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  Sommaire - Livres -  A - F -  Hellraiser ou l’histoire d’un pacte




"Hellraiser ou l’histoire d’un pacte"
de
Clive Barker

Editeur :
 

"Hellraiser ou l’histoire d’un pacte"
de Clive Barker



Nous retrouvons dans Hellraiser ce thème de la boîte de pandore. Inspiré d’une longue nouvelle enfin traduite en France, cette histoire, qui fut d’abord un film, est probablement celle où l’auteur laisse entre-apercevoir les contours d’un au-delà directement inspiré du dogmatisme de la religion. Mais attention, encore une fois, il serait malaisé de juger Barker comme un pur anticlérical. Son entreprise reste sans projet si ce n’est l’établissement d’une véritable profession de foi d’un homme débarrassé non pas du contenu des règles, mais de leur forme.

Un jeune couple emménage dans sa nouvelle maison, où quelque temps auparavant, le frère du mari a subi une expérience après laquelle on a plus eu trace de lui. Julia aime bien son mari, Larry, mais c’est Franck, son frère, avec lequel elle a eu des rapports, qui domine toutes ses pensées. Et comme dans la fable, celui-ci reviendra d’entre les morts pour lui entrouvrir les portes d’un enfer bien particulier, un enfer qui pourtant peut être vu pour certains qui s’y aventurent comme un monde où une totalité des plaisirs serviront d faire valoir à un paradis. Lorsque Julia fera la découverte dans l’une des pièces de la maison de cette porte des enfers, il en surgira celui qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Franck se fera un apôtre d’un message particulier, celui des Cenobites (allusion à Sellenites ?) . Il convertira cette femme à un rituel terrible et définitif, lui apporter dans la chambre dont il a fait son antre les amants qu’elle aura réussi à entraîner. La croix devient la boîte, la chambre, la chapelle ardente d’une Eglise vouée à un culte des corps, qui curieusement engendre d’une nouvelle conception des valeurs chez Julia. Transvaluation des valeurs, renversement des dogmes officiels, Barker ferait acte de pur satanisme s’il ne s’axait uniquement sur le registre du conte. La fin est comme l’ouverture sur de nouvelles perspectives, des territoires qui renvoient aux contrées du rêve de Lovecraft. Il n’y a plus la leçon de morale offerte aux lecteurs du petit chaperon rouge, sortir du chemin n’est finalement pas une mauvais chose ou une vanité, c’est même un chemin menant à la vertu. Sade n’est pas loin...
Ainsi, le passage est un véritable hymne bestial, un sacerdoce et un sacrifice qui au final est un glissement vers un ailleurs de tous les possibles. Indirectement, ce récit fait écho au fanatisme religieux de tout bord, Pinhead étant l’équivalent du Dieu unique et omnipotent, ses clous enfoncés dans le crâne l’image de l’appartenance tribale à un groupe ethnique. Julia incarne à la perfection une puissante symbolique du serpent tentateur, mais le plaisir en est totalement banni. Là, ne prévaut que le passage vers le sacrifice, celui du serpent tentateur à celui du serpent d’airain, le supplice par le métal, le découpage des chairs, étant également un rite de passage vers une réalité supérieur. Bien plus qu’une démolition des valeurs de la religion, ce récit est plutôt la dénonciation par l’auteur de l’interdit sacro-saint posé sur l’imaginaire au profit d’un réel qui en interdit la pleine expression.

Emmanuel Collot






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