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"Or not to be"
de
Fabrice Colin

Editeur :
L’Atalante (26 janvier 2002)
 

"Or not to be"
de Fabrice Colin



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Fort d’une dizaine d’ouvrages et de plusieurs prix (Ozone 1999, Bob Morane 2000, Grand prix de l’imaginaire 2000), Fabrice Colin est un passionné de cette Albion des temps jadis et nombre de ses romans a pour décor la cité londonienne. Or not to be ne déroge pas et nous entraîne dans l’univers shakespearien.


La tragédie prend forme. Au lieu de déferler victorieuse et paroxystique, elle s’insinue progressivement page après page, ligne après ligne. Tout débute avec ce jeune homme, Vitus Amleth de Saint-Ange, interné à Elisnear Manor, établissement pour malades mentaux fortunés, pour un cas d’obsession shakespearienne. Nous sommes au début du siècle et le grand docteur Freud fait des émules de par l’Europe. Vitus est soigné par Thomas Jenkins pour amnésie volontaire consécutive à un choc émotionnel. Mais le décès de sa mère Mary l’amène à quitter Elisnear. Pour Vitus l’agnostique c’est l’occasion de rapiécer les lambeaux de vie épars, de comprendre sa névrose ou du moins de mieux la vivre. La plongée dans son enfance force l’oublieuse mémoire à faire à nouveau son travail. Il se souvient de la relation fusionnelle avec sa mère, de la rivalité avec les nombreux amants de Mary, de son oncle, de Samuel Bodoth et de la visite des Midlands où lui fut ouverte, par le biais de la rencontre avec l’excentrique et cultivé Henry Hudson, la forêt. Dès lors qui de Vitus ou de William rencontre Pan, dieu d’une Arcadie mythique, non loin des vestiges d’un ancien temple romain par un après-midi pluvieux ? Théophanie salvatrice, elle procure à Vitus le moyen de s’immerger dans le réel et, tel le barde de Stratford, de composer une Tragédie fantôme, exutoire précieux d’une âme en quête d’absolu. Le temps du renouveau a peut-être sonné pour Vitus qui voue un amour platonique à Anna, rencontrée à la Grammar School de Stratford en 1915. Mais l’échec éditorial de sa pièce de théâtre le conduira au suicide.


Dans une atmosphère de surnaturel et d’initiation rédemptrice s’entrecroisent les histoires de Vitus Amleth adulte, de Vitus enfant, de William Shakespeare. Par ce Livre au lyrisme appuyé, à l’écriture tempétueuse, on semble saisi par la mélancolie, cette maladie de l’âme qui transforme et noircit ce qu’elle atteint. En apparence seulement car Fabrice Colin ne manque jamais de rappeler la fragilité de la vie, sa beauté aussi, dans une orchestration des deux forces pulsionnelles, Eros et Thanatos. En aède de la poésie pastorale, Colin célèbre le temps, les saisons, les senteurs, les bonheurs sylvestres d’autrefois et leurs échos païens. Il aime les mots, s’enivre de leur sens et de leur portée, les anime dans une sarabande au son de la syrinx de Pan, les fait gambader sur les sentes de Fayrwood.


Et s’il ne faut retenir qu’une chose de lui : le souffle brûlant d’un talentueux poète. “Tu t’en es allé seulement pour revenir sous les applaudissements”.


Or not to be, Fabrice Colin, L’Atalante, 376 p.


A. Marcinkowski






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