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"Cabale"
de
Clive Barker

Editeur :
 

"Cabale"
de Clive Barker



Boone est un jeune homme qui pourrait être heureux, mais ses rêves, qui semblent étrangement correspondre à des meurtres terrifiants ayant bien lieu dans la réalité, l’empêchent d’avoir une vie normale. Decker, son médecin, lui montre les photos des crimes, puis lui administre ces étranges cachets, pour son bien, paraît-il. Accusé de meurtre à tort, trahi par son propre psychiatre, Boone fuira le monde des hommes. Informé par un patient souffrant du syndrome de divergence sur l’existence d’une cité mystérieuse, il quêtera Midian, la cité des enfants de la nuit, avec au bout, le choc entre deux mondes, deux univers de sens. Lori, une jeune femme éprise de Boone, bravera tous les dangers de Midian, au péril de sa vie, avec dans son sillage les terribles méfaits de celui qu’on nomme " tête de boutons ", et qui semble bien connaître Boone. Les monstres si divers (des centaines) qui vivent dans Midian ne sont pas plus repoussants que les hommes. Il sont les rescapés d’une peuplade ancienne qu’un génocide a forcé à se cacher du monde. Ils sont porteurs d’extases et de pouvoirs, tous plus séduisants et terribles les uns que les autres, répondent à des règles uniques et font montre de caractères différents dans un système de vie communautaire qui défend un prophétisme mal défini, mais qui semble tenir leur monde comme la base d’un vaste monument, fort et fragile à la fois. En pénétrant cet univers, Boone en deviendra malgré lui le destructeur, et en même temps celui qui invente un nouveau commencement. La fin appelle à une suite, surtout le film qui en a été tiré. Espérons que Barker revienne un jour sur cet autre visage de son oeuvre, peut-être le plus attachant et le plus sincère...
Ce court roman est souvent passé sous silence par la critique, et pourtant, en inventant son propre Freaks, en y insufflant le drame inversé d’Eurydice et d’Orphée, il parvient non seulement à produire une sorte de charte envers la différence, mais encore faire l’éloge de la différence dans un sens plus large. Decker représente ici une fois de plus le visage de l’intolérance, mais aussi du meurtre sous les apparats de la bienséance, de la moralité et du rationnel. Hors, si Barker s’attaque à cette nouvelle figure, comme il le fit du religieux avec son Pinhead, c’est une fois de plus pour éviter le traditionnel cliché de l’angélisme du marginale qui donne leçon. Sa fiction va encore une fois bien au-delà. Decker se présente plus comme cette ouverture entre deux mondes, cet accouchement difficile, par l’usus de la mort. C’est par ce sacrifice symbolique, ces meurtres donnés au jugé, que Decker met en branle cette conflagration entre deux sociétés, deux sphères de valeurs opposées, et dont la rencontre provoquera l’apocalypse nécessaire. Au bout du compte, il s’agit de se libérer d’autre chose, mais de quoi ? De l’attente, de cette incroyable folie d’attendre le retour d’un sauveur. Les enfants de la nuit sont définitivement attachés aux hommes, mais ils suivent des pas qui les dispensent de s’y soumettre, ou de s’en éprendre. L’analogie au peuple des fées, ou à la race Sidhe de jadis, est pertinente et belle, et la fin demeure l’une des plus belles conclusions poétiques à un récit fantastique. En nous débarrassant de l’idée de l’attente, l’auteur ne répudie en rien celle de sa possibilité, mais il nous apprend la sagesse de ne pas vivre dans cette absence. Peut-être le plus beau texte de toute l’histoire de la littérature tout court...

Emmanuel Collot






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