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  Sommaire - Films -  M - R -  Public Enemies (Id.)


"Public Enemies (Id.) " de Michael Mann

 

Réal. & co-scénariste : Michael Mann
Scénario : Ronan Bennett & Ann Biderman
Avec : Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard, Billy Crudup, Stephen Lang, Stephen Dorff.
Distribué par Universal Pictures International France
130 mn
Sortie le 8 Juillet 2009

Note : 7/10.

Rares sont les cinéastes actuels à susciter à chaque nouveau projet puis film une impatience certaine. Michael Mann fait partie de cette élite. Celui qui débuta il y a maintenant trente ans dans le 7ème art en signant l’excellent téléfilm « Comme un homme libre » avec Peter Strauss en prisonnier s’entraînant pour battre le record d’endurance de course à pied dans la prison de Folsom est devenu, avec son dixième film cinéma plus tard, « Public enemies » donc, un des cinéastes les plus ovationnés du métier. Débutant avec « Thief », Mann donne déjà un autre look à ses films, commence déjà à cerner les histoires qu’il veut raconter, tournant quasiment tout le temps autour d’un homme aux fortes qualités personnelles, au destin tracé par ses propres actes, plus forts que la moyenne mais souvent prisonnier d’évènements collatéraux qui peuvent amorcer sa chute. Au milieu de tout ça, u film complètement différent, le maudit « La forteresse noire » qu’on désespère de voir un jour sortir enfin en DVD... Autrement, tous les autres films de Michael Mann sont proches de lui et les uns des autres, de « Manhunter » qui ouvrit véritablement le style Mann, faisant d’un simple thriller une œuvre absolument fascinante par ses images, ses cadrages, ses idées, sa musique à « Miami vice », qui ne convainc pas la première fois mais qui s’imprime dans l’inconscient au point d’en faire aujourd’hui une des réussites majeures de son auteur. Entre les deux, un grand film d’aventures, « Le dernier des Mohicans », une biographie qui a du mal à passionner tout en recélant d’énormes qualités à savoir « Ali », deux grands thrillers que sont « Collateral » et « Heat » (ce dernier pêchant par une fin qui n’est pas celle qu’on voudrait...), un chef-d’œuvre, le magnifique et monumentalement parfait « Révélations ». Et aujourd’hui, « Public enemies », qui s’intéresse au cas de John Dillinger, un de ces célèbres gangsters américains des années 30, dont la renommée le transforma en légende car contrairement à ses « collègues », Dillinger était celui qui avait le plus de respect du public. De ce destin de nouveau hors normes, Michael Mann en a-t-il fait un chef-d’œuvre ? Non, autant le dire tout de suite. Si certaines qualités sont là, « Public enemies » a quelques scories qui le desservent.
Au début des années 30, les USA sont en pleine Grande Dépression, le peuple américain vit ses pires années, et le gangstérisme est à son apogée avec des noms aussi célèbres que Al Capone bien sûr mais aussi Frank Nitti, Bonnie & Clyde, Baby Face Nelson, tous en partie assez psychopathes sauf John Dillinger. Dillinger ne se range pas dans le même panier, ses victimes sont les banques responsables de la situation économique du pays, Dillinger ne tue pas gratuitement, Dillinger a de la classe, Dillinger ne vole pas le moindre dollar aux plus démunis. Et Dillinger tourne en ridicule les forces de police. Récemment promu directeur du bureau d’investigations qui deviendra ultérieurement le Federal Bureau of Investigation, Edgar J. Hoover fait de la traque à Dillinger son objectif premier. Il recrute un jeune policier aux états de service impressionnants, Melvin Purvis (Christian Bale, enfin redevenu plus... Sobre et donc excellent !), et lui donne carte blanche pour terminer la carrière criminelle de Dillinger. Ce dernier s’entourera d’une bande de durs à cuir venus de son Texas natal pour mener à bien sa mission. Quant à Dillinger, seul contre tous, excepté un petit circuit de fidèles, il rencontrera l’amour en la personne de Billie Frechette (Marion Cotillard, parfaite), voudra signer un ultime grand coup avant de quitter la scène, ce monde du crime où de nouveaux trafics orchestrés par le milieu de Chicago ne sont pas pour lui, où l’époque change, où il n’a plus sa place. Mais comme toute légende, John Dillinger mourra de façon brutale et violente, en plein « succès », scellant à tout jamais son histoire comme une des plus renommées du gangstérisme des années 30.
Comme on le voit, un tel destin rentre parfaitement dans la logique des projets recherchés par Mann. Porté par un Johnny Depp tout en retenue, et en plein forme, filmé par Michael Mann, « Public enemies » était attendu comme étant un des grands films de cette année. Mais à l’arrivée, on déchante assez. Déjà par l’usage vraiment trop important que fait Michael Mann de sa caméra HD : ce qui passe bien lors de certains moments peut s’avérer lourd à supporter sur tout un film tout comme ça peut très bien passer (« Collateral » par exemple). Dans le cas présent, une photo pas des plus belles tout simplement nuit gravement au film. Certes, Mann en veut pas donner à son film un aspect « rétro » mais plus un aspect « réel » mais ce n’est pas l’usage intempestif de la HD qui y parviendra. Ensuite, même si dans l’ensemble, le scénario est assez ambitieux, il ne fait que répéter littéralement ce qu’on a déjà vu dans d’autres films du cinéaste, « Heat » en premier. Pour celui qui auparavant ne livrait son dernier film qu’après trois ou quatre ans (si ce n’est plus...) de silence pour mieux nous surprendre, « Public enemies » s’avère être une certaine déception. Pas un ratage total, non, car il reste suffisamment de superbes moments tant dans l’action que dans des moments plus intimes et personnels pour certains protagonistes. Mais de la part du grand Michael Mann, on attendait tellement mieux. Maintenant, on se souvient d’une telle réaction à la sortie de « Collateral » et « Miami vice », deux films qui aujourd’hui, s’avèrent plus fascinants que lors de leur première vision. Peut-être en sera-t-il ainsi pour celui-ci mais dans l’état actuel des choses, il y a fort à parier que ce ne sera pas aussi évident...

St. THIELLEMENT



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