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  Sommaire - Films -  M - R -  Raisons d’Etat


"Raisons d’Etat " de Robert De Niro

 

(The good shepherd)

Scénario : Eric Roth
Avec : Matt Damon, Angelina Jolie, William Hurt, Alec Baldwin, Billy Crudup, Robert De Niro.
Distribué par Studio Canal.
167 mn.
Sortie le 4 Juillet 2007.

Note : 10/10.

Qui aurait cru que le second film de Robert de Niro en tant que réalisateur, après des débuts certes sympathiques mais pas vraiment exceptionnels avec sa chronique douce amère sur le Bronx qu’est « Il était une fois le Bronx », serait aussi quasiment parfait ? Et ambitieux, impressionnant, passionnant, j’en passe et des meilleures. Car ce « Raisons d’état » (titre lambda et assez neutre... Ca va aider sa carrière ça, tiens !) est tout ça à la fois. Là, on sent que De Niro s’est réellement passionné pour le sujet, pour ce scénario d’enfer signé Eric Roth (une pointure à Hollywood : on lui doit entre autres « Forrest Gump », qui lui valut l’Oscar, et surtout « Révélations » de Michael Mann) au point que cela transcende son inspiration, donnant des lettres de noblesse à sa casquette de réalisateur. Ni plus, ni moins.
En 1939, Edward Wilson (Matt Damon, époustouflant) est un jeune étudiant de Yale qui va être recruté par une de ces sociétés secrètes chères aux USA, la « Skull and Bones Society », qui puise dans le creuset universitaire l’élite pour les placer à des postes clefs du gouvernement ou de tout service secret. Wilson deviendra donc un agent de l’OSS (Office and Strategic Services, rien à voir avec un célèbre 117...) durant la guerre avant d’être repris par un ancien militaire à la fin de la guerre pour être un des piliers d’une nouvelle branche d’espionnage baptisée CIA. Né pour ça, Wilson va très vite grimper les échelons, sans se rendre compte qu’en parallèle, il en paye un prix très fort et que toute remise en cause ne lui sera jamais accordée.
Ambitieux scénario, à la construction très recherchée voire limite tarabiscotée à l’extrême, « Raisons d’état » suit donc le processus de création de la CIA au sortir de la seconde guerre mondiale au travers d’un homme. Edward Wilson n’est pas James Bond, il serait plus un Harry Palmer (célèbre espion british campé à trois reprises par Michael Caine, aux antipodes d’un 007 et au cynisme destructeur) réaliste : triste à mourir, voué corps et âme à son job, le fonctionnaire d’état par excellence, comme on en trouve dans les romans de John Le Carré ou au sein des services secrets des pays de l’Est. Mais son professionnalisme va l’aider à monter en hiérarchie et à bâtir les fondations de la CIA. Tout cela se révèle donc aussi passionnant, à notre grande surprise, jamais rébarbatif. Il faut alors concéder au film un scénario en béton armé, qui mène sa narration de main de maître tout au long de ce processus de création. Le tout conjugué à une mise en scène dépouillée et parfaite, en totale osmose avec l’histoire. Certes, De Niro a attendu le temps pour se remettre derrière la caméra, le sujet il l’avait (les pouvoirs secrets des gouvernements) mais pas le scénario. Quand celui d’Eric Roth lui tomba entre les mains, il sut immédiatement que c’était pour lui... En tant que réalisateur aussi ! Et le résultat est là : c’est magnifique, un des meilleurs films de cette année. Bon, mais tout cela ne serait rien sans Edward Wilson, campé par un Matt Damon au sommet de son art. Dans la peau de ce personnage qui sacrifie tout à son métier, à son pays, à sa patrie (il en faut...) au point de faire un mariage arrangé, de tourner le dos à un amour de jeunesse, de ne voir son fils que plusieurs années après sa naissance, d’ignorer l’importance d’être un père pour lui, de payer le prix le plus fort pour cette vie privée gâchée au profit d’une vie professionnelle qui l’absorbera anonymement dans son système (un pion parmi des pions), Matt Damon explose, et livre ici la preuve irréfutable qu’il est un des plus grands acteurs actuels. Et de tous ces talents réunis, il en ressort ce film magistral, ce chef-d’œuvre du film d’espionnage qu’est « Raisons d’état ». Et comme il est dit au début : ni plus, ni moins.

St. THIELLEMENT



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