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  Sommaire - Films -  S - Z -  The town (Id.)


"The town (Id.) " de Ben Affleck

 

Réal. & co-sénariste : Ben Affleck
Scénario : Jon Lucas & Scott Moore
Avec : Ben Affleck, Jeremy Renner
Distribué par Warner Bros. Pictures France
112 mn.
Sortie le 15 Septembre 2009.

Note : 10/10.

Quand Ben Affleck annonça qu’il passait derrière la caméra, on ne s’attendait pas à ce que ce soit avec l’adaptation d’un des meilleurs romans de Dennis Lehane, le superbe « Gone, baby, gone ». Vu le matériau de base, le projet était casse-gueule par excellence, et tout le monde s’attendait au pire. Sauf que son adaptation se révéla être excellente (elle se bonifie à chaque nouvelle vision) et à part quelques défauts de premier film et de casting (Michelle Monaghan, transparente...), ce polar noir et tragique arriva comme le roman à prendre aux tripes. L’annonce de son second film en tant que réalisateur suscita donc logiquement une attention soutenue, chaque nouvelle information étant étudiée au millimètre près jusqu’à ce qu’arrive l’impressionnante bande-annonce. Aujourd’hui, on peut le dire, Ben Affleck vient de rentrer dans la cour des très grands avec ce polar stylisé, brut de coffrage, époustouflant, dramatique, émouvant. « The town » est une des très grandes baffes cinématographiques de cette année.
Certains quartiers de certaines villes déterminent souvent le destin de quelques uns. Doug MacRay est né à Boston, plus exactement dans le quartier de Charlestown, « the town » pour les initiés. Un père gangster, une mère partie depuis ses six ans, Doug aurait pu se sortir de cet environnement à un moment donné. Mais il est resté, a suivi le chemin paternel, et il est à la tête d’un gang de braqueurs (tous ses amis dont Jem, celui qu’il considère comme son frère) rapides, audacieux, violents mais qui se targuent de n’avoir jamais tué ou mortellement blessé qui que ce soit. Lors de leur dernier coup dans une banque, la jeune directrice est prise en otage. Jem découvre qu’elle habite Charlestown. Doug décide de s’occuper de voir ce qu’elle sait. Par hasard, il la rencontre, lui parle, la raccompagne chez elle. Traumatisée par cette expérience, Claire se rapproche de Doug. Pour ce dernier, tomber amoureux de Claire, c’est donner un nouveau sens à sa vie, et même peut-être partir de cette ville, de quitter ce quotidien dont aucun lendemain n’est assuré...
Oubliez les accroches sur l’affiche se référant aux « Infiltrés », à Michael Mann ou même à Christopher Nolan, même si en partie, « The town » regroupe un peu de tout cela. Il faut juste regarder et découvrir ce film, qui au-delà de scènes de braquage impressionnantes de maîtrise et de violence, dépeint surtout le quotidien d’individus liés à leur environnement et qui au final s’y sentent bien, ou n’ont pas le courage de le quitter. Avec « Gone, baby, gone », Ben Affleck avait montré qu’il savait filmer Boston (dont il est originaire) pour en restituer l’ambiance si particulière (plus facile à ressentir quand on y a été, c’est vrai). Avec « The town », il explore un quartier plus marqué, profond, à la vie propre presque. Charlestown, quand on y est né, on y vit et on y meurt, c’est l’évidence qui en ressort. Et c’est au travers de ce constat via un personnage perdu et blessé depuis son enfance que le film va transformer le simple polar en quelque chose de plus ambitieux, auquel on peut plus facilement s’identifier et y ressentir quelque chose de plus profond. Avec sa rencontre avec Claire, MacRay (Ben Affleck, peut-être son plus beau rôle à ce jour) entrevoit autre chose. Subtilement, la love-story s’installe, rehaussant la tension due aux actions policières définitives pour mettre hors circuit ces braqueurs. Et de découvrir un Ben Affleck cinéaste qui restitue tout cela par une mise en scène parfaitement homogène, gérant l’action avec la réflexion, la violence avec l’émotion. Un montage serré sur un braquage est suivi par des plans sur des regards, des attitudes qui en disent long sur l’engrenage dans lequel chacun est engagé. Un enfant innocent regardant passer une voiture avec une nonne tenant une mitraillette, un flic détournant le regard pour rester en vie, les pleurs d’une gamine, le traquenard mortel de la police, tout s’imbrique pour ne former qu’un tout, celui de vies sur un échiquier appelé Charlestown. Les qualités d’écriture, de mise en place, de réalisation, acquises sur « Gone, baby, gone » se retrouvent ici mais en bien plus maîtrisées. Et un film qui vous prend ainsi aux tripes (par ses personnages, ses sentiments, ses actions, etc...) constitue simplement un pur grand plaisir cinématographique. Et Ben Affleck vient donc de rentrer dans la cour des très grands.

St. THIELLEMENT



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