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  Sommaire - Dossiers -  Paranormal -  Le paradoxe de Fermi


"Le paradoxe de Fermi"


Jean Michel Abrassart

Le débat sur la Pluralité des Mondes est loin d’être neuf. Déjà durant l’Antiquité, l’école philosophique atomiste se demandait s’il existait d’autres univers (grec. : kosmos), c’est-à-dire pour les Grecs un système comme le nôtre composé d’une Terre, de planètes et d’une étoile fixe. Les atomistes répondaient par l’affirmative à la question. Aristote par contre était en désaccord avec cette théorie, car selon sa physique deux univers auraient eu deux centres attractifs distincts et ils n’auraient pu que s’effondrer inéluctablement l’un dans l’autre. Le débat sur la Pluralité des Mondes était né... Il a évolué avec les développements de la physique et de notre connaissance de l’univers : depuis la fin du 19ième siècle, la question de savoir s’il existe des extraterrestres s’est posée de façon de plus en plus centrale. L’absence de traces extraterrestres sur Terre est un point très important. En effet, depuis que l’humanité existe, nous n’avons pas rencontré d’extraterrestres et nous n’avons aucune preuve d’un éventuel passage avant l’apparition des premiers hommes. Cette problématique de l’absence de traces extraterrestres est ce que l’on nomme le paradoxe de Fermi. Déjà soulevé par Fontenelle en 1686 dans sa “ Conversation sur la pluralité des mondes ”, la question de l’absence de traces extraterrestres est réapparue sous une forme moderne au milieu du 20ième siècle. En effet, la fin des années ’40 fut marquée aux U.S.A. par une vague de visions d’objets volants non identifiés (O.V.N.I.). Des dizaines de témoins rapportèrent voir des soucoupes volantes dans les semaines qui suivirent la vision originelle de Kenneth Arnold en 1947, fondatrice du phénomène ovni. L’explication scientifique actuelle des vagues d’ovni est qu’il s’agit d’une contagion sociologique : la publicité faite autour de la vision d’Arnold dans les médias américains fit que le nombre d’erreurs d’étiquetages et d’illusions d’optique à thème soucoupique s’accrut rapidement avant de décroître une fois l’engouement passé. Dans la foulée (juillet 1947) se produisit de plus l’incident qui mena à la célèbre affaire Roswell, mais cela est une autre histoire. En 1950, lors d’une visite au laboratoire militaire de Los Alamos, le physicien italien Enrico Fermi, prix Nobel de physique, engagea une discussion sur ce sujet avec ses collègues. Comme l’origine extraterrestre des ovnis était à leurs yeux improbables, la discussion se déplaça vers l’existence d’hypothétique extraterrestre dans l’espace profond. “ Mais où sont-ils ? ” demanda alors Fermi à ses interlocuteurs. En effet, s’ils existaient, ils auraient déjà dû nous rendre visite plusieurs fois par le passé. Le raisonnement est simple : notre soleil est né il y a 4.5 milliards d’années, mais à cette époque notre galaxie avait déjà 8 milliards d’années. La vie avait donc largement le temps d’éclore ailleurs et de venir jusqu’ici. Or, ce n’est pas le cas. Certains chercheurs pessimistes concluent que l’absence d’extraterrestres intelligents dans le système solaire constitue une preuve de notre supériorité technologique, et peut-être même de notre solitude dans la Galaxie. Pour d’autres, il est possible de résoudre le paradoxe avec des arguments sociologiques comme par exemple l’hypothèse du zoo : les extraterrestres seraient déjà venus dans notre système solaire mais nous observeraient de loin. Ils nous considéreraient comme trop primitifs et ne voudraient pas interférer avec notre développement. L’hypothèse du zoo est devenue dans “ Star Trek ” la Directive Première. Le problème de l’hypothèse du zoo est qu’elle est extrêmement spéculative. Il semble de plus peu probable que, s’il existe de nombreuses civilisations extraterrestres avancées, toutes respectent cette règle de non-ingérence.

Le paradoxe de Fermi est fondamental dans le débat sur la Pluralité des mondes, et ce y comprit dans ses composantes modernes que sont d’un côté la recherche S.E.T.I. (de l’anglais “ Search for ExtraTerrestrial Intelligence ”), c’est-à-dire l’écoute de l’espace à l’aide de puissants radiotélescopes dans l’espoir de capter un signal radio, et de l’autre le débat sur le phénomène O.V.N.I.. Du côté des ufologues défendant le modèle extraterrestre, les auteurs considèrent en général que le paradoxe de Fermi a été falsifié puisque, selon eux, des vaisseaux extraterrestres viennent visiter la Terre sur une base quotidienne. Le problème se situe ici au niveau de la preuve de ses visites extraterrestres. Une preuve serait soit de la technologie indubitablement extraterrestre ou un extraterrestre lui-même, disponible à l’observation de tous les scientifiques de la planète. Les ufologues, malgré plus de 50 ans de recherches, n’ont jamais pu nous apporter une preuve de ce type. A l’inverse, des témoignages ne sont pas une preuve (le témoignage humain est très peu fiable), ni des photos (une photo peut-être truquée), ni même une détection radar (rien ne certifie que ce que le radar détecte est bien un vaisseau extraterrestre). Tout cela ne sont que des indices, tout au plus. Le fait que des extraterrestres nous visitent à l’heure actuelle est donc loin d’être prouvé, si pas un modèle falsifié, mais qu’en est-il pour le passé ? Certains auteurs ont défendu la Théorie des Anciens Astronautes, c’est-à-dire l’idée qu’il est possible de retrouver des traces d’une visite extraterrestre dans des données archéologiques, que ce soit des fresques, des peintures ou encore des récits mythologiques. A nouveau, une preuve de la Théorie des Anciens Astronautes serait de la technologie totalement impossible pour l’époque et indubitablement extraterrestre. L’équivalent d’un ordinateur, mais de conception non humaine, découvert dans une pyramide serait par exemple une preuve d’une visite extraterrestre à l’époque de l’Égypte ancienne. Les défenseurs de la Théorie des Anciens Astronautes n’ont jamais pu apporter une preuve de ce type. Ils se contentent d’interpréter des fresques et des mythes dans une optique ufologique. Or, si vous cherchez des dessins ou des peintures avec des cercles dans le ciel, ou encore avec des humanoïdes étranges, vous en trouverez facilement, je peux vous l’assurer ! Le problème se situe au niveau de la méthodologie déployée : il s’agit d’une erreur ethnocentrique grossière. Sans se préoccuper des particularités de la culture qu’ils étudient, ils plaquent sur elles nos mythes occidentaux du 20ième siècle. Arthur C. Clarke, qui a beaucoup réfléchit à ces questions et qui était totalement sceptique à propos de l’origine extraterrestre des O.V.N.I., imagina dans “ 2001 : L’Odyssée de l’Espace ” que nous trouverions la trace d’un passage extraterrestre dans notre système solaire sous la forme d’un monolithe sur la lune. L’avantage du monolithe sur la lune est qu’il exclut la possibilité d’une origine naturelle ou d’un faux créé par des humains. Un autre sceptique célèbre, Carl Sagan, imagina dans “ Contact ” que, lors d’un Premier Contact via la recherche S.E.T.I., les extraterrestres nous enverraient les plans pour construire une machine qui crée des trous de vers, ce qui permet à l’héroïne de se rendre sur la planète extraterrestre en un temps record. Ce genre de machine, même si les auteurs de science-fiction et les physiciens en rêvent, est encore très loin d’être conçue par des humains et donc prouve que le message est bien d’origine extraterrestre. Pour le moment donc, l’honnête homme n’a aucune certitude à propos d’un éventuel contact avec des extraterrestres, que ce soit à notre époque ou dans le passé. Cette incertitude prendra fin le jour où un Premier Contact se réalisera, ou bien diminuera peu à peu avec les siècles s’écoulant sans que nous rencontrions aucun extraterrestre... Pour le moment, le paradoxe de Fermi reste de notre point de vue tout à fait d’actualité et doit continuer à alimenter la réflexion sur la Pluralité des Mondes.

Jean-Michel Abrassart



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