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  Sommaire - Livres -  A - F -  Flandry, défenseur de l’Empire terrien




"Flandry, défenseur de l’Empire terrien"
de
Poul Anderson

Editeur :
L’Atalante
 

"Flandry, défenseur de l’Empire terrien"
de Poul Anderson



1-Un cirque de tous les diables
2-Les mondes rebelles

8/10

Ce recueil, inédit en France, se compose de deux longues nouvelles.

" Un cirque de tous les diables " nous présente un Dominic Flandry alors attaché à une planète aux limites de l’Empire terrien, Irumclaw. Wayland est un satellite qui présente la particularité de comporter dans ses entrailles d’anciennes mines abandonnées depuis longtemps. Un caïd de la mafia, Léon Ammon, engage Flandry afin d’explorer ce satellite qui comporterait des minéraux de très grande qualité, dont il voudrait exploiter les mines cachées. Pour se faire, le chef mafieux engagera également les services d’une prostituée du nom de Djana, dans le but de contenir les tentations de Flandry ainsi que de canaliser son travail vis à vis de son employeur. Mais cette dernière est un agent double, elle travail sans s’en rendre compte pour les intérêts de Merséia, qui n’est rien d’autre que le pire ennemi de la Terre, un Empire extraterrestre. Les Merseiens sont la seule preuve qu’il existe autre chose par delà l’univers connu, et le fait qu’ils s’intéressent à cette mission ne sera pas sans inviter Flandry à jouer un double jeu, à la fois vis à vis de Djana, et vis à vis de Ammon. Soleils géants et chatoyant allumant des horizons sans limites, extraterrestres à la physionomie Star-Wars (Les Marseéiens auraient ils inspiré les chasseurs de prime dans L’Empire contre-attaque ?) , intrigues à la James Bond, entre argent facile, compromis et astuces de gentleman voleurs, fracas des armes et laser détonnants sur des planètes exotiques, avec le cycle de Flandry, nous avons là l’un des autres jalons qui a inspiré directement et durablement la ménagerie Star-Wars. Ainsi, dans toute encyclopédie Star-Wars trouvée sur le net, les lecteurs apprendront que ce Wayland figure bien comme une planète. Dans l’univers de Star-Wars, Wayland est peuplée de Myneyrshi aux quatre bras luisants et de Psadans, couverts de plaques grumeleuses. C’est sur cette planète que l’Empereur a choisi d’installer ses entrepôts privés, dans le Mont Tantiss, protégés par le clone Joruus C’baoth. Les corrélations entre ces races et celles décrites par Anderson sont assez troublantes pour qu’on se permette de relever ce fait.

Chef de file de la sf des années 50, Anderson est un vieil amateur de celtisme et de religions nordiques. Revenons sur le nom alloué au satellite, Wayland. Wayland signifie dans la légende des Niebelungen le nom d’un forgeron servant Odin, et qui forgera pour ce dernier l’épée de Balmung. Le fait que ce nom soit donné à une planète minière n’est peut-être pas si innocent que ça. Et si nous nous amusions à prolonger l’analyse, nous nous rendrions compte que le terme de Wayland est la racine d’un minerai de la classe des phosphates, la Waylandite, découverte par Von Knorring & Mrose. Le terme fut inventé en l’honneur d’une personnalité, E.J. Wayland. La nouvelle ayant été publiée en 1969, ce n’est peut-être pas si innocent que ça. Allusion à un minerai à la base d’armes ou d’un produit fini militaire ou autre ? Le spécialistes pourront approfondir la chose. Mais Anderson n’usait pas toujours par hasard de certaines formes nominales détournées ou adaptées, comme le fit Robert E. Howard d’une autre manière...

" Les mondes rebelles " commence par un curieux liminaire, un appel à une unité, peut-être une prière pseudo celtique. On sait l’auteur grand amateur de ce genre d’emprunt. La parabole guerrière et unitaire annonce une nouvelle aventure pour Flandry, et elle l’achève sous la forme d’un édit du même acabit.

L’empereur Josip est un corrompu. Il a envoyé un certain Aaron Snelund afin de prendre le poste de gouverneur dans le secteur Alpha de la Croix. Or, dès son installation et la prise de ses fonctions, celui-ci perpétue d’atroces actions contre la population locale. Libérés des geôles dans lesquelles leur opposition les avaient mené, l’amiral McCormac et son épouse prennent la direction des rebelles, vaste mouvement de résistance qui fomente de démettre l’empereur de ses fonctions. Dépêché sur Alpha, Sir Dominic Flandry va devoir mener à bien une difficile enquête au coeur d’un monde divisé entre les rebelles et une corruption qui ne montre jamais son visage. Rétif aux manières directes, Flandry agira aussi subtilement qu’un James Bond, sans peur du combat, mais passé maître dans l’art rhétorique. Face au chef rebelle, Flandry fera comme tout grand politique, il parlera de compromis, n’hésitant pas à mettre en jeu l’amour d’un insoumis à la cause pourtant juste, éviter d’autres morts, contourner les règles du l’Empire terrien qu’il sert, tout en remplissant sa mission.

Le parallèle est évident, peu importe que ce soit du space-opera, Anderson parle en Viking, mais d’un Viking qui aurait apprit la politique. Certes, la fin est tout de même quelque peu rébarbative et hypocrite, fuir plutôt que triompher, au prix le plus cher et imparable. Mais l’art du négociateur, aussi impérialiste soit-il, est à ce prix, et peut-être également celui de l’homme de paix. Il existe un temps pour la guerre un temps pour les compromis, et face à un nom emprunté à une des grandes figures nationales de l’histoire Celte, McCormac, Flandry campe un incroyable français plein de charisme. Au finale, on hésitera un temps à qualifier Flandry d’opportuniste ou bien de grand homme, peut-être est-il tout simplement un homme ayant du bon sens ? Ce qui ne l’empêche pas de ménager une autre de ses qualités bien particulières, le libertinage et l’amour des femmes, qui au finale ont le dernier mot.

En définitive, nous avons enfin en langue française la suite de l’un des plus fascinants personnages du space-opera, un space-opera sachant être guerrier mais également subtile et plein de bon sens, si on excuse les intrigues et manipulations d’un Flandry qui n’est dès lors plus français, mais un américain dans toute sa violence mais aussi sa vérité, son amour de la vie, nuancée par une retenue très anglaise. Ceci fait de lui, peut-être le personnage du space-opera le plus populaire du genre, parce que le plus nuancé, impénétrable surtout, que ce soit à son auteur auquel il échappe un peu, quand à ses promesses, ou au lecteur, auquel il pose des questions encore prégnantes après lecture, ou pas du tout...
On a souvent accusé Anderson d’être un homme très à droite. Force est de reconnaître qu’avec un personnage aussi paradoxale et nuancé, on est bien en mal d’en déduire une quelconque pensée partisane malsaine ou un parti pris impérialiste, plutôt un choix laissé libre aux lecteurs d’aduler ou de détester un tel personnage, dans le fracas des armes et l’exotisme absolu des planètes décrite avec maestria, il faut le reconnaître également.

Flandry, Défenseur de l’Empire terrien, Poul Anderson, traduit de l’anglais par Silvain Chupin, couverture par Olivier Vatine, L’Atalante, 408 pages, 20.00 €.

Emmanuel Collot






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