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  Sommaire - Films -  S - Z -  V pour vendetta (V for Vendetta)


"V pour vendetta (V for Vendetta) " de James McTeigue

 

Scénario : les Frères Wachowski
Avec : Natalie Portman, Hugo Weaving, Stephen Rea, John Hurt.
Distribué par Warner Bros.
130 mn.
Sortie le 19 Avril 2006.

Note : 10/10.

L’adaptation de la BD écrite par Alan Moore. Un choc, disons le tout de suite. Superbe, grandiose, mais surtout puissant. Pourtant, à la base, il y avait un bémol, un scénario signé des frangins Wachowski, à qui on devait le sublime petit polar « Bound » mais aussi et surtout la trilogie « Matrix ». Et là, force est d’avouer qu’à la fin, on pouvait en avoir marre de « Matrix », hein ! Mais bon, ici, ils signent le scénario, ne réalisent pas (trop fatigués par « Matrix » justement), laissant ce soin à un de leur proche collaborateur, James McTeigue. Ce qui ne signifiait pas qu’on n’aurait pas droit à des débordements monumentaux d’effets spéciaux comme « Matrix » sut si bien le faire. Hé bien non, même à ce niveau là, « V pour Vendetta » est un choc, très sain, car si Science-fiction il y a, elle serait plus minimaliste, réaliste, plus dans le style « 1984 » que « Matrix ». Ca met l’eau à la bouche, n’est-ce pas ? Alors, allons-y...
Londres, au 21ème siècle. C’est l’Angleterre qui domine le monde. Le chaos règne aux USA, le reste de la planète ne vaut guère mieux. Seule le royaume de la Couronne s’en sort an ayant érigé un pouvoir politique proche de la dictature. Et c’est au milieu du règne de cette nouvelle forme de terreur qu’apparait à la jeune Evey le mystérieux V. Caché par un masque aux traits de l’anarchiste d’un siècle passé Guy Fawkes, V a décidé de saboter le pouvoir en place, de réveiller le peuple britannique, d’exécuter tous les usurpateurs aujourd’hui possesseurs de pouvoirs pour lesquels ils n’ont aucun droit. Pour Evey, dont les parents ont été assassinés par cette raison d’Etat, V sera son libérateur, autant qu’elle sera pour lui sa seule amie, sa disciple et surtout le seul amour de sa vie détruite quelques années auparavant.
La force de « V pour Vendetta » ? Un réalisme surprenant quant à l’époque décrite, servie par la recréation minimaliste car très proche de notre temps de ce futur cauchemardesque. D’où une impression incroyable, celle de respirer enfin à un film de science-fiction par cette « saine » sensation ; les esprits chagrins traduiront cela par un côté très « cheap » du film, ce qu’il est en partie (50 millions de dollars de budget ! A notre époque, ça fait rêver pour un tel projet !). Mais ce n’est pas pour autant que le film plonge dans la médiocrité. Bien au contraire, tout le reste de sa puissance repose sur une histoire fabuleuse, passionnante, ayant pour pivot central un justicier masqué doté d’une force peu commune et d’un monstrueux désir de vengeance suite à son état actuel venu d’expériences interdites sur des cobayes humains. Et comme raison de justice, de vengeance, celle-ci est suffisamment forte et impitoyable comme celle d’Edmond Dantès dans « Le comte de Monte-Cristo » (que V se repasse en boucle, du moins la version cinématographique la plus ancienne, celle appréciée des puristes, personnellement, j’opte pour celle de Kevin Reynolds...) pour servir de nerf de guerre à l’histoire. A laquelle se greffe aussi une love-story impossible avec la jeune Evey (Natalie Portman, sublime, lumineuse comme elle ne l’a jamais été). Autre point de qualité : aucune concession par rapport au codes actuels du genre : V portera un masque, et ce jusqu’au bout, on ne divulguera jamais son vrai visage, la volonté de ne pas céder à trop d’actions qui auraient dénaturé l’essence si particulière de l’ensemble du film. Si action il ya , elle sera limitée au strict nécessaire et de façon spectaculaire. Enfin, un ton volontairement anarchiste, surprenant dans un tel projet quand on sait qu’en plus, le producteur n’est autre que le mogul Joel Silver (les « Arme fatale », la trilogie « Matrix », et bien d’autres encore). Pourtant, le message à l’encontre des USA ne fait pas dans la dentelle, encore moins celui vis-à-vis de l’Angleterre. Un ton politique surprenant, acceptable dans une bande-dessinée mais surprenante dans son adaptation cinématographique. Enfin, « V pour Vendetta » ne serait pas ce qu’il est sans un interprète principal qui a su jouer sans tomber le masque. Le choix d’un excellent acteur au profit d’une tête d’affiche n’y est pas étranger (Hugo Weaving était l’agent Smith, le bad guy des « Matrix ») mais au vu du résultat, la politique des studios semble bien avoir changé. De l’ensemble de ces qualités, rassemblées par un scénario plus qu’excellent et riche, mis en images de façon adéquate par un nouveau cinéaste qui a su capter le ton adéquat, nait donc ce qui peut se considérer à juste titre comme un des meilleurs films de cette année et dont le succès reposera surtout sur le choix du spectateur de voir enfin une adaptation fidèle et intelligente à un matériau qui se voit si souvent trahi lors de son passage sur le grand écran. Et pour ceux qui s’y immergeront, le voyage sera une expérience assez extraordinaire.

St. THIELLEMENT

L’avis d’Andrée Cormier :

Ecrit par les frères Wachowski : Andy et Larry, et dirigé pour la première fois par James McTeigue qui fut leur 1er assistant sur « The Matrix », « V for Vendetta » est tiré d’une nouvelle de 1989 illustrée par David Lloyd et écrite par Alan Moore. C’est un film qui a le pouvoir de retenir notre attention et qui est sans doute l’un des plus subversif et subtil film jamais sorti à Hollywood. Il sera sans doute, également, l’un des plus mémorables films de l’année 2006 avec sa concoction hyper bien mijotée d’intrigues politiques et de fascinantes scènes d’action...

Nous sommes en 2020 et le monde a sombré dans le chaos : les USA sont en pleine guerre civile et la pauvreté, le chômage, la famine et les épidémies prédominent.

En Angleterre où les choses semblent plus tranquilles un gouvernement fasciste et totalitaire s’est installé avec à sa tête le fasciste chancelier Adam Sutler (John Hurt) qui en échange de sa protection contre toute arme de destruction massive ou biochimique a supprimé à ses concitoyens leurs droits civils et religieux et même leur liberté intellectuelle. (Cela ne vous semble-t-il pas familier ? ?). Le couvre-feu a été déclaré et l’armée et la Police sillonnent les rues où les gens ont peur de s’aventurer. Les arrestations vont bon train et ceux qui sont arrêtés disparaissent à tout jamais... dans des centres de détention utilisés pour faire des essais d’armes biologiques !

Pourtant un homme seul, un rebelle, se dresse contre la dictature et se bat pour la liberté.. et, en dépit des efforts de la police, n’a pas encore été arrêté : Il s’appelle « V », porte un masque de porcelaine représentant le visage de Guy Fawkes le terroriste qui le 5 Novembre 1605 essaya d’assassiner le Roi James 1er et tous les membres du Parlement en tentant de faire sauter le Parlement Anglais. Depuis cet événement, ce jour du 5 Novembre est commémoré par les étudiants qui, dans la nuit du 4 au 5, brûlent Guy Fawkes en effigie... et... En cette nuit du 4 au 5 Novembre 2020, « V » sauve des mains de la Police une jeune reporter nommée Evey (Natalie Portman), la force à le suivre et sous ses yeux fait sauter « The Old Bailey Courtroom ». Puis, désireux de s’en faire une alliée il l’entraîne dans son repaire. Il est bien décidé à lui ouvrir les yeux et ceux de ses concitoyens par la même occasion, et à leur montrer, par la force d’actes terroristes si nécessaire, l’hypocrisie de leurs meneurs.

« V » est incroyablement charismatique, il est férocement doué dans l’art du Combat, à la dague ou à mains nus, et nous allons le suivre durant une année car, prenant en otage la seule station de T.V. existante, il supplie ses concitoyens de se dresser contre la tyrannie et l’oppression et leur donne rendez-vous l’année suivante pour jeter à bas la dictature.

De par son sujet, ce film socio-politique fait un étrange parallèle avec la période hitlérienne et celle de l’administration Bush : N’y a-t-il pas un contrôle total de l’information, une surveillance absolue et constante de tous les citoyens tout cela en prétextant la nécessité de les protéger ? Tout est la, même l’animateur « Star » de la T.V. destiné à manipuler les spectateurs. Nous avons droit à un examen minutieux de la condition humaine et le pouvoir engendré par la peur en est le sujet central : peur de la guerre, peur de la maladie, peur de la faim.... La peur n’est elle pas la base de la nature humaine et n’a-t-elle pas été largement exploitée depuis des centuries en tant que méthode de contrôle ? ?

Les dialogues de « V » sont graves et profonds et la superbe voix de Hugo Weaving fait parfaitement passer le message. Il fait ici un magnifique job car sa voix derrière le masque vous va droit au cœur. Il est triste et en colère mais aussi tendre et dur à la fois et, sans jamais montrer son visage, il exprime toutes les subtilités et nuances d’un être humain sacrifié, assoiffé de justice mais également de vengeance : Ce n’est pas ici une simple caricature car « V » est un antihéros en quête de liberté : ses idées sont justes mais ses méthodes sont « mauvaises ». John Hurt est un effrayant mélange de Hitler et Mr. Bush mais le rôle le plus émouvant est sans aucun doute celui de Natalie Portman qui, malgré un accent anglais parfois intermittent, nous donne là l’une de ses plus belle prestation. Nous sommes vraiment très loin de la gentille princesse Padmé de Star Wars ! !

N’oublions pas, car l’on peut dire que tous les acteurs ont été extrêmement bien choisis pour leur incontestable talent, Stephen Rea en Inspecteur bien décidé à découvrir la vérité se cachant sous le masque, et stephen Fry dans le rôle du Patron de la chaîne de T.V. dissimulant de dangereux secrets.

Les fans de « Matrix » seront certainement déçus par ce film qui est beaucoup plus un film cérébral où les caractères ont été particulièrement fouillés et explorés sans doute au détriment des scènes d’action et du CGI, mais croyez moi, lorsqu’action il y a : elle est bien là mais les prouesses techniques sont ici au service d’une œuvre intelligente et réfléchie car, au final, la question est posée : La fin justifie-t-elle les moyen et l’anarchie et la violence sont-elles parfois nécessaires pour apporter un changement ? Sans doute nos ancêtres, en 1789 auraient-ils pu répondre.

A VOIR ABSOLUMENT

Andrée Cormier



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