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  Sommaire - Dossiers -  Paranormal -  Qu’est-ce que le scepticisme ?


"Qu’est-ce que le scepticisme ?"


Jean-Michel Abrassart

Le scepticisme moderne est un mouvement scientifique qui étudie d’un côté les phénomènes préten-dument paranormaux et de l’autre les pseudo-sciences. Même si intuitivement nous savons tous ce qu’est un phénomène réputé paranormal, il n’est pas aisé de définir ce qui caractérise et regroupe ces différents phénomènes sous cette étiquette.

Tentons néanmoins la chose... Nous entendons par para-normal un phénomène qui (1) est inexplicable dans les termes de la science actuelle, (2) n’est explica-ble uniquement que par une révision majeure des principes de base de la science, ou (3) n’est pas compatible avec la norme des perceptions, des croyances et des attentes à propos de la réalité. Des phénomènes très variés entrent dans cette définition : la voyance, la télépathie, la télékinésie, les fan-tômes, la magie, les visions de la Vierge Marie, les formes de vie extraordinaire (Yéti, Big Foot, monstre du Loch Ness, les extraterrestres dans le cadre du phénomène ovni, etc.), etc.

Prenons l’exemple de la voyance. La voyance n’est explicable que par une révision majeure du principe de base de la science qu’est le principe de cause à effet. La flèche du temps va dans une direction, du présent vers le futur. Dans les phénomènes de voyance, un effet (un futur donné) est supposé remonter le temps pour provoquer une cause (la vision du voyant), ce qui est plutôt problématique ! Bien enten-du, le fait qu’un phénomène soit en contradiction avec un principe de base de la science ne signifie pas que ce phénomène n’existe pas. Si un fait de voyance était avéré, il faudrait certainement envisager de changer la science pour inclure la nouvelle donnée dans les modèles.

Le problème est que, contraire-ment à ce que certains affirment, les preuves en faveur de la voyance sont faibles, voire inexistantes. Du coup les scientifiques ne voient pas de raison de changer un principe fondamental de la science au nom d’un phénomène dont rien ne prouve qu’il existe effectivement... La croyance, quant à elle, peut se définir comme “ une attitude de l’esprit qui affirme quelque chose sans pouvoir en donner de preuve, avec un degré plus ou moins grand de probabilité ” (définition du “ Dictionnaire de Philo ” d’Armand Collin). La croyance au paranormal est donc fondamentalement une question de preuves (ou d’absence de preuves), et d’interprétations de ces preuves (ou de leurs absences).

Le scepticisme consiste donc à appliquer la méthode scientifique sur les phénomènes paranormaux, et tout particulièrement l’esprit critique. S’il est difficile de définir le paranormal, il est carrément impos-sible de définir a priori ce qu’est une pseudo-science. En effet, les épistémologues n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un critère qui permettrait à priori de distinguer ce qu’est la science de ce que n’est pas la science, autre qu’un critère sociologique : est une pseudo-science ce que les scientifiques ne considèrent pas comme étant du domaine de la science... Cependant, il est possible de dire “ à poste-riori ” pour chaque pseudo-science en particulier pourquoi elle est considérée comme telle.

Nous trouvons dans les pseudo-sciences l’astrologie, la numérologie, la parapsychologie, l’ufologie, les médeci-nes alternatives, etc. Prenons l’exemple de l’astrologie : à chaque fois que des psychologues ont com-paré la description faite par un astrologue d’une personnalité (d’une personne que l’astrologue n’a jamais rencontrée et dont il connaît uniquement la date et l’heure précise de naissance) et les traits de personnalité effectifs de cette personne mesurés par des tests psychologiques, la relation entre les deux est nulle. La description de l’astrologue est faite comme s’il tapait au hasard. Je précise bien d’une personne que l’astrologue n’a jamais rencontré et dont il connaît uniquement la date et l’heure précise de naissance, car en effet sa description de la personnalité devient nettement plus en adéquation avec la réalité lorsqu’il connaît la personne après avoir eu un entretien avec elle.

L’explication est simple : l’astrologue fait correspondre sa description avec ce qu’il a pu voir et entendre de la personne et moins avec ce que lui apprennent prétendument la position des astres à la naissance. Si l’astrologie se donne l’apparence de la science en reprenant du vocabulaire psychologique et psychanalytique, elle n’en a que l’apparence...

Il est difficile de donner une date de naissance au scepticisme. Ce mouvement est probablement né avec la science elle-même, lorsque Aristote expliqua dans son traité de météorologie que les éclairs n’étaient pas l’œuvre de Zeus (qui, d’après la mythologie grecque, était supposé les lancer depuis un nuage). Néanmoins, au début du 20ième siècle, le célèbre illusionniste anglais Harry Houdini publia “ Miracle Mongers and their Methods ” (fr. : “ Les faiseurs de miracles et leurs méthodes ”), un pavé dans la marre contre les spirites où il expliquait certains des trucs d’illusionnistes qu’utilisent les pré-tendus médiums pour faire croire qu’ils communiquent avec les morts.

Avec cet ouvrage Harry Houdini peut donc être considéré comme un des fondateurs du scepticisme actuel. De plus, l’affaire qui l’opposera à Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, à propos d’une série de photos de fées prises par deux fillettes anglaises est un très bon exemple de débat entre les sceptiques et les défenseurs du paranormal. Cette célèbre affaire montre aussi à quel point les photos sont des éléments très probléma-tiques dans un dossier, même si aujourd’hui les photos d’ovni sont plus à la mode que les photos de fées... Sur base des connaissances scientifiques actuelles, la position des sceptiques est que les phé-nomènes paranormaux n’existent pas. Ou du moins que ces phénomènes sont explicables autrement. Bien entendu, cela ne veut pas dire que tous les scientifiques sont sceptiques.

Au contraire, il existe de nombreux scientifiques qui défendent la réalité des phénomènes paranormaux. C’est pour cette raison que le scepticisme est un mouvement scientifique, c’est-à-dire un paradigme qui a une histoire, des postulats et des méthodes d’investigation des phénomènes qui le préoccupent. Au niveau des postulats, les points les plus fondamentaux sont que les sceptiques considèrent que (a) la science est la moins pire des méthodes pour étudier le réel, (b) la science permet lentement mais sûrement d’établir un sa-voir positif sur le réel, et (c) qu’il existe un monde extérieur à la subjectivité humaine et ce monde est stable. D’un point de vue méthodologique, un des principes de base de la démarche sceptique serait, comme l’a énoncé le psychologue William James, que “ d’un point de vue tactique, il est bien meilleur de croire un peu trop peu que de croire un peu trop ”. Le premier groupement sceptique officiel fut le “ Comité Belge pour l’Investigation Scientifique des Phénomènes Réputés Paranormaux ”, dit “ Comi-té Para ”, fondé en 1949. Ce groupe existe toujours aujourd’hui.

Le “ Comité Para ” se lança dans les années 70 dans un débat polémique avec Michel Gauquelin sur ce que l’on nomme “ l’effet Mars ”. Gauquelin, sur base d’une étude statistique qu’il avait réalisée, prétendait en effet avoir prouvé que Mars prédisait certaines caractéristiques de la psychologie des individus, comme l’affirme l’astrologie. Le débat fit du bruit aux U.S.A. et fit germer Outre-Atlantique l’idée de créer un groupe similaire. Le C.S.I.S.O.P. (“ Comittee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal ”) était né. Des scientifiques et auteurs de science-fiction tel que Isaac Asimov, Arthur C. Clarck ou Carl Sagan furent membre de ce groupement. Le C.S.I.S.O.P. est à l’heure actuelle un groupe très important de scientifi-ques aux U.S.A., et sa publication, “ The Skeptical Inquirer ”, est largement distribuée.



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