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  Sommaire - Interviews -  Tom Shankland (The Children)


Interview de Tom Shankland (The Children)
Par Stéphane Thiellement

Dernier ajout : samedi 17 octobre 2009

"Tom Shankland (The Children)"


Interview du réalisateur de “The Children”

Tom Shankland a fait une entrée remarquée dans l’horreur avec un polar à la « Seven » croisé de « Saw », sorti directement chez nous en DVD, « Waz ». Mais loin de n’être qu’un catalogue d’atrocités de plus, « Waz » est d’abord et surtout une plongée dans le désespoir de certains êtres humains, dans leur déchéance même si pour cela elles doivent entrainer des innocents comme les enfants. Et c’est justement au travers d’eux que Tom Shankland revient, avec cette fois-ci un pur film fantastique et d’épouvante, plus classique que « Waz » formellement, mais possédant quelques petits points communs aussi. « The Children » (The Children : sortie en salles le 21 Octobre 2009), c’est la journée d’enfer que vont vivre deux familles à l’aube de Noël, dans une grande maison de campagne britannique, sous la neige, une image idyllique qui va tourner au cauchemar quand les enfants vont décider de tuer les adultes, de tuer leurs parents. Glacial et terrifiant jusque dans son final, « The children » est une nouvelle réussite pour ce jeune cinéaste britannique, un de plus à surveiller dans ce renouveau du cinéma d’outre-Manche. La critique détaillée est dans le dernier numéro de SFMAG, voici maintenant l’interview de Mr Tom Shankland.

Avant de parler de « The children », pouvez-vous nous parler un peu de la genèse de votre précédent et premier film, « Waz ». Comment en êtes-vous arrivé à monter un tel projet ?

Difficilement (rires). Non, plus sérieusement, à la base, j’aime l’horreur, mais je ne voulais pas d’un simple shocker avec encore des teen-agers poursuivis par un psychopathe. Ensuite, il y avait un court-métrage qui déjà posait les bases de « Waz ». Mais il y avait tant d’idées que tout ne tenait pas dedans. Alors on a décidé d’en faire un long-métrage. Mais chaque fois qu’on cherchait un financement, personne n’en voulait tant le film était sombre, désespéré, nihiliste. Et puis « Saw » est sorti, a marché, et certains se sont souvenus de l’histoire de mon film. L’argent est arrivé, et le film s’est enfin fait. Mais moi, ce qui m’intéressait, ce n’était pas tant l’horreur mais plutôt une sorte de drame policier sur un flic prisonnier de ses sentiments et de sa vie qu’il n’arrive pas à assumer, une plongée dans le quotidien sordide de certaines personnes, où nul n’est épargné. Quelque chose comme « Pusher », je ne sais pas si vous connaissez...

Si, bien sûr, j’adore. Surtout le second volet. C’est d’une brutalité réaliste incroyable...

Tout à fait, en plus, le film étant danois, il me touchait plus car je le suis par ma mère, je lui ai même conseillé ! Autrement, c’est ça que je voulais retrouver dans mon film, en pire parfois comme avec le personnage de la femme junkie qui ne se soucie même plus de sa petite fille quand elle se fait son injection. Je voulais que « Waz » soit un cauchemar venu de la réalité, une plongée dans la misère urbaine, une histoire d’amour désespérée, tout ça à la fois. Et le film se devait d’être traité de façon adéquate, sale, moche. Tout ce que n’est pas « The children » pour lequel j’ai voulu un film plus classique...

On peut voir dans les deux films un point commun au travers de l’enfance meurtrie, assassinée, ou mise en danger. L’enfant est l’innocent qui souffre toujours de ce que lui fait endurer un adulte, ce qui est très fort dans « Waz », et plus suggéré dans « The children » où même un des adultes commence à se sentir attirée par une jeune adolescente...

Oui, je vois ce que vous voulez dire... Mais en même temps, ce n’était pas volontaire de ma part pour « The children ». A la base, il y a une histoire d’enfants assassins. J’ai juste modifié les données pour les resserrer autour du cocon familial, ce cercle d’amour qui en même temps protège et peut se révéler dangereux. Ce sont des éléments qui n’ont que rarement été traités dans un film...

La plupart du temps, les enfants dans ce genre de film d’horreur, tuent des adultes inconnus...

Tout à fait, comme dans « Who can kill a children ? » (note : débilement baptisé chez nous : « Les révoltés de l’an 2000 ») ou « Children of the corn » (note : débilement baptisé chez nous : « Horror Kid » !). J’en étais conscient et c’est pour cela que j’ai été plus loin en cernant le drame dans le milieu familial, celui où on croit être protégé, et où on ne se méfie pas du Mal qui peut être juste à coté de nous. Et l’autre différence, c’est que tout cela arrive en une journée, en plein jour, à l’aube de Noël. Ce sont pour moi des éléments qui font encore plus peur, et qui ont été rarement inclus dans ce genre de films car on peut très vite sombrer dans l’excès. Alors que je souhaitais une histoire qui progressivement se referme comme un piège : encore une fois, le cercle familial protège mais en même temps, il peut emprisonner avec tout ce que cela laisse supposer...

Justement, dans « Children of the corn », le point intéressant est celui où un adulte décide de tuer un enfant parce qu’il n’a plus le choix. Comment l’avez-vous traité dans « The children » ?

Déjà, il n’y a qu’une seule vraie mort « de sang froid » venant d’un adulte envers un enfant. Autrement, ce sont des actes accidentels. Maintenant, il est certain que lorsque je me suis retrouvé devant ce moment précis où un adulte comprend qu’il n’a plus d’autre alternative, j’ai essayé de faire en sorte que le public se sente aussi acculé, en danger de mort, que mon personnage. Et avant d’y arriver, on doit montrer l’évolution d’un enfant qui passe du stade civilisé et innocent à l’état monstrueux, sans conscience.

Pour vous, « The children » est un pur film d’épouvante ?

Oui, complètement, en plus dans la veine de ceux que j’adore, ceux où on instaure une ambiance, un climax, où le pire reste continuellement à venir. C’est pour moi plus un retour à un certain style de cinéma fantastique britannique, celui d’un Nicolas Roeg pour « Don’t look now » (note : intelligemment baptisé chez nous : « Ne vous retournez pas ») par exemple, loin d’un simple film d’horreur à la mode actuelle comme on en voit si souvent, même si certains sont excellents. J’aime vraiment inquiéter, faire peur, tout en travaillant avec l’intelligence du spectateur.

La fin de « The children » était-elle ainsi dès le départ où l’avez-vous modifiée ?

Elle était comme vous l’avez vue. Dès le départ, je l’ai écrite comme ça. Elle met définitivement mal à l’aise, car en plus, elle n’apporte aucune réponse, et laisse planer le doute sur le devenir de certains personnages...

Propos recueillis et traduits par St. THIELLEMENT


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