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  Sommaire - Films -  S - Z -  Traqué


"Traqué " de William Friedkin

Traqué de William Friedkin



Tommy Lee Jones, Benicio Del Toro, Connie Nielsen



Pour la grande, très grande majorité, on associe William Friedkin à French Connection, mais aussi et surtout à L’exorciste, adaptation tirée du roman traumatisant (à l’époque, début des années 70) de William Peter Blatty. Le film est devenu un classique incontournable (dans sa première version, pas celle remontée il y a deux ans...), un chef d’œuvre du film fantastique et d’horreur, et aussi le plus gros succès commercial de la carrière de Friedkin. Même si certains de ses films suivants sont remarquables (Le convoi de la peur, Police fédérale L.A., Le sang du châtiment), voir excellents (Jade), il ne retrouva jamais une telle popularité. Il tenta même un retour dans le Fantastique avec le très moyen La nurse qui se solda évidemment pas un échec. Mais William Friedkin n’avait pas encore dit son dernier mot, comme le prouve Traqué.


Deux chasseurs sont retrouvés massacrés, démembrés au couteau, dans une forêt de l’Oregon. Le FBI sollicite les services de L.T. Bonham (Tommy Lee Jones), un garde-chasse maître dans l’art de la traque, et ancien entraîneur de soldats d’élite. Très vite, ce dernier acquiert la conviction que ce carnage est l’œuvre d’un de ses anciens élèves, peut-être le meilleur, qui le lui prouve en l’attaquant. Maîtrisé, le tueur, Aaron Hallam, réussit cependant à s’échapper en ne laissant aucun survivant, et relance L.T. pour une ultime chasse à l’homme, la sienne, qui sera la plus sauvage, sanglante et fatale qu’il n’aura jamais faite.


Traqué est un Survival, c’est à dire une poursuite, un combat en pleine nature, où l’humanité cède la place à un retour vers l’instinct primal de l’homme jusqu’à redevenir un animal. Cela peut tomber dans l’horreur comme avec La colline a des yeux, Survivance, Mother’s day (des classiques du genre !) ou s’en rapprocher comme dans Delivrance (le pionnier référence du genre) ou Rambo (le premier, bien plus Survival dans le bouquin que dans le film quand même). Friedkin opte pour ce second choix. Hallam (Benicio Del Toro, excellent) est un soldat hors-pair que des années de guerre aux quatre coins du globe ont transformé en implacable assassin qui ne sait plus tuer qu’en massacrant sa proie. Si Traqué flirte avec le Fantastique, c’est par le choix de faire d’Hallam une sorte de démon insaisissable qui fait corps avec les bois dans lesquels il se terre. Et le choix de Friedkin de montrer le plus de dégâts mortels perpétrés par son soldat, fait basculer Traqué dans le gore réaliste : un coup de couteau (celui de Rambo ressemble à un canif de scout à côté !) déchire la chair, le sang gicle, épais et sombre, même quand il s’agit d’un accident de voiture où le gros plan d’une hémorragie est montré comme une conséquence liée aux actes d’Hallam. Ce qui faisait la « marque » de William Friedkin se retrouve bel et bien ici, à savoir un style coup de poing, tant narratif que visuel. Pourtant, Traqué est loin d’être parfait. On sent souvent des coupes dans la narration, et on retrouve plus le cinéaste dans des scènes bien précises (comme une indispensable poursuite en voitures, une autre « marque » du cinéaste, qui se termine bizarrement trop abruptement...) que sur l’ensemble de son film. Un peu comme si on assistait à un catalogue de moments clefs du film pour lesquels Friedkin aurait donné ses tripes, pour ensuite aller souffler un coup, laissant ainsi la place à la seconde équipe. Ce qui donne un film quelque peu hybride, mais constitué cependant de tels moments fulgurants de sauvagerie, de barbarie, de violence, comme on

n’en avait plus vu depuis longtemps de la part de celui qui terrorisa les spectateurs du monde entier il y a presque 30 ans avec L’exorciste. Avec Traqué, William Friedkin prouve qu’il n’est pas encore mort, et qu’il peut encore retrouver l’intégralité de son talent lorsque la grande occasion se présentera.



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