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  Sommaire - Interviews -  François Miville-Deschênes et Richard D. Nolane


Interview de François Miville-Deschênes et Richard D. Nolane
Par Par Alain Paris

Dernier ajout : lundi 17 mai 2004

"François Miville-Deschênes et Richard D. Nolane"

Questions à François Miville-Deschênes (dessinateur).

1/ Tout d’abord, en quelques mots, peux-tu te présenter aux lecteurs de SF Mag ?

Bien, je suis né au Québec, j’y habite toujours, dans une région éloignée des grands centre urbains qui se nomme la Gaspésie (le nom vient de « Gaspek », un mot d’une langue indienne qui signifie plus ou moins « la fin de la terre ». Une région péninsulaire montagneuse, hérissée de forêts impénétrables, qui s’avance dans le golfe du fleuve Saint-Laurent.

Je dessine depuis ma plus tendre enfance et le fais de façon professionnelle, comme illustrateur, depuis environ quinze ans.

2/ La nouvelle de Richard D. Nolane intitulée « Une Tête de Martyr » et publiée dans trois numéros de SF Mag (30, 31, 32) était illustrée par tes soins. Ces illustrations avaient-elles un rapport avec celles de la BD que vous publiez ensemble aujourd’hui, et si oui, lequel ?

Ce sont les mêmes héros et ils évoluent dans le même univers, seul le récit diffère. Richard a pris soin de préciser à l’Éditeur qu’il se réservait le droit d’utiliser Raedwald et Arnulf dans le cadre d’œuvres littéraires (sans qu’il s’agisse toutefois de novélisation des aventures en bandes dessinées).

3/ « Millénaires » constitue, je crois, ta première expérience professionnelle dans le domaine de la BD. Pourquoi avoir choisi de mettre en images ce scénario plutôt qu’un autre ?

Ah, mais j’ai d’autres bandes dessinées à mon actif ! Il s’agit cependant de BD didactiques, gros-nez ou semi-réalistes, des productions qui ne connaîtront jamais la gloire de la traversée de l’atlantique ! J’ai aussi réalisé pendant plusieurs années des stripes quotidiennes racontant les mésaventures d’un gros chien plutôt idiot ; on gagne sa croûte comme on peut !

Tout cela est loin, maintenant, loin de « Millénaire », surtout ! Cet album est ma première BD réaliste publiée. J’ai initialement proposé un projet aux Humanos (et à d’autres éditeurs), tout en sachant fort bien que le côté historique ne collait pas tout à fait à leur ligne éditoriale. Par bonheur, le dessin lui-même leur a plu et ils m’ont invité à collaborer. « Millénaire » attendait un dessinateur après que trois s’y soient déjà frottés (mais aient abandonné, rebutés semble-t-il par l’aspect historique trop contraignant).

Cet univers fantastico-médiéval contient tous les ingrédients susceptibles de me rendre le travail plaisant : nature quasi vierge à l’époque, animaux, créatures fantastiques, guerriers, etc. Bon, ça manque un peu de présence féminine, j’en conviens, mais on se reprend dans le tome 2 !

4/ Richard Nolane, le scénariste de « Millénaires », a tout un passé d’aficionado de la SF derrière lui : es-tu toi-même un amateur de SF, et si oui, quels ont été tes premiers contacts avec le genre, tes livres préférés, tes auteurs favoris ?

Je me suis mis à dévorer des bouquins de SF à partir du jour où j’ai lu « La Guerre du Feu » de J.H.Rosny Aîné. Non pas que cette œuvre, qui m’a fortement marqué, soit à proprement parler de la SF (dans un sens, oui, pourtant), mais c’est qu’elle côtoyait, dans la prodigieuse bibliothèque paternelle, des « John Carter » d’Edgar Rice Burroughs et plusieurs A.E.Van Vogt. Le venin a fait son chemin dans mes veines et pendant des années, outre la BD, je n’ai pratiquement lu que de la SF et en particulier la série « Anticipation » de Fleuve Noir, que tu connais bien...

5/ Actuellement, quels sont les auteurs que tu lis le plus volontiers (dans le genre SF ou autre) ? Les thèmes qui retiennent ton attention ?

Je dois le confesser, je lis peu de romans ou de nouvelles depuis quelques années. Mon travail d’illustrateur m’a emmené à lire sur les sujets les plus divers et « Millénaire », récemment, sur moult aspects du Moyen âge, mais ça reste surtout documentaire ! Quand j’ai une crise subite, je me contente en général de puiser dans ma bibliothèque. Ainsi, j’ai relu, il y a peu, « Les Xipehuz », de Rosny Aîné ; on y conte comment, « près de mille ans avant Babylone » les hommes passèrent bien près d’être exterminés par une forme de vie inconnue venue de l’espace. Un récit datant de 1888 que j’aimerais bien adapter un jour en BD !

6/ Tu es un artiste très polyvalent (cf. ton site : http://www.miville-deschenes.com) et la BD n’est pour le moment qu’un aspect de tes activités. Comptes-tu développer cet aspect dans les années à venir, et si ce n’est pas trop indiscret, peux-tu nous parler de tes projets (BD ou autres) ?

Progressivement, je mets de côté l’illustration pour ne me consacrer finalement qu’à la BD. Je ne dis pas qu’il en sera toujours ainsi, mais pour l’instant je retire une grande satisfaction du travail de dessinateur de BD ! J’ai en chantier une série d’illustrations inspirées directement par « La Guerre du Feu » (certaines sont présentées sur mon site), c’est un projet personnel de longue haleine qui, je le souhaite, débouchera un jour sur une publication.
À l’horizon BD se pointe surtout la poursuite de la série « Millénaire », avec cependant la perspective de réaliser autre chose en parallèle.

J’aimerais en effet me consacrer à un album carrément différent de ce que je fais actuellement ; différent dans le ton, mais aussi dans le style. J’ai développé, par mon travail d’illustrateur, la possibilité d’adopter plusieurs styles et traitements graphiques et j’aimerais bien en profiter ! Je pense même avoir trouvé un scénariste prometteur...

7/ Une question qui intrigue sans doute nos lecteurs : comment fait-on, lorsqu’on habite de l’autre côté de l’Atlantique, pour arriver à collaborer avec un scénariste vivant en France ? Concrètement, comment cela se passe-t-il ?

Richard D. Nolane a élu domicile au Québec depuis un moment déjà et semble même s’y plaire ! De toute façon, ça ne change rien ; il pourrait aussi bien être basé au Kamtchatka, puisqu’une douzaine d’heures de route nous séparent ! Nous communiquons toujours par Internet, sans que l’un ou l’autre n’y trouve à redire. Si j’avais à collaborer avec un scénariste résidant en France, disons...en Auvergne, par exemple, je pense que nous fonctionnerions de la même manière.

8/ En dessinant ton premier album pour les « Humanoïdes Associés », maison d’édition mythique née dans le bouillonnement des années 68, maison de référence en matière de SF, quels sentiments ressens-tu ? Peux-tu nous raconter succinctement comment s’est passée ton « recrutement » ?

C’est un peu flou. Je pense me souvenir qu’un directeur de collection m’ait fait boire, puis tracer un X au bas d’une feuille...Non, je plaisante, mais je préfère croire que je me suis imposé aux Humanos que de penser que l’on m’ait recruté ! C’est un heureux concours de circonstances qui a voulu, comme je l’expliquais précédemment, que mon dossier de proposition de projet leur arrive au moment où ils avaient justement en main un scénario susceptible de me convenir.

Toutefois, ils étaient clairs sur un point : mon travail les intéressait et si « Millénaire » n’avait pas eut l’heur de me plaire, nous aurions trouvé autre chose ! Quant à la Maison elle-même, je mentirais de façon éhontée en prétendant que je ne ressent pas une profonde fierté et que je ne bombe pas un tantinet le torse en prononçant ce nom si doux : Les Humanoïdes Associés ! Pour un amateur de SF et de fantastique, c’est l’aboutissement ultime ! Pour un dessinateur, ce n’est pas rien non plus : Gillon, Moebius, Gal et tant d’autres noms prestigieux y sont associés !

9/ On connaît en France les poètes québécois, la SF québécoise, existe-t-il aussi une BD québécoise ?

C’est un sujet douloureux ! Le marché de la BD, au Québec, est monopolisé depuis des temps immémoriaux par l’Europe et les États-Unis, ce qui ne laisse que très peu de place à la production locale. Cette dernière n’a pas véritablement accès à une édition et une distribution ayant les reins suffisamment solides pour se frotter à ces deux géants. De plus, il n’y a pas ici cette « culture BD » qui fait qu’en France ou en Belgique on peut choisir un cheminement scolaire qui permette de se perfectionner et d’envisager sérieusement de vivre de la BD. Dans nos contrées sauvages, il faut faire cavalier seul !

Enfin, il existe une BD québécoise, mais elle est timide et survit dans l’ombre des grands.

Une institution collégiale m’a demandé, récemment, de « parrainer » un jeune de dix-neuf ans qui souhaite « se diriger en BD » ; il ne sait pas encore ce qui l’attend, le pauvre !

10/ Pour finir, si trois de tes réalisations devaient passer à la postérité, lesquelles choisirais-tu ? (photos à l’appui)

Je ne pense pas avoir encore fait quoi que ce soit qui puisse prétendre à la postérité, mais je suis assez content de mes illustrations pour la Guerre du Feu et particulièrement de celles qui portent les titres suivants : « Les mammouths et les aurochs » et « D’un choc énorme, Naoh lui rompit la nuque ». C’est une satisfaction toute personnelle qui découle de la sensation d’avoir bien rendu ce que j’imaginais lorsque je lisais l’œuvre. D’autres préfèreront sûrement certaines autres pièces ; mais tu sais, des goûts et des couleurs...

Et puis je suis très content également de « Millénaire », mais de là à imaginer la postérité, il y a un fossé que je ne franchirai pas !

En conclusion, je me dis que le meilleur reste à venir !

Questions à Olivier Raynaud/ Richard Nolane.

1/ Tout d’abord, peux-tu te présenter en quelques mots aux lecteurs de SF Mag et leur expliquer les raisons pour lesquelles Olivier Raynaud s’est créé voici bien longtemps un alter-ego nommé Richard D. Nolane (pour Devil ?).

Disons que Richard D. Nolane est une erreur de jeunesse. Si c’était à refaire maintenant, je garderais mon véritable nom. Mais reconnaissons que c’est un pseudo qui « sonne » pas mal. Un jour, Sam Lundwall, l’auteur suédois de ce petit chef-d’œuvre de la SF humoristique qu’est « King Kong Blues » m’a dit que cela faisait aussi américain que Perry Rhodan mais que c’était aussi efficace... Donc, je continue avec même s’il arrive à Olivier Raynaud de faire ici et là des apparitions...

Me présenter ? Pour faire cela très vite, j’ai commencé à faire des critiques de SF en 1973 et je suis devenu auteur et traducteur professionnel à plein temps au début des années 1980. Si j’ai beaucoup travaillé dans la SF et le Fantastique jusqu’au début des années 1990, j’ai ensuite un peu laissé tomber à partir de là pour me recentrer sur le paranormal et les ovnis (une vieille passion...) et sur la BD, dont je suis tout sauf un spécialiste. Dans les deux cas, des occasions se sont présentées au départ et je ne les ai pas laissé filer. Mais depuis mon arrivée au Québec en 1999, je me suis remis à publier des nouvelles de SF, de fantastique et de policier, sans pour autant abandonner le reste. De plus, je travaille depuis presque trois ans pour les VSD Hors Série sur les ovnis et le paranormal, dirigés par Bernard Thouanel et qui font un tabac sur le marché.

2/ Sans être connu du grand public, on peut pourtant dire que tu as activement participé à la promotion de la littérature dite de science-fiction (dans laquelle j’inclus toutes ses composantes, dont la « fantasy ») en France, depuis la fin des années 70 où tu t’épanouissais dans le fandom jusqu’à aujourd’hui avec cette BD que tu as scénarisée, en passant par ta collaboration avec des fanzines et des revues (« Fiction » où tu assurais si j’ai bonne mémoire une rubrique intitulée « Un brin de fantasy »), l’écriture, la direction de collections, et j’en oublie sans doute. Au départ, qu’est-ce qui t’a amené à la SF, quels étaient tes goûts, tes auteurs préférés ? Quelles ont été tes influences ?

J’ai vraiment découvert la SF à 14 ans en 1969 en tombant sur la collection « Anticipation » dans une librairie d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, où j’habitais alors. Le premier Fleuve Noir que j’ai lu était « Vikings de l’espace » de Pierre Barbet qui est devenu des années plus tard un véritable ami, ainsi que son épouse Marianne. J’ai toujours aimé plutôt la SF dite « classique » même si je me souviens encore du choc éprouvé à la découverte de quelqu’un comme Dick. J’ai un faible pour les histoires tournant autour du thème du Temps (ma fascination pour l’Histoire y est sans doute pour quelque chose...) et pour celles ayant pour cadre l’Espace et les immensités galactiques. Oui, j’ai pas mal travaillé pour Fiction grâce à un gentleman extraordinaire qui s’appelait Alain Dorémieux et qui a su mettre de côté ce qui avait pu nous opposer avant au sujet de la prétendue « nouvelle SF politique française » des années 1970 que je continue à considérer comme une vaste fumisterie sanctionnée par les lecteurs. Mais avec Alain Dorémieux et Daniel Walther, autre « grand » du genre en France que j’ai connu via les éditions OPTA, notre amour commun et sincère pour le fantastique a balayé tout ce genre de clivages...Et Alain Dorémieux m’a permis de concrétiser un rêve : faire un livre dans sa prestigieuse collection chez Casterman, un recueil d’un auteur que j’adore, à savoir Poul Anderson.

3/ Parle-nous de cette époque où tu appartenais à ce qu’on appelait (et on appelle toujours) le fandom. La plupart de ceux qui fréquentaient autrefois cette mouvance publient ou même travaillent aujourd’hui à plein temps dans l’édition « pro » ( Roland Wagner, André-François Ruaud, Stéphane Nicot, Francis Valéry, etc...). : est-ce à dire que le fandom constitue la crèche dans laquelle s’ébattent les bébés auteurs ?

Je garde un bon souvenir de mon époque « fandom », ne serait-ce que parce que j’y ai rencontré des gens avec qui je suis toujours ami 25 ans plus tard comme Charles Moreau, Pierre K. Rey (mon voisin aujourd’hui à Montréal !) ou Fermin Gonzalez devenu depuis un des grands spécialistes de l’URSS, puis de la Russie, sous le nom de Pierre Lorrain. Mais je ne la regrette pas même si j’ai du plaisir à revoir de temps à autres certains « compagnons de route ». J’ai changé avec les ans et je suis surpris de voir dans les listes de discussion qu’il y a « d’éternels fans », des gens pour qui le temps semble s’être arrêté à la fin des années 1970...Je pense que c’est du à l’inévitable changement de vision des choses qui suit le passage chez les « pros » et dont l’un des effets est de ne plus pouvoir lire autant qu’avant, de n’avoir plus le temps de s’investir dans des activités qui ne font pas bouillir la marmite. Ceci sans parler du fait que la SF ne constitue plus qu’une simple partie de mes activités. La seule personne de cette époque avec qui je travaille encore est Xavier Legrand-Ferronnière, redoutable connaisseur en matière de fantastique et qui est directeur de collection maintenant chez Terre de Brume.

4/ Fandom donc, pour faire tes premières armes, et ensuite ? Je me souviens avoir croisé ton chemin en deux occasions : l’enregistrement de l’émission de télévision « CALIBRE » de Jacques Baudou en hiver 1987 à Bercy (il avait neigé sur Paris et on se caillait les miches à faire et refaire des prises - à la fin, je racontais n’importe quoi). La deuxième occasion fut en décembre 1988 une manifestation très sympathique organisée à Montfort sur Argens par Micky Papoz (je partageais une chambre avec Alain Grousset-de-Lire et le regretté Robin « Les mois d’avril sont meurtriers » Cook qui dormait avec son fameux béret noir vissé sur le crâne. Te souviens-tu de ces deux occasions ?

J’avais complètement oublié l’histoire de « Calibre » ! Pourtant c’était ma toute première télé ! Pour présenter ma collection « Aventures Fantastiques » chez Garancière, si je me souviens bien. Par contre, je me rappelle Montfort sur Argens et le resto dans la cave voûtée avec Robin Cook pour mettre de l’ambiance...Ensuite ? Trois personnes ont guidé mon entrée dans l’univers des « pros » à plein temps : Jimmy Guieu et Hélène et Pierre-Jean Oswald. Je connaissais Jimmy depuis 1975 et il m’a fait entrer dans le groupe des Presses de la Cité. À la suite de quoi j’ai fait 43 romans de la série « Blade » sous le pseudo collectif de Jeffrey Lord et traduit 18 romans de l’excellente série de Space Opera « L’Aventurier des Étoiles » de E. C. Tubb que j’avais fait acheter par l’éditeur. Ceci sans parler de la collection « Aventures Fantastique » dont il vient d’être question.

Dans le même temps, j’ai commencé à travailler pour NéO, comme anthologiste et traducteur. Que Hélène et Pierre-Jean soit remerciés pour le plaisir que j’en ai tiré même si ce n’était pas toujours facile question paiements...C’est après la fin de NéO que j’ai commencé à m’éloigner pour un temps du fantastique et de la SF. Et puis, un jour, en 1991, je me suis retrouvé un peu par hasard auteur principal d’un gros livre chez Larousse intitulé « Les 150 Grandes Énigmes » et qui faisait la part belle aux mystères de ce monde et de l’autre, suite à quoi j’ai publié quatre livres sur les ovnis, la cryptozoologie et les vampires chez Vaugirard qui était dirigé par les personnes avec qui je travaillais sur les « Blade » et sur les « Aventurier des Étoiles »...C’est ainsi que j’ai débuté ma nouvelle carrière dans le paranormal et l’ufologie tout en en commençant une autre, parallèle, dans la BD. Au travers de tout cela, j’ai co-écrit en 1995 avec mon épouse Élisabeth Campos, qui est criminologue, un des tous premiers livres en français sur les Serial Killers (« Tueurs en série : enquête sur les serial killers »).

Nous avions déjà collaboré pour « La Chair et le Sang », le livre sur le vampirisme historique, littéraire et criminel chez Vaugirard. Plus tard, en 1998, nous avons publié ensemble un autre livre consacré aux envahisseurs extraterrestres dans les séries TV et les téléfilms, « Alien Télévision ». Au Québec j’ai publié un petit essai historique sur la place des reliques religieuses dans la société intitulé « Les saints et leurs reliques : une histoire mouvementée ».

5/ Mais ce qui nous occupe à l’heure présente, c’est la publication du premier tome de cette série intitulée « Millénaires » aux éditions « Humanoïdes Associés ». D’abord, est-ce ta première expérience en tant que scénariste de BD ? (je suppose que non). Quels sont tes antécédents dans ce domaine ?

Au milieu des années 1980, j’avais fait 2 albums avec Jean-Claude Claeys pour les Humanos, « Lüger et Paix » et « Lame Damnée » (réédités 10 ans plus tard en un seul volume avec des modifications et des planches rajoutées chez Soleil sous le titre de « Lame Fatale »). C’était un peu le fruit du hasard et je ne pensais pas récidiver car j’étais totalement étranger au milieu de la BD. Mais en 1991, mon pote Arleston (celui qui fait « Lanfeust de Troy », le best-seller de chez Soleil), m’a attrapé un jour et m’a présenté à Mourad Boudjellal à Toulon qui venait de lancer Soleil.

On a discuté de choses et d’autres avec Mourad et puis, soudain on s’est découvert un intérêt commun pour le personnage de Harry Dickson, celui dont on essaie partout de nous faire croire que c’est Jean Ray qui l’a inventé... On s’est mis d’accord sur un projet, à savoir que je faisais des scénarios originaux et non des reprises des histoires écrites par Jean Ray. Ensuite, on a mis longtemps à trouver un dessinateur mais, un jour, Paul Glaudel (le dessinateur des « Maîtres Cartographes » chez Soleil) nous a déniché Olivier Roman et la série a pu commencer. Aujourd’hui, « Harry Dickson » en est à son 9eme tome publié, le 10eme est bientôt à l’imprimerie et on travaille sur le 11. Entretemps, j’ai aussi fait pour Soleil les 5 albums de la série « Les Tigres Volants », des histoires d’avions pendant la Guerre du Pacifique dessinées par Félix Molinari. Il se trouve en effet que je m’intéresse depuis longtemps à l’aviation de cette époque.

6/ SF Mag a publié sur trois numéros « Une Tête de Martyr », longue nouvelle dont l’action se déroule en l’An Mil dans un univers parallèle. Quel rapport existe-t-il entre cette nouvelle et la BD parue chez les Humanos ? Peux-tu nous raconter la genèse de ce projet ?

Cette nouvelle est à l’origine de toute l’affaire. En septembre 2001, alors que j’étais en train de réfléchir à une autre série pour laquelle j’avais été contacté par Bruno Lecigne, je lui ai fait lire « Une Tête de Martyr ». L’univers et les personnages lui ont bien plu et je lui ai proposé de développer tout ça. Ensuite, tout s’est enchaîné. En décembre 2001, j’ai signé le contrat pout le T.1, « Les Chiens de Dieu », au printemps 2002 le découpage des 54 planches était terminé et accepté et au début de l’été et en juillet 2002, nous prenions contact avec François Miville-Deschênes, un dessinateur québécois qui avait envoyé un dossier très prometteur aux Humanos...

C’est comme ça que le hasard a fait se réunir sur un bureau à Paris un scénario venu de Montréal avec des dessins venus de l’autre bout du Québec, à l’embouchure du St Laurent ! Pour en revenir à l’histoire de « Millénaire » proprement dite, elle se situe dans un Haut Moyen Age parallèle, à la veille d’un An Mil qui s’annonce de plus en plus pour être VRAIMENT la fin des temps. C’est un univers sombre et violent, infesté de créatures démoniaques et dont les cieux sont parcourus par les vaisseaux métalliques des Sylphes venus de Magonie.

Les Sylphes enlèvent des hommes et des femmes, mutilent étrangement des animaux et semblent poursuivre un mystérieux plan de longue haleine. Personne de vivant n’a jamais vu les Sylphes mais il semble bien que leurs agents, des hybrides d’apparence humaine appelés Changelins, essaient d’influencer le cours de l’histoire. Face à tous ces dangers et au naufrage chaotique de l’Église se dresse l’abbaye de Cluny qui est tombée sous la coupe de Lothaire de Basse Lorraine, un moine que beaucoup soupçonnent de pas être humain. Depuis, Cluny a entrepris de lutter contre le Mal en employant les armes de ce dernier. Aucun crime, aucune manipulation ne semble rebuter les agents de Lothaire, ceux qu’on surnomme les Chiens de Dieu, tant qu’il s’agit de lutter contre les ennemis de la Chrétienté en déroute et d’étendre l’emprise de l’abbaye sur celle-ci.

C’est dans cette ambiance qui mêle récit médiéval, fantastique, horreur, le tout assaisonné d’une large touche à la « X Files », qu’évoluent le héros, Raedwald le Saxon, et son associé Arnulf Poing-de-Fer. Raedwald est un personnage tourmenté au passé sombre mais avec un esprit savant et agile. Trafiquant de reliques et marchand de manuscrits précieux, ce qui en fait un habitué des puissants laïcs ou religieux, il parcourt cette Europe prise de folie en se trouvant mêlé à des affaires dangereuses et mystérieuses qui vont lui mettre à dos Cluny et le faire se dresser sur le chemin des Sylphes venus du ciel. En fait, cette série « Millénaire » est issue directement de mon intérêt pour l’histoire de cette époque ahurissante, pour le fantastique pur et dur, pour les univers parallèles, pour le paranormal, pour le phénoméne ovni et pour tout ce qui est associé à ce dernier. Sans trop vouloir m’avancer, je pense que c’est un mélange plutôt inédit...

7/ « Millénaires » comptera deux tomes. Ce chiffre est-il provisoire ou définitif ?

J’espère bien que « Millénaire » comptera plus de 2 tomes ! Le deuxième s’intitulera « Le Squelette des Anges » et paraitra en 2004. C’est à partir de cet album que la composante disons... « X Files », seulement suggérée dans le T.1, apparaît vraiment. Parallèlement, je vais continuer à écrire des histoires indépendantes comme « Une tête de martyr ». Une autre longue nouvelle, « Au bout du rouleau » est d’ailleurs déjà parue en mars 2003 au Québec dans la revue pro de littérature policière Alibis, publiée par l’éditeur de Solaris. Cela me permet de raconter des histoires difficilement transposables en BD, ou trop courtes pour faire l’objet d’un album, et de donner ainsi plus de « consistance » encore à l’ensemble de la série. Et elles sont suffisamment indépendantes pour être lues par des gens qui ne connaissent pas la BD.

8/ Est-ce que tu as d’autres projets BD sur lesquels tu travailles ? Si oui, quels sont-ils ?

J’ai signé un contrat pour une autre série aux Humanos, dans un genre totalement différent de celui auquel appartient « Millénaire ». Le premier tome est en cours de réalisation par un dessinateur italien. Désolé mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant...

9/ Nous évoquions tout à l’heure tes goûts passés. Aujourd’hui, quels sont tes auteurs préférés ? Les livres que tu as aimés ces derniers temps ? Les films ?

Question trop difficile... En fait, je lis des tas de choses dans des domaines qui n’ont rien à voir les uns avec les autres et quelquefois très spécialisés. Sans compter que ce ne sont pas toujours des nouveautés. Un jour, je lis Boris Akounine et le lendemain « Strange Secrets », le livre de Nick Redfern et Andy Roberts qui vient de sortir sur les documents étranges des Archives Nationales anglaises. Non, je jette l’éponge... Côté films, j’en vois aussi beaucoup mais celui qui m’a vraiment marqué ces dernières années, je crois que c’est « Gladiator »...Ce qui ne m’empêche pas de me régaler avec les films des frères Coen, par exemple, ou avec « Vidocq » ou avec « Mission Cléopatre » qui m’a fait mourir de rire...Et j’aime beaucoup les films chinois comme « Adieu ma concubine », « Shanghaï Triads » ou « La bicyclette de Pékin ». Je suis un éclectique pathologique.

10/ Pour terminer, donne-nous quelques repères incontournables sur ton œuvre : ce que tu aimerais qu’on se souvienne en parlant de toi : romans, nouvelles, articles, etc...

Il serait bien présomptueux de ma part de citer quoi que ce soit « d’incontournable » dans mon « œuvre ». Mes bouquins préférés, ce sont sans doute les deux que j’ai fait sur les animaux mystérieux, « Monstres des lacs et des océans » (qui vient d’être traduite en Roumanie) et « Sur les traces du yéti et autres créatures clandestines ». J’ai aussi un faible pour les nouvelles de ma série policière située dans le Singapour des années 1930. Pour l’instant, trois ont été écrites et publiées en France (dans des anthologies de Jacques Baudou chez Denoël et au Masque) et au Québec (dans Alibis) et j’en ai une 4eme en cours ainsi qu’un roman.

Ceci sans parler évidemment des nouvelles et albums de « Millénaire » sur qui je mise beaucoup. Cela dit, il y a des « coups » dont je suis assez fier, pour le fun comme on dit au Québec, par exemple mes deux anthos de SF européemnne « Terra SF » et « Terra SF II » publiées directement aux USA chez DAW Books il y a une vingtaine d’années ou la traduction en Chine fin 2002 de mon dernier bouquin sur les ovnis. Voilà ! Pour toutes ces questions bibliographiques, on peut toujours aller faire un tour sur ma page web (http://cf.geocities.com/gordonpacha)

Illustration de l’entretien : photographie d’Olivier Raynaud (R.D. Nolane)


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