avec : Jesse Eisenberg, Andrew Garfield, Justin Timberlake, Arnie Hammer.
Distribué par Sony Pictures Releasing France.
120 mn.
Sortie le 13 Octobre 2010.

Note : 10/10.

Rares sont les cinéastes actuels qui arrivent à susciter une certaine impatience quant à leur nouveau film. En fait, on les compte presque sur les doigts d’une main. Bien sûr, il y a James Cameron. Michael Mann aussi, même si ces derniers ont plus divisé que rassemblé. On pourrait encore en trouver un ou deux autres avant de finir par citer celui auquel on pense depuis Cameron, à savoir David Fincher. Fincher, c’est d’abord « Seven » et puis « Alien3 », « Fight club », « Panic Room », « The game ». Quatre autres films qui ne font pas l’unanimité, et qui en même temps ne constituent pas le meilleur du cinéaste. Mais après cette salve, Fincher a atteint les sommets avec son exceptionnel « Zodiac » et son bouleversant « L’étrange histoire de Benjamin Button ». Deux films différents mais pourtant similaires quant à leur traitement, cette précision d’orfèvre, ce sens ahurissant de l’art de rendre invisible la technique et de donner vie là où on ne pensait pas que cela soit possible de façon si réelle. Pourtant, à chaque nouveau film, il y a donc de l’impatience et paradoxalement aussi, une certaine crainte de ne pas aimer le prochain faute à un sujet guère passionnant au premier abord, un casting trop sage, et en fin de compte, surtout le fait qu’il ne refasse pas un film similaire à celui qu’on a aimé auparavant (style « Zodiac » pour « Seven »...). « The social network » répond parfaitement à ce processus. Une affiche basique, sur une biographie qui sur le coup n’enthousiasme pas vraiment : qu’est-ce qu’on en a à battre de la vie du créateur de Facebook ? Justement, tout le film est là pour l’expliquer, de façon magistrale puisque de nouveau, David Fincher a fait d’un phénomène de société un chef-d’œuvre, passionnant du début à la fin, magnifiquement réalisé et mis en scène.
Fin 2003, Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg, vu dans « Adventureland » et « Bienvenue à Zombieland »), étudiant brillant à Harvard, met sur son blog tout ce qu’il pense de sa petite amie qui vient de le quitter pour juste après pirater le système informatique du campus afin de créer un site sur lequel on pourrait voter sur ce que chacun pense des filles du campus. Confondu, il est accusé d’avoir mis en péril la sécurité d’Harvard. Mais le génie ne s’arrête pas là du coup, il développe le concept, le baptise The facebook et le laisse se propager lentement mais sûrement sur les USA. Aidé par Eduardo, son meilleur ami (interprété par Andrew Garfield, vu dans le premier volet de « Red riding trilogy » et qui sera le nouveau Peter Parker alias « Spiderman »), Mark répand Facebook partout mais reste tout de même en retrait pour ce qui est de la construction du site car ce n’est pas ce qui l’intéresse le plus. Ce que veut Mark, c’est être le plus fort, le meilleur et qu’on le reconnaisse pour tel. Facebook va générer des centaines de millions d’adeptes mais ce n’est pas pour autant que Mark Zuckerberg est entouré d’amis...
Comment faire d’un sujet banal un chef-d’œuvre ? En ayant déjà un excellent scénariste, en l’occurrence Aaron Sorkin à qui on doit l’excellente série TV « A la maison blanche ». Ayant découvert le livre sur Zuckerberg, Sorkin en tire un scénario, rencontre des proches, et monte son histoire comme une succession de points de vue sur Mark, sur sa vie privée qui n’est guère mieux maintenant qu’il « pèse » trente milliards de dollars, sur la personnalité d’un génie qui comme beaucoup de ses congénères se révèle être plus asocial qu’autre chose, sorte de grand gamin égoïste qui joue avec son jouet qui peut le rendre encore plus fort. Mais un tel matériau de base entre des mains non expertes aurait facilement pu sombrer dans un biopic lourdingue comme le cinéma US sait si bien en faire parfois. Or, avec David Fincher derrière la caméra, rien n’est simple et tout l’est. A savoir qu’il vous recrée les années 80, donne un rythme enfiévré à l‘histoire, s’approche au plus près des personnages, les fait évoluer dans un contexte si criant de vérité qu’on ne peut que s’y rendre, démonte par sa mise en scène les rouages d’une gigantesque entreprise mondiale gérée par derrière au profit d’un « geek » un poil sociopathe. « The social network », c’est un portrait très actuel de nos jeunes sociétés industrielles, d’une manière de vivre, filmé avec maestria, qui se suit comme une pure comédie dramatique sociale à l’arrière-goût de thriller. Fincher ne concède rien, il filme les personnages et leurs actes, les rendant si vivants qu’on ne peut que saluer l’exceptionnel talent d’un cinéaste qui a réussi à donner vie à ce qui dans la réalité n’en a que peu, faisant de « The social network » un chef-d’œuvre inattendu au possible !

St. THIELLEMENT



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