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  Sommaire - Films -  S - Z -  Syriana


"Syriana" de Stephen Gaghan (2006)

Synopsis

Le prince Nazir est un réformateur, il souhaite que le pétrole serve à son pays d’une manière à le construire, le développer plutôt qu’enrichir les gros producteurs. Contre lui, se retrouve de multiples intérêts unis par le besoin impérieux de détruire toute possibilité de démocratie au Moyen-Orient afin de dominer les richesses pétrolières.

L’avis de Valérie

Monter comme une sorte de docu-réalité, comme si aucun des acteurs ne jouaient un rôle, Syriana se trouve être un film diablement efficace.

Le diable, ici se cache derrière la CIA, un consortium pétrolier, un cabinet d’avocat, le département de la Justice américaine, les terroristes, un brave tâcheron des services secrets, un viel émir, l’un de ses fils veul et arriviste, un pauvre émigrant pakistanais, derrière également l’or noir puisqu’il est ici l’objet de tous les désirs, celui par qui le scandale, la mort et la ruine arrive...

Ce film a un rythme relativement lent alors que chaque idée est importante, chaque plan rejoint un grand puzzle final. La première partie est tournée comme si le réalisateur nous amenait chaque pièce de son jeu, nous la présentait puis au fur et à mesure commençait à assembler les éléments devant nous.

Le scénario est classique, rien ne surprend, mais tout est une magistrale gifle que le spectateur prend, une baffe que l’on souhaiterait rebondir sur les joues de tous ses assassins afin que cesse une grosse partie des misères de notre planète. Le film est sans espoir, il n’y a pas de rédemption, pas de bon sentiments, juste les besoins et désirs de différents groupuscules. A moins que le film lui-même porte le misérable espoir d’ouvrir les yeux de certains ?

Pour les allergiques aux problèmes sérieux et réels, on doit souligner que le film est réalisé comme un bon thriller d’espionnage et peut tout à fait se visionner dans ce sens. Ce qui désespère (et qui est le but avoué du long métrage) est que tout résonne comme vrai.

On ne peut que saluer très bas George Clooney qui a porté à plusieurs niveaux ce film sur ses épaules. Le réalisateur (Stephen Gaghan) a été le scénariste de Traffic, et on doit avouer que cela se voit. Sa direction d’acteur est excellente et l’on remarque tout particulièrement Matt Damon, Jeffrey Wright (excellent, vu dans Shaft), Alexander Siddig (DS9), mais chacun des artistes a le ton juste.

Fiche Technique

Date de sortie : 22 Février 2006

Avec George Clooney, Matt Damon, Jeffrey Wright

Durée : 2h08

L’avis d’Andrée Cormier

SYRIANA

Tout le monde le sait, George Clooney est une valeur sure à Hollywood mais aussi dans le reste du Monde et lorsque son nom apparaît en haut d’une affiche on peut être certain que les spectateurs iront dans les salles obscures... Cette fois-ci, pourtant, on peut dire qu’il a pris d’énormes risques en tournant ce films politique qu’est « Syriana » et ceux qui se plaignent depuis des années qu’Hollywood est incapable de sortir des films très élaborés et à substance politique vont, j’en suis sûre, l’apprécier.

« Syriana » n’est pas un film de fiction car le directeur et scénariste Stephen Gaghan (à qui nous devons « Traffic ») a pris comme point de départ le livre écrit par Robert Baer « N’y voyez pas le mal : l’histoire vraie d’un soldat dans la guerre de la CIA contre le terrorisme » (en anglais : See no Evil : The True Story of a Ground Soldier in the CIA’War on Terrorism).

Complexe... il explore et nous plonge dans les nombreuses ramifications de l’industrie du Pétrole impliquant la politique, l’économie et la Société et nous montre avec cynisme et sans concession la soif de ces multinationales à la recherche du pouvoir, de l’ambition et du profit.... au détriment - bien sûr - des vies humaines. Le fait est que notre Monde actuel dépend du pétrole, qu’il en a un besoin vital, que des Gouvernements sont prêts à toutes les concessions pour en avoir et qu’ils sont capables de tout pour que le robinet ne soit pas fermé !

Il nous montre également comment les agissements de multinationales sans âme peuvent « fabriquer » - sans le savoir - des terroristes islamistes en poussant au désespoir et à la révolte d’honnêtes travailleurs arabes.

Point important à noter : La densité de la narration (surtout si l’on considère que depuis pas mal de temps Hollywood s’axe sur la simplification dans tous les domaines...).

C’est donc une histoire compliquée oú se mêlent enquêtes et intrigues impliquant des pétroliers texans, des émirs du Golfe Persique, (cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ?), des terroristes Islamistes, des avocats « marrons », la CIA, Le comité de libération de l’Iran, la peur de la montée commerciale de la Chine, un missile volé et j’en passe....

L’un des personnages de ce film déclare : « La Corruption est notre protection. La Corruption nous garde sain et sauf. La corruption c’est ce qui nous permet de vaincre et de gagner. » Et bien, l’on peut dire que Syriana est exactement axé sur cette déclaration.

George Clooney, quelque peu « empâté » et barbu pour ce rôle (devrai-je dire un peu plus consistant en taille ? !) est formidable en agent de la CIA, spécialiste du Moyen-Orient coincé au milieu de toutes ces intrigues, (Il parle Farsi, a des attaches avec le Hezbollah et a même réussi à infiltrer El-Qaeda) et que ses patrons abandonnent sans aucun remords (Allons, tout le monde sait que dans ce milieu on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et malheur à celui dont la coquille est fragile !).

Matt Damon excelle en consultant financier qui vit une bien agréable vie à Genève avec sa femme et ses 2 adorables enfant mais dont la vie bascule lorsque lors d’un voyage au Moyen Orient, une terrible tragédie vient le frapper.....

A noter la magnifique prestation de Alexander Siddig (Star Trek) dans le rôle du jeune Prince Arabe Nasir, un visionnaire et réformateur voulant ouvrir son émirat au progrès, combattre la corruption qui existe a tous les niveaux et libérer son peuple.

Photographié par Robert Elswit a Dubaï et au Maroc, ainsi qu’en Europe et aux États Unis l’image donne l’impression d’une très grande mobilité...

Certains reprocheront à « Syriana » son manque d’humanité. Je pense personnellement que c’est exactement la réalité que le cinéaste désire nous montrer. C’est un brutal, profond et inoubliable regard à la déshumanisation qu’apportent l’ambition, le profit et les jeux politiques et économiques d’où ne peuvent résulter que souffrance et mort... Ici pas de possibilité de rattrapage et pas de pardon pour les perdants.

Maintenant, si vous voulez voir quelque chose de différent, si vous voulez voir autre chose que l’habituel pop-corn américain, « Syriana » est exactement ce qu’il vous faut. Pour moi c’est l’un des plus important et sérieux film de l’année 2005.

Andrée Cormier



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