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  Sommaire - Livres -  A - F -  Le Régiment perdu : T.1 - Ralliement




"Le Régiment perdu : T.1 - Ralliement "
de
William R. Forstchen

Editeur :
Bragelonne
 

"Le Régiment perdu : T.1 - Ralliement "
de William R. Forstchen



1865 : Andrew Laurence Keane quitte à regrets les positions qu’il tenait, avec son régiment, pour assiéger Petersburg, la ville tenue par les Confédérés. Ils embarquent en direction de la Caroline du Nord. Pendant le voyage en mer une violente tempête laisse la place à un maelström qui les engloutit.
C’est un soleil éblouissant qui réveille Keane. Il est sur une grève, vivant ! Un rapide tour d’horizon permet de mesurer des pertes en hommes très minimes, mais par contre pour le navire, il n’en n’est pas de même. Très vite, les soldats doivent faire face à une étrange armée, indisciplinée, une sorte de troupe médiévale équipée de bric et de broc. Avant la bataille, un émissaire vient les haranguer dans une langue inconnue. L’incompréhension étant totale de part et d’autre, la lutte s’engage. Les armes à feu du régiment font leur effet. Cependant, Keane, un ancien professeur d’histoire, a cru déceler, dans les quelques phrases prononcées, un mot de russe ancien.

Peu à peu, Keane et ses hommes comprennent qu’ils ont quitté la Terre. Ils découvrent un monde où la population, regroupée sous l’autorité d’un boyard, survit misérablement. Des contacts se nouent par l’intermédiaire d’un homme qui devient interprète et... espion.
La situation du Boyard n’est pas facile car, son père ayant dépouillé l’Église de ses prérogatives, il doit lutter âprement pour garder son statut face à un prétendu saint homme. Les Américains s’organisent et, après avoir construit un fort, pour leur sécurité, reconstituent leur société industrielle naissante.
Mais au-delà des nobles et des tentatives des religieux pour déstabiliser un équilibre précaire, un autre danger se profile. Ce sont les Tugars, des nomades objets de terreur absolue, qui ont organisé leur errance en fonction du renouvellement des populations : ils sont anthropophages.

William R. Forstchen, grand spécialiste de la Guerre de Sécession, se sert de ses connaissances en la matière comme base de la plupart de ses romans. Pour ce livre, il s’appuie sur le 35e régiment du Maine, des volontaires venus lutter contre l’esclavage au sein de l’Union. « Ralliement », publié en 1990 aux USA, raconte la découverte, par un groupe hommes projeté dans une réalité différente, d’un univers nouveau. L’installation de ce régiment, qui utilise toutes les ressources locales, et la compétence de ses membres, rappelle celle de Robinson Crusoe, du moins dans la démarche.

L’auteur met face à face deux types de sociétés. L’une s’enorgueillit de technologie, de « progrès social », de conquête de la liberté des individus. L’autre place les populations sous le joug de puissants par naissance et de religieux avides de richesses et de pouvoirs. Il démontre avec enthousiasme l’intérêt de l’une par rapport à l’autre. (Mais les choses ont-elle réellement changé ? On voudrait y croire !) Cependant, peu à peu, il fait évoluer son propos pour une vison moins manichéenne, plus nuancée.

Il élabore des personnages attachants, leur donnant des caractères qui se densifient, deviennent presque aussi complexes que ceux de n’importe quels humains. Il fouille leurs motivations, les ressorts qui les poussent à agir et tente d’expliquer d’apparentes contradictions. C’est, par exemple, le cas de Keane, pacifique historien devenu un habile chef de guerre. Et celui-ci de constater : « La guerre dont l’horreur le révulsait, l’avait dans le même temps ensorcelé. » Puis, la réflexion s’engage sur son implication dans le conflit, la place qu’il trouve comme maillon d’un vaste dessein, perdu dans une vaste entreprise qui le dépasse.

On peut à la fois regretter et saluer l’esprit de clocher dont l’auteur anime ses personnages. Il fait du Maine le plus bel endroit du monde et de ses natifs, les meilleurs individus que la Terre ait portés. On peut être agacé par ces arguments qui reviennent régulièrement dans le récit. Mais, il faut remarquer la justesse de son usage car il est fréquent dans ce genre de groupe. Cet affichage amène une cohésion, voire une communion pour des individus perdus dans une situation qui les dépasse et qui se raccrochent à cette notion d’identité.

Cependant, l’auteur introduit suffisamment de péripéties, d’actions qui font monter la tension, pour rendre la lecture captivante.
« Ralliement », c’est Robinson Crusoe au pays des ogres, c’est le début d’une saga qui promet d’être passionnante.

Serge Perraud

Le Régiment perdu : T.1 - Ralliement, William R. Forstchen, Bragelonne, août 2007, 4320pages, 20 €






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