SF Mag
     
Directeur : Alain Pelosato
Sommaires des anciens Nos
  
       ABONNEMENT - BOUTIQUE - FAITES UN DON
Sfmag No110
110
2
2
 
j
a
n
v
i
e
r
RETOUR à L'ACCUEIL
BD   CINE   COUV.   DOSSIERS   DVD   E-BOOKS  
HORS SERIES    INTERVIEWS   JEUX   LIVRES  
NOUVELLES   TV   Zbis   P. Dagon-A. Pelosato  
Encyclopédie de l'Imaginaire, plus de 13 000 articles
  Sommaire - Dossiers -  Paranormal -  L’invasion des rapaces nocturnes


"L’invasion des rapaces nocturnes "


Jean-Michel Abrassart

Nous allons discuter d’un cas classique de l’ufologie : le cas de Rencontre Rapprochée du 3ième type (RR3) de Kelly-Hopkinsville.

Ce cas est présenté par l’astronome J. Allen Hynek dans le dixième chapitre (celui consacré aux RR3) de son ouvrage classique “ Les objets volants non identifiés - mythe ou réalité ? ” (aux pages 237-245 de l’édition J’ai Lu, coll. “L’Aventures Mystérieuses").

La rencontre se produisit le 21 août 1955 et met en scène une famille de fermiers, les Sutton, aux prises avec une attaque extraterrestre. Tout commence lorsqu’un des hommes de la famille, Billy Ray Taylor, aperçoit un ovni atterrir dans un ravin près de la ferme. En rentrant, il raconte son aventure. Une heure plus tard, les chiens se mettent à aboyer dans la cour de la ferme. Deux des hommes sortent pour voir ce qui en est la cause. Ils découvrent un petit homme lumineux, aux yeux énormes, qui approche lentement de la maison les bras levés au-dessus de lui. Les deux hommes sortent une arme et font feu sur ce qu’ils pensent être un extraterrestre. Le visiteur a un brusque sursaut et disparaît dans la nuit. Peu après, un autre visiteur se montre à la fenêtre.

La famille l’accueille de la même façon. Les hommes sortent ensuite pour voir s’ils ont réussi à le tuer. Une main griffue apparaît sur le toit et se tend vers l’un d’entre eux. Les hommes tirent à nouveau sur la créature sur le toit et sur une autre remarquée dans un arbre. Cette dernière flotte jusqu’au sol et décampe. La famille Sutton se barricade ensuite dans la maison durant quelques heures.

A onze heures du soir, les onze membres (sept adultes et quatre enfants) de la famille s’entassent dans deux voitures et vont prévenir la police. Ils reviennent à la ferme accompagnés par la police qui fouille l’endroit, mais ne trouve rien d’extraterrestre. Elle constate simplement que l’on a bien tiré quelques rares coups de feu. Une fois la police repartie, les témoins racontèrent que les créatures revinrent à nouveau attaquer la ferme... Le fait que les témoins aient alerté la police le soir même est souvent considéré dans la littérature comme une preuve que l’événement est authentique, puisque cet acte démontrerait la bonne foi des témoins.

La description des visiteurs de Kelly-Hopkinsville est la suivante : les yeux sont ronds comme des soucoupes et placés latéralement à mi-hauteur de la tête ; il n’avait pas de cou ; le corps était mince, tout droit et sans formes ; les bras étaient pratiquement deux fois plus longs que les jambes et les mains semblaient énormes ; et enfin il ne semblait pas avoir de nez... Voilà une description bien étrange d’un extraterrestre. Nous y reviendrons. Yann Mège s’est rendu sur place en 2000 afin de réaliser une enquête, qu’il relate dans un article paru dans la défunte revue ufologique “ Phénomèna ” : “ Kelly : La nuit des extraterrestres ”.

Sa version des faits est qu’il s’agit d’un canular. L’idée d’inventer le canular serait venu de l’observation d’ovni faite durant la journée par un des hommes de la famille, Billy Ray Taylor. Pour soutenir son hypothèse, Yann Mège souligne les détails troublants suivants : (a) après la nuit d’affrontement avec les extraterrestres, les hommes de la famille vont tranquillement vaquer à leurs occupations (l’un part même à la chasse !) et laissent les femmes et les enfants seuls à la ferme (qui laisserait sa famille de la sorte après une telle nuit d’horreur ?), (b) les voisins (le plus proche est situé à 500 mètres) n’ont pas entendu les nombreux coups de feu tirés en pleine nuit (alors que Taylor affirme avoir tiré plus de deux cents coups !) et enfin (c) pourquoi avoir été jusqu’à la ville pour prévenir la police alors qu’il leur était possible de se réfugier chez un des voisins et de téléphoner de là ? Tout cela ne prouve bien entendu pas que les Sutton aient menti, mais jette un doute raisonnable sur la validité de leurs témoignages...

Renaud Leclet, du “ Comité Nord-Est des Groupements Ufologiques ” (CNEGU), propose pour sa part une autre explication : le rapace nocturne ! En effet, si vous relisez bien la description des extraterrestres, elle correspond effectivement à celle d’un hibou grand-duc ou d’une chouette effraie (angl. : barn owl) : l’extraterrestre est de taille petite, il a de grands yeux ronds, de longs bras/ailes et de grandes oreilles (les aigrettes d’un hibou grand-duc ?). L’absence de cou, l’absence de nez sont encore d’autres éléments qui vont dans le sens de l’hypothèse du rapace nocturne.

De plus, lorsque l’on tire sur l’extraterrestre qui est sur un arbre (que fait-il là ?), il “ flotte jusqu’au sol ”. Or, lorsque les chouettes effraies volent, elles le font sans aucun bruit ! Elles génèrent donc l’impression de “ flotter ”. L’habitat de la chouette effraie est généralement les vieilles granges isolées, ce qui correspond bien à la ferme des Sutton. Par contre, le hibou grand-duc préfère pour leur part généralement des habitats situés dans des régions rocheuses ou montagneuses... Renaud Leclet privilégie l’hypothèse du hibou grand-duc (à cause des aigrettes) à celle de la chouette effraie, néanmoins un autre argument en sa faveur est que sa période de ponte va de mai à août.

Il n’est donc pas impossible que le couple de chouettes effraies défendait en réalité son nid ou qu’ils étaient simplement en train de ramener de la nourriture (la chouette effraie chasse exclusivement la nuit) à leur couvée au moment où les Sutton leurs ont tirés dessus. La période de ponte du hibou grand-duc se situe plus tôt dans l’année, entre mars et avril, et ils sont nidifuges (en conséquence, ils iront donc pondre dans l’endroit le plus isolé possible). Lorsqu’un sceptique mentionne ce genre d’explication à des défenseurs de l’existence du paranormal, ils rient en général de la bêtise de ces “ vils rationalistes ” qui considèrent que les témoins sont suffisamment bêtes pour confondre un rapace nocturne avec un extraterrestre.

Pourtant, est-ce que ce type d’explication est si “ bête ” que cela ? Il est déjà bien établi dans la littérature ufologique que beaucoup de visions d’ovni sont dues à la lune, à Vénus ou à des étoiles forts brillantes. Cela s’appelle une illusion perceptive, et cela signifie que le sujet déforme un stimulus au point de voir autre chose. L’observation d’ovni faite durant la journée par Billy Ray Taylor produit un amorçage : il en parle à la famille, qui n’a alors que les extraterrestres en tête. Lorsqu’un malheureux rapace nocturne se pointe, la confusion perceptive fait que les hommes “ voient ” un extraterrestre là où se trouve un volatile. Rappelons qu’il fait nuit, que les événements se déroulent très rapidement et que la terreur aidant...

Jean-Louis Peyraut rejette l’explication par les rapaces nocturnes en arguant que ceux-ci devraient alors être lumineux (mais le plumage de la chouette effraie est d’un blanc éclatant qui peut générer une impression de phosphorescence sous un lumière comme par exemple celle de la lune) et être pare-balles puisque les policiers ne retrouvent aucun cadavre de rapace nocturne (mais les policiers n’ont certainement pas fait attention à la présence de plumes ou de cadavres de volatiles sur le sol). Alors, le cas de Kelly-Hopkinsville est-il une invasion extraterrestre, un canular ou une illusion perceptive transformant des rapaces nocturnes (hiboux grand-duc ou chouette effraie ?) en des étrangers à ce monde ? La question reste posée...

Bibliographie :
-  Hynek, J. A. (1975). Les objets volants non identifiés - mythe ou réalité ? Paris : J’ai Lu.
-  Leclet, R. (2001). Kelly-Hopkinsville : Un classique bien trop chouette. Les mystères de l’Est, 6, 53-84.
-  Mège, Y. (2001). Kelly : La nuit des extraterrestres. Phénomèna, 45, 6-18.
-  Peyraut, J.-L. (2002). Jardin pour nain des étoiles. Les mystères de l’Est, 7, 121-124.



Retour au sommaire