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  Sommaire - Films -  A - F -  Dans ses yeux (El Secreto De Sus Ojos)


"Dans ses yeux (El Secreto De Sus Ojos) " de Juan José Campanella

 

Réal. & scénariste : Juan José Campanella
Co-scénariste : Eduardo Sacheri
Avec : Ricardo Darin, Soledad Villamil, Pablo Rago, Javier Godino.
Distribué par Pretty Pictures.
129 mn.
Sortie le 5 Mai 2010.

Note : 10/10.

Oscar 2010 du Meilleur Film Etranger - Grand Prix du 2ème Festival International du Film Policier de Beaune

En Argentine, « Dans ses yeux » est devenu le second plus gros succès commercial d’un film. Depuis il a raflé l’Oscar du meilleur film étranger. Et, à plus petite échelle, il a gagné le Grand Prix de Beaune (le festival qui remplace celui de Cognac pour le polar). De prime abord, le cinéma argentin n’a pas une diffusion mirobolante, ni une renommée extraordinaire. Sauf que, parfois, de temps en temps, comme pour tout autre pays, une œuvre sort de l’ordinaire justement, et on découvre alors des petits films simplement grands. Ainsi, dans les années passées, on se souvient de « Neuf reines » et « El aura », tous deux signés Fabien Bielinsky, deux polars différents mais de très grande qualité, surtout « El aura », dans lesquels jouait déjà Ricardo Darin, acteur impressionnant par sa présence, son jeu et son charisme, et qui est l’interprète principal de « Dans ses yeux ». Mais les deux films de Bielinsky (décédé un an après « El aura » d’une crise cardiaque) permirent tout de même de réévaluer le cinéma argentin, capable de faire via une nouvelle école de jeunes cinéastes des films de genre qui pouvaient sortir de ses frontières tout en gardant une identité locale intacte. Et « Dans ses yeux » le confirme avec maestria, puisqu’il y est question de meurtre, d’enquête policière, saupoudré d’humour et combiné à une superbe histoire d’amour. Et le film de procurer deux heures d’un certain plaisir cinématographique, simple, et touchant, et sensible.
Benjamin Esposito (Ricardo Darin donc, certainement un des meilleurs acteurs au monde en ce moment) est un juriste pénal. Le jour où il quitte son travail, il décide d’écrire un livre, une sorte d’autobiographie liée à un meurtre dont il était en charge vingt-cinq plus tôt et qui ne fut jamais élucidé. Ne sachant par quel bout commencer, il retourne voir d’anciens collègues dont Irene, devenue aujourd’hui responsable de la magistrature d’un tribunal de Buenos Aires. Ce retour vers le passé ne se fera pas sans mal, de vieilles blessures vont réapparaître, des faits vont être revus sous un autre angle, des vérités vont éclater et certains sentiments vont également prendre tout leur sens...
La mise en place de l’intrigue, formée de sous intrigues, n’est pas évidente. Pourtant, très vite, et surtout via le talent de Ricardo Darin, on s’intéresse à ce petit juge qui prend à cœur un dossier et se heurte à une collègue aux convictions bien déterminées. Et à partir de ce moment, là où on met le doigt sur des intérêts personnels se mélangeant à du professionnel, « Dans ses yeux » trouve son rythme de croisière, tranquille mais passionnant, drôle, émouvant, naïf. Un cocktail étrange savamment dosé par Juan José Campanella qui trouve de surcroît le ton juste et une mise en scène adéquate, précise et sensible, pour ne jamais dévier du plus important, à savoir surtout une histoire d’amour naissante mais qui faute de courage ne peut se confirmer. Et c’est grâce à l’élément policier, et à un détail bien précis, que ce qui compose la vie de Benjamin va enfin pouvoir se libérer, tant l’obsession de la vérité, que celle d’avouer son amour à celle qu’il aime secrètement depuis tant d’années. Et quand arrive la fin, au bout d’un temps pourtant long mais qui n’a semblé durer que quelques minutes (preuve sans appel de la réussite du film !), on ne peut qu’être admiratif devant un tel ensemble de talents, concourant à faire d’un faits divers « provincial » un magnifique thriller passionnel. C’est rare d’être encore surpris par des films à priori évidents, mais Juan José Campanella fait partie de cette nouvelle école de cinéastes surdoués qui y est parvenu. Avec « Dans ses yeux », il signe un véritable petit chef-d’œuvre à ne pas manquer.

St. THIELLEMENT



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