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  Sommaire - Interviews -  Stephen Sommers


Interview de Stephen Sommers
Par Par Marc Sessego

Dernier ajout : mercredi 12 mai 2004

"Stephen Sommers"

INTERVIEW STEPHEN SOMMERS
“VAN HELSING”

C’est avec la plus grande simplicité et une extrême gentillesse que Stephen Sommers nous reçoit et parle à cœur ouvert de son “Van Helsing” pour les lecteurs de SFMag.....
Stephen est tellement passionné par son métier qu’il ne nous donne pas les 30 minutes initialement prévues mais finalement transforme cette interview en une véritable discussion de 45 minutes pour le moins passionnante.

Je préfère avertir nos lecteurs que bien que totalement fascinant, cet entretien nous révèle énormément de points sur le film et dévoile certaines surprises que vous auriez peut être préféré découvrir dans les salles obscures.

Ceci étant dit, un très, très grand merci á Stephen et découvrez au fil de votre lecture comment “Van Helsing” est né dans son imagination, les problèmes engendrés par cette énorme production, sans oublier bien sûr certaines anecdotes pour le moins amusantes........

SFMag : Comment vous est venue cette idée de mettre tous les personnages en un seul film ?

SS : Tout le monde pense que le studio est venu me voir après le succès de “Momie 1 et 2” mais c’est faux : c’est moi qui suis allé voir la grande patronne d’Universal “Stacy Snyder” et je lui ai dit que je voulais faire “un petit film”... (il rit)

Je dois dire que j’ai un appartement spécial ou j’écris mes scénarios : il ne me sert qu’a écrire et j’y ai tous les posters et photos de vieux films... C’est là que j’ai commencé a me dire que : “Dracula“ avait déjà été fait,- la version de Coppola est d’ailleurs superbement visuelle - ; “Frankenstein” allait me prendre au moins deux ans tout comme une histoire de Loup-Garou et je me suis dit en les regardant tous : “pourquoi ne pas les mettre dans un seul et même film ?”

Apres cela, je suis allé regarder tous les originaux de ces films et je suis vraiment tombé amoureux de tous ces personnages. Vous savez, c’est comme certains films que vous avez vu et que vous avez oublié ; Lorsque vous les revoyez, vous vous apercevez á quel point ils sont bons !

En ce qui me concerne c’est “Le bon, la brute et le truand” que j’ai vraiment trouvé génial quand je l’ai redécouvert après mes années d’études cinématographiques.

Donc, j’ai revu tous les films et je me suis aperçu qu’en fait ces monstres sont de vrais personnages, des êtres humains a part entière. “Frankenstein” (Il imite une grosse voie rauque) me fait tout a fait penser au personnage de “Lenny” dans “Des souris et des hommes” de John Steinbeck car vous êtes tellement désolé pour ce pauvre gars qui n’a aucune idée de ce qu’il fait. C’est la même chose avec “Eléphant Man” : une apparence monstrueuse mais a l’intérieur il y a un être vivant avec une histoire tragique. Le Loup-Garou lui, est comme un “poivrot” ou un “drogué” : il pourrait être votre frère ou votre meilleur ami. Durant la journée il est très cool et, lorsque la nuit les démons s’emparent de lui ou qu’il s’agisse d’une nuit de pleine lune : il se transforme ! J’ai dit a tous mes acteurs qu’il n’y avait pas de monstre dans ce film, ce ne sont que des gens avec des supers problèmes car, par exemple, le Loup-Garou est á la base un homme.

D’ailleurs ce que j’aime avec ces vieux films c’est qu’ils sont vraiment mélodramatiques. Si vous regardez bien ce sont tous des films parlant d’une personne a problèmes et aucune références a des monstres en tant que créatures. C’est différent d’autres films ou ce ne sont que des montres de l’espace.....

SFMag : Et où Van Helsing entre-t-il en scène ?

SS : Tous ces personnages appartiennent au même monde : Gothique, Europe de l’est, avec toute l’atmosphère que cela engendre. Je ne veux pas que le public pense que notre personnage de Van Helsing n’est là que pour leur filer un mauvais coton et leur “foutre” sur la gueule.

Je suis venu avec l’idée que Dracula avait besoin de quelque chose que seul Frankenstein pouvait lui procurer.... Donc, d’une certaine manière, ces deux personnages étaient déjà connectés. Puis il y a le Loup-Garou, et je me suis alors dit que le personnage qui, logiquement, pourrait regrouper tout ce petit monde ce serait Van Helsing qui, je vous le dis tout de suite, ne s’appelle pas Abraham. Désolé pour la religion et désolé pour Lincoln, mais je ne voulais pas d’un héros se nommant Abraham : hors de question ! C‘est crétin comme nom pour un héros ! Aussi, je l’ai renommé... Gabriel.

J’adore également le fait qu’il soit un grand voyageur et un chasseur de vampires. De plus, il est très spirituel, Il croit aux vampires et sait comment s’en charger. Et ainsi, au fur et á mesure de l’écriture, ce personnage est devenu de plus en plus intéressant. Vous savez j’aime particulièrement tout ce qui est mystérieux, les moines du Tibet par exemple ou encore les templiers en Europe. Au cours de mes recherches, je me suis aperçu que toutes les histoires de monstres avaient été écrites a la fin du 19eme siècle et qu’ils ont tous d’une certaine manière disparus : je me suis dit “bingo” voilà la trame de mon film : Pourquoi n’aurais je pas une société secrète qui ait ses racines sous le Vatican et qui emploierait quelqu’un pour éliminer le mal en cette fin du 19eme siècle et ainsi laisser place au mal du 20eme ?

Je me suis dit alors : “on a le script !”, cela tombait a point nommé car la fin du 19eme annonce les tous premiers balbutiements de l’industrie et de la mécanique ce qui ne pouvait qu’apporter de l’eau á mon moulin, par exemple en donnant á Van Helsing des armes pour le moins spéciales. D’ailleurs nous ouvrons le film en noir et blanc, sur des images de Van Helsing chassant le Dr. Jekill qu’il rate á Londres et qu’il retrouve plus tard á la Cathédrale “Notre-Dame” á Paris.

SFMag : On vous a laissé ouvrir le film en noir et blanc ? Aucune pression du studio ?

SS : Non, ils ont été très cool. Vous savez la patronne Stacy Snyder, Et bien les monstres ne l’intéressent pas et pourtant elle adore ce film. Elle adore “les bonnes histoires avec de super personnages”, ça c’est sa marque. Et c’est ce qu’elle a aimé avec le scénario. D’une certaine manière l’ouverture du film est un peu comme le tout premier Frankenstein condensé en 7 minutes, car les premières lignes sont “Il est vivant, il est vivant”

SFMag : C’est un hommage en quelque sorte..

SS : Absolument. Il y a tellement de choses que j’adore a propos de ces vieux films ! La plupart des gens ne s’en souviennent plus ou tout simplement ne les connaissent pas : Quel dommage ! Mais pour ceux qui s’en souviennent et qui les aiment, il faut bien que j’assure !!!!. Vous savez pour Frankenstein qui a une tête plate et une “grosse vis” dans le cou.... Et bien je me suis dit qu’il fallait pousser l’enveloppe a fond, mais pas d’une manière étrange, par exemple, il ne vole pas ! !

SFMag : Allons plus loin dans le film...

SS (M’interrompant) : Je vous le dis tout de suite le film n’est pas une chiotte vous avez ma parole ! (Il éclate de rire) Croyez moi vous ne perdrez pas votre temps !

SFMag : Il semble y avoir beaucoup de gadgets comme les volants minis-cylindres tranchants qui font très “Mystères de l’Ouest”

SS : Justement.... J’ai fait très attention de ne pas copier sur “les Mystères de l’Ouest” (rires)....
Il faut dire que le film démarre aux tous premiers balbutiements de la révolution industrielle et j’ai découvert qu’ils avaient inventé tout un tas de trucs aussi barges et cinglés les uns que les autres. Vous savez pour les cylindres, - et je ne sais même plus si c’est assez compréhensible visuellement dans le film - mais Hugh Jackman a un système mécanique dans son poignet pour les faire tourner. Ce n’est pas une pile Duracell avec un moteur !!!! Ces lames ne sont pas électriques, tout est mécanique.

Il y a un plan où il sort un objet de sa poche, appuie sur un bouton et les lames apparaissent.... et bien ce système mécanique existait déjà au 17e siècle. Je n’invente absolument rien.... Il “pompe” sur un système pour faire tourner les lames et ce système existait à l’époque, pas pour des cylindres de ce genre évidemment. J’ai eu cette idée en m’inspirant de l’un des jouets de ma fille.

Malheureusement, quand j’ai voulu le montrer a notre accessoiriste nous n’avons pas pu mettre la main dessus... C’est exactement la même chose avec l’arbalète, á l’époque ils avaient tout un tas de trucs a propulsion gazeuse, ils étaient très branchés “gaz et eau”, et c’est tout a fait possible. Son arbalète a tout de l’objet très mécanique et même si elle a un coté visuellement fantastique, tout est dans la mécanique : rien de sorcier la dedans !

SFMag : Comment avez-vous fait pour recréer le monde du 19eme siècle et montrer une atmosphère qui ne soit pas du “déjà vu” ?

SS : Laissez-moi vous donner un exemple : quand je suis allé en Egypte, j’ai imaginé des trucs pas possibles et dans ma tête c’était encore plus fantastique. Et, maintenant, prenons le Sphinx : ce qui m’a le plus surpris c’est de voir comme il est petit !

Par cet exemple je veux vous dire que mon travail est d’emmener les gens dans un Univers où ils ne peuvent pas aller. Je pense que nous avons recréé une Transylvanie très réelle et.... irréelle en même temps. Nous avons tourné á Prague mais je ne voulais pas photographier Prague ! Vous verrez, c’est tellement bien photographié que vous ne croirez jamais que nous étions á Prague. Nous améliorerons la ville et y ajouterons tout un tas de détails qui feront que le spectateur ne s’y retrouvera plus, ne la reconnaîtra pas mais suivra les aventures du héros avec émerveillement je l’espère.

Pour le spectateur cela doit être encore plus fou que ce qu’il imagine !!

SFMag : Hugh Jackman était-il votre premier choix ?

SS : Chaque fois que je finis un script je le donne a Bob Ducsay qui, depuis l’école, a monté tous mes films. Il produit avec moi. Sur “la Momie” Bob m’a dit “Rick O’connell c’est Brendan Fraser” : il sait donner et recevoir un punch et il a énormément d‘humour.... Et, les “momies” ont énormément d’humour.

Pour Van Helsing il m’a dit c’est Hugh Jackman et j’ai dit pourquoi ? C’était avant le premier “ X-men ” et je savais qui il était. Quand j’ai vu d’autres films je me suis dit qu’il serait parfait : Aussi, OUI, il a été notre seul et unique choix.

SFMag : L’humour foisonne dans Mummy , aussi comment évitez vous la parodie ?.

SS : C’est la question clé que Stacy m’a posée, surtout avec le personnage d’Igor.

Igor a quelques dialogues drôles mais il est très sadique, une vraie saloperie..., le mal incarné...., bref une vraie “M...e”, c’est le mot ! Dans ces cas là, il faut être sûr également d’avoir d’excellents acteurs. Personne n’imagine sortir de la salle en adorant Frankenstein... pourtant, avec ce film, vous allez l’aimer. Vous vous direz certainement que notre représentation de lui est originale.
Sur ce point, un jour ma femme m’a demandé : “Ton script est bien joli mais des Dracula on en a déjà vus... alors qui penses tu choisir ? Qui vas tu choisir qui puisse vraiment porter le rôle ?” Et... je suis allé jusqu’à Prague où Richard Roxburgh tournait un film et je l’ai persuadé de prendre le rôle.

Tout d’abord, je dois dire que nous avons rencontré plusieurs acteurs que je ne nommerai pas et qui sont assez connus ; ils m’ont tous dit qu’ils avaient peur de ce rôle et d’être ensuite comparé á Bela Lugosi et Gary Oldman alors que Richard, lui, n’a pas peur. Et je dis cela car nous étions sur le casting d’actrices australiennes et deux actrices m’ont dit durant le casting “Vous devriez prendre Richard Roxburgh pour Dracula.” Vous savez, je ne le connaissais pas, excepté dans “Moulin Rouge” où il joue le Duc, mais qui penserait a lui pour le comte Dracula ? J’ai appelé Hugh (Jackman) et je lui ai demandé de qu’il en pensait et s’il le connaissait.

Il m’a répondu : “Oui, quand j’étais a l’école d‘art dramatique... et j’aimerais bien être ne serait ce que la moitié de l’acteur qu’il est ! ” Okay, sur ce j’ai compris. J’ai donné le script à Richard, Il l’a lu, l’a adoré, et n’avait absolument pas peur du rôle. Une seule chose : il ne voulait pas passer un autre hiver a Prague ! ! ! (Rires).

SFMag : Lors du tournage, quelle fut votre séquence favorite ?

SS : Tourner dans le laboratoire de Frankenstein avec des dynamos au plafond, des flammes dans tous les sens, des échelles et tout un tas de trucs qui montent et bougent.. Bref, tout ce que les autres films nous ont déjà montré mais en beaucoup plus grand. Nous avons aussi Dracula et ses trois fiancées...

SFMag : Hyper sexy en plus....

SS : Vous savez le truc le plus drôle á ce sujet est que, comme Coppola, j’ai presque laissé tomber car il y avait beaucoup de dialogues et le problème c’est qu’il y a très peu de jeunes femmes á la plastique superbe sachant vraiment jouer. On a vraiment cherché partout, et je suis tombé sur cette cassette d’Elena Anaya et j’ai été tellement impressionné que je me suis dit : c’est elle qu’il me faut. Elle est tellement naturelle qu’on a l’impression qu’elle ne joue pas.

SFMag : Qu’espérez vous de la part du public avec le film ?

SS : Vous savez tous mes films reflètent la spiritualité et la religion á certains degrés.

Ne serait-ce pas cool qu’une société composée d’hommes et de femmes de différentes religions soit rassemblée pour combattre le mal ? Pour moi, de nos jours, la religion n’est qu’une question d’argent et nous avons cette base comme point de départ dans le film. Le personnage de Van Helsing est un personnage qui évolue, Il est comme ça et devient comme cela et... son chemin le forge. J’ai d’ailleurs été très proche du personnage et du film et je ne sais pas si c’est le bon exemple mais mon père est décédé quatre jours avant la fin du tournage, cela m’a fait penser au film et à tout ce qui fait que nous soyons là. Je pense que peut-être, inconsciemment, j’ai ajouté un certain degré de spiritualité et de religion. Je pense sincèrement que tout dans la vie est une question d’évolution.

SFMag : Avez vous créé tous les monstres par ordinateur : le Loup-Garou par exemple ? et avez vous eu beaucoup de problèmes quant aux effets spéciaux ?

SS : Oui. Par exemple pour les fiancées volantes. Je vais vous expliquer : ils ont essayé avec les deux “Matrix” de faire quelque chose de similaire mais ils n’ont pas réussi. Vous verrez dans ce film on y est arrivé ! D’habitude quand vous voyez un personnage voler, le personnage vole par l’intermédiaire de câbles qui sont par la suite effacés par ordinateur. Même avec Matrix qui sont des supers films c’est la même technique.

Nous, nous avons fait de même mais en faisant toutefois un mélange d’acteurs suspendus avec des câbles et d’images par ordinateur... C’est extrêmement dur mais je pense que nous y sommes arrivés. Nous avons poussé les limites de la technique pour la scène où Dracula se transforme en chauve souris avec des ailes d’une envergure d’environ 8 mètres et nous avons réussi : je dois dire que le résultat est vraiment spectaculaire !

SFMag : Parlant de Dracula, vous lui avez rajouté des serviteurs...

SS : Oui des serviteurs, et je vais vous en raconter une bonne. Ma chef costumière, pour toutes les scènes avec ces serviteurs, s’était dit que pour eux elle mettrait sur leur costumes un produit chimique spécial qui ne prendrait pas l’eau et cela leur permettrait aussi d’attendre confortablement entre les prises et de rester bien au chaud. Ça c’était pour Prague....

Quand nous sommes rentrés aux Etats-Unis, sur le plateau d’Universal studios, le script demandait que tout soit en flammes et ces pauvres acteurs ou plutôt cascadeurs, avec le produit chimique qui avait été préalablement mis sur leur costume n’arrêtaient pas de prendre feu. C’en est devenu presque comique a chaque prise. Mais rassurez vous, aucun serviteur de Dracula n’a été blessé au cours du tournage du film “Van Helsing”. (Il éclate de rire !!!)

SFMag : Qu’est ce que vous avez tourné en réel et qu’avez vous tourné par ordinateur ?

SS : Vous savez quand j’écris je ne pense pas á tout cela. J’écris ce que je visualise et mon équipe technique me dit : “ça on peut et ça, ça va être plus compliqué”. Et franchement, il arrive parfois qu’ils me disent qu’ils n’ont pas la possibilité de faire telle ou telle chose. Par exemple, ils n’avaient pas la moindre idée concernant le plan où l’on voit Will Kemp (le Loup-Garou, ndlr) arrachant son Visage pour laisser place au Loup-Garou car l’effet en lui même est extrêmement complexe. Il leur a fallu un an et demi pour essayer de tout combiner.

Vous savez, franchement, je ne suis pas satisfait de l’aspect du Roi Scorpion dans “la momie 2” : il a l’air faux ! Cette fois-ci, Je voulais être sûr que les effets soient bons. Il y a énormément de choses qui vont être insérées dans le film á la toute dernière minute comme des peintures sur verre et des effets composites acteur/ ordinateur. J’ai voulu cette fois que l’emploi du temps soit le meilleur possible et que nous ayons, justement, le temps de tout peaufiner.

Il y a certains effets que je voulais voir avant Noël pour être sûr qu’ils soient bons telles certaines transformations de Dracula. Je voulais être sûr a 100% que ce soit spectaculaire. Même chose avec le Loup-Garou. Vous savez, c’est une question de travail constant car la technologie n’est jamais là et on essaie toujours d’aller de l’avant. Tout le monde “casse” le CGI (Effets par ordinateur), c’est pour cela qu’il faut le peaufiner au maximum et c’est extrêmement dur comme je l’ai déjà dit.

SFMag : D’où est sorti la blague “d’ILM” avec l’échelle (I.L.M. Pour Industrial Light & Magic : La société d’effets spéciaux de Georges Lucas, ndlr) ?

SS : Sur “la momie 1”, “I.L.M.” a mis en place cinq boites avec les inscriptions suivantes : La première disait : “Juste comme il le faut”, la seconde “trop”, la troisième “beaucoup trop”, la quatrième “oh m...e, le computer crashes”, et la dernière “.......et ce que Stephen veut”. C’est ça l’échelle.

SFMag : Dédierez vous le film á votre père ?
SS : Je ne sais pas encore, je vais voir....

SFMag : Dans l’ensemble, au niveau légal, est-ce que mettre tous ces différents “éléments” ensemble, fut chose difficile ?

SS : Vous savez, j’ai une excellente relation avec les studios “Universal” et depuis que j’ai fait “Huckleberry Finn” j’en connais un rayon sur le domaine public et les droits...

Ce que je sais : je crois que le look des monstres possède un droit d’auteur mais pas le personnage en lui même. C’est tout de l’iconographie. Et je crois qu’en plus les livres sont de l’ordre du domaine public.

SFMag : Comment avez vous choisi ce qu’il fallait tourner en extérieur et ce qu’il fallait tourner en studio ?

SS : Je n’avais pas tourné un seul bout de “péloche” aux Etats-Unis au cours de ces neuf dernières années. J’ai une femme et deux enfants, j’ai tourné en Egypte, Jordanie, Maroc, République Tchèque, Inde, Royaume Uni, Canada, et l’on me dit á un moment : ne pourriez-vous pas écrire quelque chose qui ne se passe pas dans cinq pays ? Je dois dire qu’avoir ses enfants dans le Désert du Sahara pendant trois mois n’est pas une chose facile.

Je suis donc allé voir le studio et je leur ai dit que pour ne pas faire de tort au film il fallait tourner là où l’histoire se déroule, mais que nous allions faire tout le travail en studio, ici à Los Angeles. Vous savez j’adore par exemple tourner à Londres bien que faire la navette des studios “Shepperton” aux studios “Pinewood” soit difficile. Puis mon chef décorateur m’a dit qu’étant donné la taille des décors nous pouvions par exemple faire ceci a Prague et cela ici..... j’ai tout de même privilégié Los Angeles pour les grandes scènes de studio.

SFMag : Avez-vous eu de problèmes avec les inondations ?

SS : Non, nous sommes arrivés juste après, mais, tous les hôtels étaient indisponibles. En fait, j’étais déjà allé là-bas trois semaines avant les inondations pour effectuer mes repérages, et je dois dire qu’aucun des endroits que nous avions choisis n’a été affecté. Nous avions, par exemple, un bal des vampires que nous avons pu tourner dans une église absolument magnifique, et pour cette scène je me suis dit qu’il ne pouvait pas y avoir que de la danse car ça n’aurait eu, visuellement, aucun attrait.. Nous avons donc rajouté tout un tas de trucs comme : des jongleurs, des contorsionnistes, des cracheurs de feu, des trapézistes, et tout cela dans le bal. Franchement, le résultat à l’écran est inimaginable !

J’ai demandé á la chorégraphe du “Cirque du Soleil” de s’en occuper et elle est venue á Prague et a tout fait. Elle veut que je précise qu’elle est responsable de l’ancien cirque de Las Vegas et pas du nouveau.

SFMag : Des petites anecdotes amusantes ? :

SS : Richard par exemple, pour son rôle de Dracula il ne voulait pas porter de cape ! Et si vous voyez Frankenstein vous allez être surpris, vous verrez que l’équipe artistique a fait un boulot fabuleux. J’ai essayé d’aller le plus loin possible tout en gardant intact le mythe des personnages ... Par exemple vous savez que vous ne pouvez pas voir la réflexion de Dracula dans un miroir et bien j’y apporte une réponse, “le comment du pourquoi”. De plus, on peut tuer un vampire avec un grand clou argenté et je suis même allé plus loin en me disant que Dracula était le “père” de tous les vampires donc personne ne sait vraiment comment le vaincre.

Sfmag : Stephen, merci infiniment.

SS : C’est moi et j’espère que le film vous plaira

Sfmag : J’en suis sûr.

Propos recueillis par Marc Sessego le 20 février 2004.
Traduction et Correction d’Andree Cormier.


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