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  Sommaire - Interviews -  Richard Donner


Interview de Richard Donner
Par Par Marc Sessego

Dernier ajout : samedi 22 mai 2004

"Richard Donner"

INTERVIEW RICHARD DONNER
“TIMELINE”

A l’occasion de la sortie en France de “Timeline” (Les prisonniers du Temps), Richard Donner a accepté, au cours d’une interview téléphonique, de répondre a nos questions et ensuite de nous rencontrer dans ses bureaux de Los Angeles.

Il est pratiquement impossible de résumer la carrière de ce dernier géant de la mise en scène qui commença avec des séries télé telles que “La Quatrième Dimension” ou “Les Mystères de l’Ouest”.... et qui, côté grand écran, est probablement associé jusqu’à la fin des temps, a la bande dessinée “Superman” dont de nos jours l’adaptation cinématographique, et ce même après 25 ans, surprend encore.

D’une étonnante gentillesse - malgré son immense calibre - il parle avec une incroyable passion de tout ce qu’il a fait, mais aussi n’hésite pas une seule seconde a nous donner, en toute franchise, son point de vue sur : la religion, le monde actuel, sans oublier la situation politique actuelle de son pays en nous donnant également les moments préférés de sa carrière, qui ne sont pas ceux que l’on pourrait croire....

Une interview a coeur ouvert, passionnante, parfois surprenante et déroutante.... Avoir rencontré Richard pour notre magazine fut un grand honneur et j’espère que cette interview vous donnera autant de plaisir a lire que j’en ai eu a la mener....

SFMag : Pourquoi avoir adapté le livre de Michael Crichton ?

RD : Parce que j’ai toujours voulu porter a l’écran un livre de Michael. Lorsqu’on m’a appelé en me disant que “Timeline” était possible, je l’ai aussitôt lu. Cela représentait un challenge. Le livre est hyper intéressant et je peux vous dire que c’était une adaptation extrêmement difficile a faire mais c’était du “Michael Crichton” alors je me suis dit “allons y !”.

SFMag : Est ce que cela a été difficile d’obtenir le feu vert du studio ?

RD : Cela n’a pas été facile, ça n’a pas été vraiment une question d’obtenir le feu vert, mais ça plutôt été le fait d’avoir un studio qui achète le livre et en fasse un scénario. Vous savez Hollywood actuellement ce n’est plus qu’une question de ventes et achats. Tout film, quel qu’il soit, n’est qu’une vente et c’est très dur, croyez moi. Mais nous avons essayé, cela a marche et Paramount l’a acheté.

SFMag : Est ce que Michael a été très impliqué dans la production ?

RD : Michael et moi nous sommes très souvent entretenus au téléphone et Il est venu souvent sur le tournage. Nous lui avons toujours donné a lire le scénario alors que celui-ci était en pleine écriture... C’est un gars formidable, ses avis et suggestions ont été excellents.... et vous savez, pour lui la question adaptation du livre sur grand écran n’est pas une nouveauté alors on a profite de toute son expérience dans ce domaine et cela a grandement facilité les choses.

SFMag : Vous a-t-il dit ce qu’il pense de la version finale, sortie en salles ?

RD : Il l’a beaucoup aimée.

SfMag : J’imagine que vous deviez être content.

RD : Absolument.

SfMag : Quels furent les challenges pour vous sur ce film ?

RD : La plus grosse difficulté que nous avons rencontrée a été l’adaptation du livre en scénario car il y avait beaucoup de personnages. Nous avons dû, hélas, en éliminer.... Nous avons également dû raccourcir en une minute à l’écran, des explications qui dans le livre tenaient plusieurs pages. Le gros souci a été de pouvoir montrer et faire accepter au public la possibilité de voyager dans le temps. Nous l’avons montrée avec l’idée que le voyage dans le temps était une erreur, d’où le concept du fax en trois dimensions.

SFMag : Quelle est votre opinion concernant le voyage dans le temps ? Pensez-vous que ce soit possible ?

RD : Oh, d’une certaine manière nous le faisons a chaque fois que l’on fait un film : nous donnons toujours l’illusion de voyager et d’emmener le public quelque part...
Vous avez vu la façon dont le monde a changé depuis la seconde guerre mondiale ainsi que la science ....et Hum... vraiment, qui sait ? ? Avec la façon dont les esprits évoluent et dont la Science avance....

Une chose est sûre, si vous annoncez au Monde que nous allons bientôt voyager dans le temps l’Eglise va aussitôt s’élever contre cela.

Si nous n’étions pas en train de dépenser toute cette stupide fortune pour la guerre et que nous l’investissions dans la recherche et la médecine.. Et bien je pense que toutes les réponses aux questions que l’on se pose sur ce sujet sont là il faut simplement se donner un peu de moyens pour les trouver.... car tout est disponible, donnons nous simplement les bons moyens.

SFMag : C’est une bonne idée.. Avez vous coupe des scènes ?

RD : Oui, beaucoup !!

SFMag : A ce point ?

RD : Non pas plus que d’habitude, quand vous faites un film, vous savez qu’en règle générale le film va faire un peu mois de deux heures, j’aime avoir un surplus de 30 a 40 Minutes tout en sachant que je vais les couper mais cela me donnera de la marge et la possibilité de raccourcir au maximum pour avoir le meilleur film possible. C’est un très long procédé et un des plus importants à faire sur un film.

SFMag : Les verrons-nous sur l’édition DVD ?

RD : Je n’en sais rien, je n’y ai même pas pensé. Je sais que le studio n’y a pas pensé.

SFMag : Quelle fut pour vous la séquence la plus difficile a tourner ?

RD : Hum.....je pense.....(il marque une pause), pour moi... ce serait la scène ou Gerry (Gérard Butler dans le rôle d’André Marek, ndlr) et Anna (Anna Friel dans le rôle de dame Claire, ndlr) descendent la rivière avec le petit bateau parce que cette scène est une scène “pivot” si je puis dire. C’est celle d’un homme contemporain, parlant un langage contemporain rencontrant une femme du passé : il n’y a aucune logique car la situation est en elle-même “frapadingue”. Au début, ils ne se comprennent pas, bien que parlant la même langue car cette langue bien qu’identique a subit des évolutions et n’a pas la même signification pour chacun d’eux.... pourtant, lui, il commence a tomber amoureux d‘une femme d‘un autre temps....
Dans un tout autre contexte, contrairement a ce que vous pourriez le penser, les scènes de bataille ne sont pas si difficiles car l’on s’entoure de gens très compétents, l’on fait toutes les recherches au préalable, et l’on mitraille avec la camera une fois qu’on y est ! !

(Il rit)

Ce sont toutes les scènes émotionnelles, les scènes pivot qui amènent un certain degré d’intensité qui, pour moi, sont les plus difficiles a tourner.....et dans notre cas, oui, c’est bien la scène du bateau. !

SFMag : Etait-ce votre décision de choisir “Gérard Butler” ou était-ce le studio ? Car je dois dire qu’à mon avis, il porte tout le film sur ses épaules : il est absolument exceptionnel...

RD : Je suis entièrement d’accord avec vous, il est parfait !
 !
SFMag : J’admire depuis longtemps son travail et je suis devenu un vrai fan.

RD : Et bien nous sommes au moins deux ! ! J’avais vu un film historique, attendez ça s’appelait....

SFMag : Attila....

RD : C’est ça !... Et bien dans ce film il écrase tout, comme un rouleau compresseur... Enormément de présence ! Et quand je l’ai vu, en personne, j’ai pensé qu’il était un “super gars”, avec un incroyable sens de l’humour. Il a “lu” son personnage de manière extraordinaire ..... Il a un gigantesque futur qui l’attend !

SFMag : Il va encore nous surprendre...

RD : Vous pouvez le dire, il va aller très loin.

SFMag : Pour un film comme les “prisonniers”, faites vous des storyboards ou non ? Et dans quel cas en faites vous ?

RD : Ça dépend. S’il y a des effets spéciaux : vous faites des storyboards comme cela vous saurez exactement où insérer les prises, marier les effets avec ce qui est tourné avec les acteurs et de ce fait tout le monde pourra vous suivre.

Pour les scènes de bataille nous en avions faits mais nous ne les avons pas suivis car quand nous avons regardé dans l’oeil de la camera ça avait pris un tout autre point de vue... Mais je pense que de nos jours les storyboards sont importants, il y a tellement de travail fait par ordinateur que si vous ne trouvez pas la manière de marier les deux de la façon la plus simple, ce sont les ennuis assurés et l’arrivée en scène des boards.

SFMag : Pourquoi avoir choisi Caleb Deschanel en tant que directeur de la photo ?

RD : Ah ah !..., et bien pourquoi pas ? (Il éclate de rire). J’ai toujours voulu travailler avec lui. Je l’ai rencontré plusieurs fois, j’ai essayé de l’avoir sur un autre film mais ça n‘a pas marché. Nous sommes amis, j’adore son travail, et c’est quelqu’un avec qui il est tellement facile de travailler : c’est un cameraman d’exception, il a un oeil fantastique, et il aime avec passion ce qu’il fait....

SFMag : Ça doit être un plus....

RD : ah !!!! holà vous en rencontrez tellement qui ne sont pas heureux, ou en colère, ou qui n’aiment pas ce qu’ils font. Il y en a qui hurlent, mon dieu si vous saviez....

SFMag : Et votre choix de Brian Tyler pour la musique ?

RD : J’avais entendu certaines de ses musiques, et je devais avoir la musique en peu de temps... J’ai trouve que ce qu’il avait fait était très bien, je l’ai donc rencontré, et quand je l’ai vu, j’ai été quasiment convaincu a l’instant même que j’allais être très content de son travail. Quand j’ai entendu ses premiers essais pour “Timeline”, ça collait parfaitement. Je pense qu’il a écrit une excellente partition.

SFMag : Je suis tout a fait d’accord et j’aime beaucoup le thème André Marek/Dame Claire.

RD : Vraiment, super !!. Ca fait plaisir a entendre.

SFMag : Etes vous impliqué dans le mixage son de vos films ?

RD : Oui, de toute manière je m’implique dans tout....

SFMag : Y a t’il un département artistique plus qu’un autre ?

RD : Non pas vraiment, Vous êtes en salle de montage de l’aube au coucher du soleil et quand vous êtes dans cette phase vous montez non seulement le film mais vous essayez toutes sortes de sons et de bruitages, et en fait ça revient a plusieurs choses faites en même temps. C’est un des grand procédé sur un film. J’adore ça et le montage est tellement, tellement important.

SFMag : Comment voyez vous les changements a Hollywood depuis “Superman” et “La Malédiction” ?

RD : Ils sont énormes. Je ne veux pas donner l’impression d’être le “vieil emmerdeur” mais les changements sont énormes. Quand nous avons fait ces deux films, il y avait un sacré challenge du fait qu’il fallait trouver un moyen de montrer les choses a l’écran et il fallait réussir a fabriquer l’illusion et qu’elle puisse être acceptée par le public. A l’heure actuelle, vous devez seulement travailler sur vos idées, presque tout ce que vous pouvez imaginer est réalisable surtout si vous en avez le budget. Pour moi ça enlève tout le challenge d’un film, et tout le fun.
Ces deux films ont été une expérience formidable, vous savez la deuxième équipe a travaillé pendant six mois avant de réussir á faire voler “Superman” de manière totalement convaincante et je peux vous dire que s’asseoir dans la salle de projection et voir un homme voler ouah !!! On en était baba !!.

Alors que maintenant, vous donnez vos directives et c’est dans la boite : “Faites-le voler comme ci et comme ça”. Tout le monde peut le faire, surtout les responsables CGI (Images par ordinateurs, ndlr) qui sont de véritables petits génies.

C’est la manière actuelle et vous devez vous adaptez, mais les anciennes méthodes “bout de ficelles” et “ on se creuse la cervelle” me manquent !!!

SFMag : Que pensez-vous du fait que “Superman” ait laissé une telle trace indélébile aux yeux du public, moi le premier ?

RD : Vous savez Superman m’a laissé une image. Quand j’étais gosse, j’adorais les comic-books, je pense qu’il y a une réplique dans le film qui peut sembler “cul-cul” et qui n’est certainement pas ce que pense notre gouvernement actuel : “La vérité, la justice, et la manière américaine”. Il y avait quelque chose de simple, de naïf et pas trop complexe. C’était aussi un temps où l’Amérique était un pays très respecté, où les gens voulaient immigrer, où les gens voyaient un espoir, et c’était un très important aspect de notre pays. Maintenant, avec l’administration gouvernementale actuelle, quand vous voyagez dans le monde et ce quelle que soit votre destination, vous devez nier que vous êtes un Américain, et ça me fend le cœur. Franchement, j’espère que le mois de novembre prochain verra un grand changement....

SFMag : De tous les films que vous avez faits, lequel préférez vous ?

RD : Oh boy !... votre question est dure, vous savez c’est un peu comme dire qui est votre enfant préféré et comme je n’en ai pas....

SFMag : Comme vous êtes parmi mes réalisateurs favoris, je voulais vous poser cette question.

RD : Je vais essayer de vous répondre. J’adore faire des films, c’est fun à un point que vous ne pouvez pas imaginer ! C’est incroyablement stimulant, j’adore aller au ciné, m’asseoir dans la toute première rangée et me retourner pour voir la réaction des spectateurs, que je doive les faire pleurer, rire, ou leur faire peur. C’est quelque chose que j’adore faire. Et il y a certains films qui sont très personnels : j’adore “Ladyhawke”, c’est un film fantastique formidable et c’est aussi une superbe histoire d’amour. Je ne sais pas si vous avez vu ce film que j’ai fait “Inside Moves”...

SFMag : Je ne pense pas l’avoir vu.

RD : A Paris il lui ont donné un titre un peu étrange, je crois, “Le bar de Max” Eh bien regardez-le. C’est aussi un de mes préférés. Et j’en ai fait un autre “Radio Flyer”

SFMag : Avec Elijah Wood !! (Frodo du seigneur des anneaux, ndlr).

RD : Exactement ! C’est une très belle histoire. Pour moi, ce sont peut-être les plus importants. Ces films ont quelque chose a dire, mais il y en a beaucoup d’autres que j’ai aimé faire car Ils étaient super fun et j’adore aussi voir les gens sortir de la salle et voir leurs réactions en “direct live” .

SFMag : Ils ont donc un coté très spécial pour vous d’une certaine manière.

RD : Tout à fait, oui. Ils occupent une place spéciale pour moi.

SFMag : Sur quoi travaillez-vous maintenant ?.

RD : Je travaille sur un script avec Brian Helgeland qui a écrit “L.A. confidential” et “Mystic River”, c’est un western et j’espère que nous pourrons le faire.

SFMag : Je l’espère grandement.

RD : Merci beaucoup.

SFMag : Richard ça a été un grand honneur de vous rencontrer et je voudrais vous en remercier de tout coeur.

RD : Non Marc c’est moi qui vous remercie. A très bientôt.

Propos recueillis par Marc Sessego le 11 février 2004
Photos et signature le 17 février 2004
Traduction et correction Andrée Cormier


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