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  Sommaire - Interviews -  Laurent Libessart


Interview de Laurent Libessart
Par Damien Dhondt

Dernier ajout : lundi 3 août 2009

"Laurent Libessart"


Comment êtes-vous venu à la bande-dessinée ?
Ma formation comprend un BAC F12 (arts appliqués), ainsi qu’un BTS d’image de com ( communication, publicité et édition). Mais ma pratique de la BD datait d’avant cela. J’ai fait de la BD au collège et au lycée. Je travaillais sur commande pour des auteurs régionaux, pour Jacques Messiant notamment. J’ai réalisé une BD de 24 pages sur la légende de la Marie Groêtte, une sorcière qui est utilisée au départ pour éloigner les enfants de l’eau. Elle vit toujours dans les endroits où il y a de l’eau. Elle vit dans les puits, au fond des caves, là où il y a des puisards dangereux, dans les fossés. On effraie les enfants avec cela. C’était utile là où les enfants n’apprenaient pas à nager. Mais il y a des équivalents dans pas mal de cultures.
Puis j’ai monté un dossier d’album pour le Téméraire il y a très longtemps. Je traînais dans les salons et c’est comme ça que je suis tombé sur l’éditeur d’Assor BD qui lui était en recherche de dessinateur pour un projet en souffrance. C’est comme ça que j’ai commencé presque accidentellement sur le casque d’Agris. Le fait de traiter une période qui n’avait jamais été mise en image et de rester dans la BD d’aventure malgré toute la documentation, c’était assez intéressant comme défi et effectivement cela demandait un peu de masochisme.

Masochisme ?
Cela demande beaucoup d’énergie d’aborder les connaissances sur toutes les découvertes récentes des archéologues et d’essayer de les rendre fluide sans tomber dans tous les petits détails à mettre dans chaque case. Cela demande une énergie énorme et pas mal de souffrance sur la réalisation.
A l’occasion des scènes de bataille souvent on se bat avec les personnages. Dans le tome 2 on a fait une scène avec 20.000 guerriers et cela a représenté la moitié du temps de travail, alors que ce n’était que 12 pages sur les 50 du total.

La production d’Assor BD semble spécifique.
Il s’agit d’une maison d’édition associative qui est entièrement consacrée à la BD historique. Elle a comme particularité de bosser avec les spécialistes de chaque période pour être le plus exact possible sans pour autant tomber dans le cours d’Histoire-Géo. Cela reste de la BD d’aventure et on travaille mieux que certains éditeurs pro.
Le premier tome a été tiré à 9000 exemplaires, ce qui n’est pas si mal sachant qu’on a eu une distribution plutôt épisodique.

Avez vous une influence sur les épisodes historiques présentes dans "Sphères", car cela semble être votre spécialité.
En fait je suis suffisamment maso pour supporter les contraintes liées aux épisodes historiques. C’est plutôt mon masochisme naturel qui me rend apte à faire cela. C’est en partie du choix du scénariste. Au final je me suis plus amusé à faire des épisodes SF. Actuellement je reprends Moréa sur Soleil. Le dessinateur habituel travaille dans la publicité au Canada.

Je réalise qu’il va y avoir une différence considérable dans le style.
Même les outils et le style de dessin ne sont pas le même. Il faut rester dans la cohérence. L’univers change assez souvent de style. Le design des voitures et des bâtiments évolue. Moi j’ai amené ma propre évolution en restant dans l’esprit d’une vision futuriste plus que d’anticipation. Les bagnoles au design rétro volent, comme ce qui a été créé par Christin et Mézières pour le 5° élément, qui est le monde contemporain juste transposé dans un monde futur. C’est un peu fantaisiste. Le propos n’est pas du tout d’essayer de faire une anticipation de la situation géopolitique. Ce n’est pas le souci. C’est un récit d’aventure plus énergique.

Pourquoi la série "Sphères" s’arrête-t-elle chez Soleil ?
Les motivations n’ont pas été données. On ne connaît même pas le chiffre des ventes. Cela reste inexplicable. On aurait pu continuer 2 ou 3 tomes puisque l’Histoire peut se terminer assez rapidement. Mais on ne désespère pas de trouver un nouvel éditeur, car nous avons à coeur que la série continue.

Dans "Sphères" la technologie est imposante que ce soit les véhicules ou les bâtiments.
J’ai essayé de faire quelque chose de plausible, de ne pas forcément partir dans l’esthétique pure, mais de partir dans ce qui pourrait être fait. J’ai essayé également de lui donner un côté naturel. Par exemple la foreuse utilisée par des paysans est un peu abîmée. Il ne s’agit pas forcément d’une technologie pimpante, mais de quelque chose d’un peu usé.

On découvre la version 3D du téléphone portable.
Nous avons essayé d’extrapoler un peu. Mais le temps qu’on réalise l’album certaines technologies qu’on pensait en avance ont déjà eu le temps de se réaliser, comme les capteurs sensoriels ou les interprétations de mémoire qui semblaient devoir apparaître très loin dans le futur. Il y a déjà des travaux sur le bras mécanique à moitié piloté par un casque qui interprète les pensées. Cela existe déjà, ce qui est assez déstabilisant.

C’est imposant. Lorsque l’hélicoptère géant de l’ONU se pose, on dirait presque l’héliporteur du Shield.
C’est en accord avec le scénario de montrer qu’après les premières découvertes, le camp des archéologues est pris en main par les militaires et la musique change de tempo avec cette scène. L’archéologue va avoir maille à partir avec des militaires.
Cela permet au moins de placer visuellement le récit comme étant dans le futur. Mais il fallait aussi que tout en étant futuriste, cela reste plausible et proche de nous. En même temps les archétypes de personnages restent assez contemporains comme la structure militaire et les archéologues.
Je ne suis pas forcément croyant d’une avancée technologique infinie toujours dans le même sens. Je pense qu’il y aura peut être des revirements de fortune pour certaines sciences. C’est pour cela qu’on ne s’est pas projeté trop loin dans le futur. Au début cela devait se dérouler en 2090. Mais pour de l’anticipation je pense que c’est un peu risqué de voir très très loin. Je fais Moréa qui n’est pas vraiment de l’anticipation, mais du futurisme. Il n’y a pas forcément besoin d’être plausible sur beaucoup de points. C’est plus de la BD d’aventure un peu glamour qui n’a pas les mêmes soucis de plausibilité. Si dans Moréa les bagnoles volent on ne cherche pas à savoir comment. Tandis que sur "Sphères" on essaie de réfléchir plus en détail. Ce n’est pas du tout le même type de récit.

Il existe actuellement dans la BD une tendance à élaborer des histoires sur plusieurs époques.
Je suis sur un style de projet similaire pour Casterman l’année prochaine. Cela se déroulera à différentes époques historiques. Personnellement je vais faire un sujet sur la prise de Jérusalem par les Romains.
Dans "Sphères" j’ai lu le scénario de l’époque maya où il était question d’un vieux sage qui enseigne à un jeune homme. Celui-ci, vingt ou trente ans plus tard, va découvrir quelque chose de lumineux qui atterrit dans la forêt. Cela m’a fortement rappelé quelque chose. J’ai appelé le scénariste en lui signalant la ressemblance avec Champakou (1). Il m’a répondu "mais oui, c’est un hommage, j’adore ce que fait Jeronaton".
J’ai rencontré ce dernier plus tard. Je voulais faire plus que l’hommage et je lui ai demandé s’il était possible de faire écho, c’est à dire de réutiliser les costumes à son album.

Pour l’épisode des années 20 avez-vous reproduit les visages originaux des Egyptologues Carter et Carnavon ?
Oui, j’ai fait pas mal de recherches sur internet. Cela a permis de modifier le scénario car on a trouvé sur internet les notes de Carter lui même. Donc d’après les notes de Carter le scénariste a remodifié le dialogue. De même de nos jours, il existe une énorme saignée dans le flanc de la colline. J’ai tenté de la reproduire t’elle qu’elle était au moment de la découverte de la tombe de Toutankhamon.
C’est assez précis, sans pour autant aller aussi loin que ce que nous avons fait sur "Le casque d’Argis", car "Sphères" n’est pas à but historique ou archéologique. C’est plus une évocation. De même quelques grands spécialistes des Mayas sauront voir quelques incohérences dans ce qu’on a fait.

(1) Les Humanoïdes Associés (1979) réédité aux éditions de La Fibule

BIBLIOGRAPHIE

Assor BD
Le Casque d’Agris / Scénario Silvio Luccisano

Soleil
Sphères / Scénario Serge Perrotin

Editions Armée du Salut
Tout a commencé par un café

Edition La base du parc
Jacques Messiant : Les Contes de Marie Groêtte

Edition Petit à petit
Fables de Jean de la Fontaine en BD


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