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  Sommaire - Livres -  A - F -  Deloria : La Légende des Frahmabores




"Deloria : La Légende des Frahmabores "
de
Richard Canal

Editeur :
Mnémos
 

"Deloria : La Légende des Frahmabores "
de Richard Canal



La planète Deloria a été abordée par les colons terriens il y a quelque trois siècles. Ceux-ci ont installé trois villes sur l’unique continent, sans chercher à comprendre le mode de vie et de pensée du peuple Geyn. Ces derniers gardent le silence car ils attribuent aux mots un véritable pouvoir et ne veulent pas les manier à la légère. Ils ne vivent pas pour mourir : ils sont morts et vont vers une Renaissance, vers un Retour à l’Origine. Le continent est piqueté de plus de deux cent soixante Mornes, d’étranges dolmens qu’aucune énergie terrienne ne peut entamer.
Les Geyns s’acheminent vers la fin d’un cycle. Est-ce la raison qui les pousse à entrer en conflit avec les terriens ? Ils mènent des actions terroristes en formant un carré avec des individus et l’un d’eux formule un mot. La terre s’engloutit alors comme découpée au poinçon et rien de ce qui existait dessus ne subsiste quand la plaie se referme.
Dans un climat de fin de société, dans une atmosphère de fin de règne, trois hommes tentent, chacun à leur façon, de comprendre et de sauver ce qui peut encore l’être. Il y a d’abord Aymoric de Boismaison, l’ambassadeur terrien, le seul à avoir tenté un contact avec les populations et qui est frappé d’amnémose. Puis Gary Ulmerson, le xénologue, qui cherche à percer le secret des mornes et Derek Markis, un soldat atteint par la blègue brune et qui ira au bout d’un parcours initiatique.

Richard Canal nous offre, avec Deloria, une histoire simple mais dense et intense sur la différence et sur l’indécrassable bêtise humaine. C’est un récit illustrant on ne peut mieux les incommensurables fossés qui existent entre les humains, qu’ils soient pris individuellement, en groupe ou en peuple, les incompréhensions profondes qui naissent des cultures, des coutumes et usages, de la difficulté de comprendre les autres lorsque le mode de vie et de pensée sont autres. C’est également une allégorie sur la valeur de la vie de chaque individu, de sa relativité et du rapport à la mort. Deloria entre aussi dans la catégorie des contes philosophiques par rapport au langage, à l’importance et à la force des mots, sur la puissance de la pensée par rapport à la force physique et au déferlement technologique. Lauteur met en avant l’importance du psychisme et de la spiritualité sur la force brutale.
Richard Canal use d’une écriture profonde, ample, laissant une grande place à la description des formes et des couleurs, mettant en valeur un vocabulaire de choix agrémenté d’images justes et pertinentes, des images relevant et renforçant une richesse d’intrigue, de rapports humanistes et spirituels peu communs.

Deloria s’inscrit dans ce nouveau courant de récits où les auteurs mêlent intimement aux éléments d’intrigue les concepts de philosophes célèbres. Ainsi, après Andréas Eschbach qui fait de Sénèque une partie essentielle du dernier de son Espèce, c’est Richard Canal qui intègre les idées de Cioran, ce philosophe roumain aux choix philosophiques difficiles.
Qu’elle est donc belle cette littérature de l’imaginaire capable d’intégrer dans une trame d’aventures les courants philosophiques des plus grands penseurs et d’en faire une partie de l’intrigue ! Qu’on est loin de cette littérature logorrhéique où à longueur de volume se déversent les mêmes pensées nombrilistes, les mêmes vues étriquées d’une humanité banale qui se pense supérieure.
Ce livre, nourri de l’expérience propre de l’auteur, est aussi un texte fort qui s’inscrit comme une référence en matière de récit humaniste.

Serge Perraud

Deloria : La Légende des Frahmabores, Richard Canal, Mnémos coll. Icares, mars 2006, 384 pages, 18, 50 €






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