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  Sommaire - Films -  A - F -  Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orleans (Bad Lieutenant, Port Of Call New Orleans)


"Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orleans (Bad Lieutenant, Port Of Call New Orleans) " de Werner Herzog

 

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orleans (Bad Lieutenant, Port Of Call New Orleans)
Réal. : Werner Herzog
Scénariste : William Finkelstein
Avec : Nicolas Cage, Eva Mendes, Val Kilmer, Tom Bower, Jennifer Coolidge
Distribué par Metropolitan Filmexport
120 mn
Sortie le 17 Mars 2010

Note : 4/10

Le film qui fit couler pas mal d’encre dès sa mise en chantier, qu’on attendait au tournant, prêt à être lapidé dès la fin de sa vision, le projet casse-gueule par excellence. Pensez donc : d’un côté, Werner Herzog, cinéaste allemand aux titres de gloire assez limités quand même (OK pour « Aguirre », pour « Fitzcarraldo », sachant que la folie de Klaus Kinski n’y est pas étrangère, mais à part ça, ses films sont d’une approche personnelle qui n’emporte guère l’adhésion tant par leur folie terne, l’ennui qu’ils suscitent et des sujets souvent traités succinctement). De l’autre côté, le film est lancé comme un remake du chef-d’œuvre d’Abel Ferrara se passant à la Nouvelle-Orléans, avec Nicolas Cage (l’acteur ayant à ce jour la coupe de cheveux la plus hideuse qu’on connaisse, affreux, mais qu’il se rase la boule à zéro, il faut qu’il réagisse !). Alors, depuis, Ferrara a vu le film et s’est calmé (paraît-il), ce n’est pas un remake mais juste une autre histoire d’un autre « Bad lieutenant », et Cage y est formidable. Bon, Herzog reste Herzog, mais pas celui d’ »Aguirre » ou « Fitzcarraldo », et si Cage et la Nouvelle-Orléans sont les deux meilleurs personnages du film, les autres font pâle figure, au milieu d’une intrigue qui n’arrive pas à se canaliser, partant parfois n’importe où n’importe comment.
Terence McDonagh est devenu lieutenant dans la police de la Nouvelle-Orléans suite à un acte de bravoure après le passage de l’ouragan Katrina. Mais il s’y blessa gravement le dos, au point que la douleur l’oblige à prendre des analgésiques qui progressivement le rendent dépendant de toute drogue. Mais sa vie n’est déjà pas simple : il aime une call-girl de luxe, il veut découvrir les meurtriers d’une famille d’immigrants africains dont le père était un dealer mais dont les enfants ne méritaient pas de mourir exécutés comme des chiens, il prend des paris qui l’endettent au prix de sa vie. En quelques jours, le lieutenant McDonagh va plonger en enfer tout en essayant de faire au mieux son travail et en préservant ses envies personnelles.
Oubliez le Ferrara, là n’est pas l’intérêt du film et de plus, à aucun moment, on ne sent la volonté de signer un remake. Il s’agit ici du portrait d’un flic parmi les meilleurs de la police locale, partagé entre son devoir et sa vie privée aux instincts limite (voire complètement) hors-la-loi. Et pour mieux rendre compte de son environnement, le choix de la Nouvelle-Orléans, après le passage de Katrina où une partie de la population s’est vraiment retrouvée sans rien, est excellent. Choix dicté en partie en plus par Nicolas Cage qui y réside et qui connaît donc très bien les qualités et les travers de sa ville. Avec la Nouvelle-Orléans, le décor est planté, les drames peuvent se mettre en place et immerger chacun dans une situation d’où on ne sort pas indemne, à moins d’être extrêmement chanceux. Flic dans les eaux boueuses et sombres de la Nouvelle-Orléans semble être une sorte de mission impossible du moins dans le respect du métier. Tout cela fait partie des très bons points du film, Herzog et Cage rendant plus vrai que nature la situation, de par le talent de l’un (Cage, encore une fois, est formidable) que par celui de l’autre quand il filme ce qu’il faut de la Nouvelle-Orléans pour ce qu’il veut en extraire. Par contre, les autres personnages du film, eux, ne tiennent pas la route : une prostituée de luxe qui ne fait pas illusion, des flics caricaturaux (dont Val Kilmer, qui aurait pu être bon...), des gangsters de pacotille, plus minables qu’autre chose et qui ne font jamais poindre un soupçon de danger quand on les rencontre. Là, Herzog n’a pas la carrure adéquate pour plonger dans le véritable enfer qu’on pensait trouver. Et de violent et noir, le ton du film frôle le ridicule. C’est d’autant plus dommage que le parcours de McDonagh, qui sombrait de plus en plus loin dans les ténèbres avant de toucher le fond pour mieux en remonter, illustrant ainsi le célèbre « quand on regarde les abysses au plus profond de ce qu’elles sont, les abysses regardent en toi »(1), semblait bien parti pour être réussi. Mais il n’en est rien, et au bout du compte, « Bad Lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans » s’échoue en cours de partie, faute de meilleurs personnages secondaires et d’une mise en scène manquant cruellement d’un réalisme urbain âpre et brutal, dangereux, vénéneux, mortel, soit les qualités indispensables pour le film qu’il devait être.

St. THIELLEMENT

(1) Tiré d’une citation de Nietzsche... (AP)



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