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  Sommaire - Dossiers -  Paranormal -  Une histoire de fantôme


"Une histoire de fantôme"


Jean-Michel Abrassart

Comme je travaille depuis plusieurs années sur la question des phénomènes paranormaux, je suis régulièrement le dépositaire de témoignages d’expériences vécues : visions d’ovnis, contacts extraterrestres, enlèvements par les Gris, phénomènes de psychokinèse, dons de voyance, rêves prémonitoires, visions angéliques, utilisations d’un pendule, tables qui se lèvent dans le cadre d’une séance de spiritisme, etc. La liste est sans fin.

Les phénomènes paranormaux se manifestent sous forme d’une masse gigantesque de témoignages, ce qui pose d’un point de vue méthodologique le problème de la fiabilité du témoignage humain : lorsque quelqu’un témoigne avoir vécu ceci ou cela, un scientifique peut-il le croire sur parole ?

Les défenseurs de la réalité des phénomènes paranormaux répondront généralement oui à cette question. Cependant les recherches en psychologie ont indéniablement montré que le témoignage humain est tout sauf fiable : la mémoire s’altère en effet très rapidement et est fortement influençable par les suggestions qui lui sont faites. Nous allons ici aborder le cas d’une vision de fantôme, que nous nommerons le cas F.B. afin de garantir l’anonymat du témoin. Signalons préalablement que monsieur F.B. a une forte croyance à la réalité du paranormal.

Il rapporte d’autres expériences inhabituelles que celle que nous allons présenter, dont deux autres visions d’apparitions et aussi des sorties hors du corps (angl. : out-of-body experience). Il s’agit d’une donnée bien établie dans la littérature que certains sujets vivent énormément d’expériences paranormales, alors que d’autres n’en vivent aucune. Les parapsychologues nomment cela l’effet brebis et chèvres. Les brebis sont les gens qui croient aux phénomènes paranormaux, et qui à cause de cela les attireraient comme des sortes d’aimants.

Les sceptiques, à l’inverse, repousseraient les phénomènes et les empêcheraient de se manifester en leur présence. L’interprétation sceptique de cette donnée empirique est bien évidemment toute différente. Il y aurait tout d’abord un effet des attentes : un sujet croyant au paranormal aurait plus facilement tendance à étiqueter une expérience comme étant surnaturelle qu’un sceptique. De plus, comme les psychologues ont montré empiriquement que les personnes qui croient au paranormal sont plus réceptives aux suggestions, elles auraient donc plus facilement tendance à voir des choses qui n’existent pas.

L’anecdote remonte à 1974. Cette année là, monsieur F.B. entretenait une relation avec une jeune fille de bonne famille. Un samedi, la jeune fille en question lui téléphone en fin de matinée pour lui annoncer que ses parents sont sur la côte belge pour le week-end. Il se rend donc pour la première fois à la demeure familiale. Le sujet m’a raconté son expérience inhabituelle dans un courriel de la façon suivante : “ Arrivés chez elle, nous ne tardâmes pas à faire l’amour. Je me trouvai ensuite allongé sur son lit, en tenue d’Adam, tandis qu’elle prenait une douche. J’étais aussi détendu, dans tous les sens du terme, qu’on puisse l’être et me laissais gagner par une douce torpeur, vaguement conscient du bruit de l’eau qui me parvenait de la salle d’eau voisine. Je ne sais ce qui m’amena brusquement à ouvrir les yeux, mais lorsque je le fis, tous mes sens en alerte me ramenèrent brutalement à la réalité.

Devant moi, si près que j’aurais pu la toucher, éclairée en contrebas par une lucarne découpée dans le toit, se tenait une femme. Elle me parut âgée de septante à quatre-vingt ans, peut-être moins. Plutôt fluette et de petite taille, son vêtement assez strict consistait en une robe grise ou noire sur laquelle était enfilée un tablier blanc. Son visage ridé à l’aspect jaunâtre était surmonté d’un chignon de cheveux gris ramenés en arrière. Elle se tenait légèrement penchée en avant, les mains jointes sur le devant de son tablier, lèvres pincées, et me regardait avec un air à la fois inquiet et désapprobateur. Dire que j’étais surpris serait en dessous de la réalité.

Interloqué, à la fois furieux et gêné de cette intrusion inattendue, je me soulevais à demi en ouvrant bien grand les yeux avec l’intention de demander à l’intruse qui elle était et ce qu’elle faisait là. Au même moment, comme si l’objectif d’un appareil photo avait été fermé, elle disparut d’un seul coup, non en se désagrégeant ou en s’éloignant dans un autre endroit de la pièce - qui n’était pas grande - mais comme une image qu’on aurait éteinte. ” L’explication sceptique pour ce genre de témoignage est l’hallucination hypnagogique. Ce phénomène se produit juste avant l’endormissement ou juste après le réveil. Les sensations qui apparaissent alors peuvent être soit des hallucinations visuelles ou auditives (souvent des lumières ou des figures étranges qui se trouvent dans la chambre), soit une sensation de pression dans la poitrine ou encore l’impression de flotter dans l’air.

Les hallucinations hypnagogiques se produisent aussi lors de la paralysie du sommeil (angl. : sleep paralysis). Dans ce cas de figure, le sujet se réveille mais est incapable de bouger. Durant le sommeil, les muscles du corps sont paralysés afin de prévenir l’individu de faire les gestes qu’il accomplit dans ses rêves. Dans la paralysie du sommeil, le sujet se réveille alors que cette paralysie des muscles n’est pas encore terminée.

Du coup, il est pleinement éveillé mais totalement incapable de bouger. La paralysie du sommeil est souvent accompagnée de la sensation terrifiante d’une présence maligne dans la pièce. Cette paralysie est un symptôme standard de la narcolepsie, mais se produit aussi dans la population générale. La prévalence estimée de la paralysie du sommeil varie fortement en fonction des auteurs, mais se situe approximativement entre 25% et 40% de la population. Les sceptiques considèrent que cette paralysie du sommeil joue un rôle important dans la formation des nombreux témoignages d’enlèvements par des extraterrestres (angl. : alien abduction).

Dans le cas de monsieur F.B., il n’y a pas eu de paralysie du sommeil, puisqu’il a été capable de bouger. Par contre, il était bien en période d’assoupissement, suite au fait d’avoir fait l’amour avec son amie, au moment de sa vision de fantôme. Sa vision s’est dissipée lorsqu’il a bougé pour tenter de la toucher et s’est réveillé pleinement. Pourquoi monsieur F.B a-t-il étiqueté son expérience comme étant surnaturelle, au lieu de la considérer comme étant une banale hallucination hypnagogique ? Après sa vision, il a décrit la femme âgée qu’il a vue à son amie. Elle lui expliqua alors : “ La personne que tu as vue, me dit-elle lorsque j’eus terminé (ma description), est mon ancienne gouvernante, celle qui m’a élevée et s’est occupée de moi lorsque j’étais petite fille.

La pièce où nous nous trouvons était autrefois sa chambre. Elle m’aimait beaucoup. Elle est morte il y a dix ans (...). ”. Le problème est ici l’aspect générique de la description : une femme entre septante et quatre-vingt ans, plutôt fluette, de petite taille, avec un visage ridé surmonté d’un chignon. Combien de dames âgées correspondent à cette description ? La question que pose ce cas est fondamentalement d’évaluer la probabilité pour que, par hasard, son hallucination hypnagogique colle avec celle de la gouvernante de son amie. Si vous estimez la probabilité faible, vous devez alors admettre une vision surnaturelle.

Si la probabilité qu’il y ait par hasard une similarité entre la vision et la gouvernante n’est pas faible, alors vous pouvez considérez que le cas est très bien expliqué par le modèle sceptique. Il faut remarquer que le sujet a cherché en vain une photo de la gouvernante dans la maison afin d’avoir la confirmation que la gouvernante était bien la dame de sa vision. S’il l’avait trouvée, aurait-il constaté que sa vision ne correspondait pas à la photo de la gouvernante ? Malheureusement, nous n’aurons jamais la réponse à cette question...



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