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  Sommaire - Films -  S - Z -  There will be Blood


"There will be Blood " de Paul Thomas Anderson

 

Réal. & scenario : Paul Thomas Anderson
Avec : Daniel Day Lewis, Ciaran Hinds, Dillon Freasher.
Distribué par Disney/Buena Vista International.
158 mn.
Sortie le 27 Février 2008.

Note : 10/10.

Le nouveau film de « l’autre » Paul Anderson, pas celui de « Event horizon » ni « Alien vs Predator », non, mais Paul Thomas Anderson, cinéaste à qui on doit « Boogie nights » (avec Mark Whalberg, sur le milieu cinématographique porno des seventies), « Magnolia » (grande fresque sur des fragments de vie, un film à la « Short Cuts » de Altman mais en mieux) et « Punch drunk love » (étrange histoire d’amour complètement surréaliste avec Adam Sandler, un film limite expérimental, personnellement son film le moins bon). Et le voici de retour aujourd’hui avec une grande fresque sur un destin d’américains d’hier qui bâtirent les USA d’aujourd’hui, le tout s’articulant autour d’un personnage magnifiquement campé par Daniel Day Lewis (qui logiquement reçu l’Oscar cette année pour ce rôle), l’œuvre la plus commerciale tout en restant personnelle de Paul Thomas Anderson, un chef-d’œuvre parfaitement abouti, « There will be blood ».
Daniel Plainview est un aventurier moderne en cette fin de dix-neuvième siècle : il creuse le sol pour trouver le nouvel or caché au plus profond, l’or noir, le pétrole. Quand il entend parler de nouveaux gisements découverts en Californie, il s’y rend avec son fils adoptif H.W. Là, en quelques mois, Daniel devient riche. En quelques mois puis années, il devient milliardaire et puissant. Mais l’homme intègre, généreux de ses débuts n’est plus de ce monde : le nouveau Daniel Plainview va connaitre la méfiance, l’orgueil, l’ambition, qui en parallèle à sa richesse vont causer les plus grands malheurs à cet homme qui aurait pu être encore plus puissant si il avait conservé son âme. Même l’amour qu’il portait à H.W. ne survivra à la corruption de l’or noir...
Prenez « Géant » de George Stevens, plus exactement le personnage de James Dean. En le réactualisant, en le modernisant, vous obtiendrez Daniel Plainview. Dans une histoire cruelle, poignante, forte, dure, tirée d’un roman d’un certain Upton Sinclair qui fascina Anderson lors d’un voyage à Londres. Il en acheta les droits, et l’adapta. Mais une véritable adaptation, c’est-à-dire en transformant le roman en scénario de cinéma, en enlevant des éléments et personnages pour en rajouter d’autres, mais en conservant toujours l’essence primale du roman. Laquelle s’articule donc autour d’un homme quelque part hors du commun, du genre pionnier qui participa à la naissance des USA. Un homme à la Rockfeller, au destin fabuleux mais à la vie détruite par la soif de puissance et d’argent. Pour camper un tel géant, le choix d’Anderson s’arrêta sur Daniel Day Lewis. « Et moi, j’ai accepté car il est au moins aussi fou que moi ! », déclare l’acteur lorsqu’on lui demande les raisons de son choix, lui qui affirmait qu’il jouerait de moins en moins au cinéma il y a quelques années. Choix plus qu’excellent, Day Lewis étant une copie conforme de ces forces de la nature telles qu’on les voit sur les photos d’époque et autres premiers témoignages cinématographiques (ce qui lui valut l’Oscar du meilleur acteur il y a deux jours à Hollywood). Un homme courageux, généreux, qui adopte l’enfant d’un de ses ouvriers mort sur un chantier, un homme qui tirera sa force de son individualisme (très américain, ça, il n’y a qu’à lire les débuts des magnats de l’industrie du début du vingtième siècle, des Vanderbilt et autres, pour voir que ces « héros » américains étaient bien seuls à la fin, et pour quel prix...), un homme qui écartera de sa vie tout élément qui peut l’affaiblir (la surdité accidentelle de son fils le pousse à l’envoyer dans un centre, alors que le gosse n’a que lui...), un homme qui luttera jusqu’à la mort contre ses ennemis et leur hypocrisie (Dieu en prend pour son grade, ses fervents représentants encore plus !), un homme qui devenu le plus puissant bannira les siens sous d’obscurs prétextes cachant un mal de vivre des plus torturants. Ce portrait est donc au centre d’une fresque que paul thomas Anderson restitue avec une maestria incroyable, un sens de la démesure à l’échelle de son histoire, faisant de « There will be blood » un des chefs-d’œuvre du cinéma américain comme peu en font. Ils se comptent sur les doigts des deux mains, on y trouvera dorénavant, en petit nouveau, « There will be blood »...

St. THIELLEMENT



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