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  Sommaire - Livres -  A - F -  L’Enjomineur : Livre 2 - 1793 -




"L’Enjomineur : Livre 2 - 1793 - "
de
Pierre Bordage

Editeur :
L’Atalante
 

"L’Enjomineur : Livre 2 - 1793 - "
de Pierre Bordage



9,5/10

Pierre Bordage caressait, depuis de nombreuses années, le projet d’écrire un livre sur sa région natale, sur ses racines. Une partie de ce projet voit le jour avec L’Enjomineur, une fresque en trois volumes, qui s’inscrit entre la Vendée et Paris, dans la période la plus intense de la Révolution Française, entre 1792 et 1794. Il mêle rigueur historique, monde magique et féerique, religion et raison issue du Siècle des Lumières, dans un contexte où les tenants des uns et des autres s’affrontent.

Après 1792, le premier volet qui nous a permis de faire la connaissance des deux principaux héros de la saga, de l’entourage qui les conditionne, de l’environnement dans lequel ils évoluent et de celui vers lequel ils vont être entraînés, l’auteur aborde une nouvelle partie qui débute en janvier 1793, avec pour toile de fond, la condamnation et l’exécution de Louis XVI.

Émile, dit Milo, a quitté le monde magique qui l’avait pris en charge. Il a sauté du cheval enchanté qui l’entraînait vers le lieu d’exécution de la mission confiée par la fée Mélusine. Depuis, il erre dans les bocages, vidé, essayant de revenir vers ce qui avait fait sa vie jusqu’alors et vers Perrette la femme disparue de sa vie.
Cornuaud, nommé Belzébuth pour son attitude lors des Massacres de Septembre, sort de la prison de la Conciergerie avec un marché. Il doit s’intégrer, grâce à ses relations avec le marquis d’Ambert, dans le groupe qui complote pour libérer le Roi.

Et Pierre Bordage nous entraîne sur les traces de l’un et l’autre, suivant leurs aventures croisées, participant aux rencontres qui enrichissent leur parcours.

Émile, finalement, rejoint Norbert et ses loups, mais ne peut empêcher leur meurtre. Toujours muni de la dague enchantée, confiée par la fée, il suivra les dernières recommandations de son maître et chevauchera, alors, jusqu’à Paris.
Cornuaud est toujours habité par la sorcière noire. Celle-ci devient de plus en plus forte et de plus en plus exigeante. Elle transforme son porteur en un serial killer et exige son lot de sang. Cependant, celui-ci représente une goutte par rapport aux flots répandus par les luttes pour le pouvoir et les vengeances personnelles.
Et toujours omniprésente, l’ombre de Mithra, du Père des Pères dont l’influence sur les événements se fait chaque jour plus pressante, plus précise.

Loin des portraits convenus et de l’idéalisation qui sied à l’implantation durable et bénéfique des événements dans l’esprit des gens, Pierre Bordage fait une description sans fard de la réalité. Et cela passe par la saleté, la bassesse, la bêtise et l’épanouissement du vice et du crime, l’accès des médiocres aux rênes du pouvoir. Il a su percevoir, au-delà des faits historiques, le climat de l’époque, l’atmosphère qui régnait et anticiper avec finesse et justesse sur les attitudes humaines et les situations engendrées dans un tel maelström, dans une période de telles mutations.
Il est vrai que l’auteur ne nous épargne pas les descriptions sanglantes et que le sang coule à flots dans les pages. Mais n’est-ce pas le reflet habituel de ces périodes où la dignité et la vie humaine n’ont guère de prix, où seules les violences, les tortures et la mort prévalent face aux déchaînements des passions et des ambitions. Dès lors que les structures en place, bonnes ou mauvaises d’ailleurs, sont remises en cause, c’est la porte ouverte à tous les appétits et donc à toutes les bassesses. Certes l’humanité ne sort pas grandie de tels récits. Pierre Bordage, à travers sa galerie de personnages dresse le catalogue de tout ce qu’une société peut générer de profiteurs. On retrouve, ainsi, les « grands discoureurs », les donneurs de leçons qui reprochent aux autres de ne pas être face à l’ennemi, mais qui restent bien à l’arrière, à l’abri de tout danger.

L’auteur illustre fort bien le manichéisme de cette époque charnière, aboutissement du siècle dit des Lumières, qui se heurte, à la foi religieuse et aux croyances païennes. Ne nous convie-t-il pas à une lutte entre croyances, un duel entre un fils de fée et un possédé par une sorcière vaudou ? N’est-ce pas la lutte de Mélusine contre le Vaudou ?

On peut regretter que Pierre Bordage n’ait pas découpé son récit en des chapitres plus courts, sachant que chacun d’entre eux est illustré par un crayonné de Vincent Madras. Celui-ci avoue que ce n’est pas là son exercice préféré. Mais, il faut admettre que forcer parfois son talent donne d’excellents résultats.

1793 confirme toutes les qualités de 1792. C’est une magnifique relation d’une page d’histoire avec ce qu’il faut de fantastique pour accompagner de tels événements, par un conteur d’exception.

Serge Perraud

L’Enjomineur : Livre 2 - 1793, Pierre Bordage, L’Atalante coll. La dentelle du cygne, octobre 2005, 410 pages, 19,50 €






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