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"Le Prix Atlantis"
de
Willy Deweert

Editeur :
Desclée de Brouwer (10 octobre 2001)
 

"Le Prix Atlantis"
de Willy Deweert



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Terrible idée de départ : un éditeur lance un concours littéraire : terminer la fameuse phrase qui conclut le Critias de Platon, lorsque Zeus annonce le châtiment promis par les dieux aux Atlantes orgueilleux. Six lauréats sont couronnés. Deux d’entre eux se voient brusquement assassinés, puis un troisième. Ainsi commence, sur les chapeaux de roues, le nouveau roman de Willy Deweert. Suit une enquête, naturellement qui, à partir de simples interrogations, débouchera sur une quête menée par deux lauréats, Morgane Delcourt et Zoltan Boukovsky. Ce dernier est l’auteur de L’ivraie, roman primé décrivant une sphère étrange, pouvant symboliser... l’Enfer. Les rejoint Doris, une policière inquiète, intello et lesbienne. Après l’exposition, une seconde partie nous fera, par les voix respectives de ces trois protagonistes, découvrir une vérité bien étrange. Les meurtres ont peut-être été commis par une secte d’illuminés, mais l’histoire semble couvrir un domaine spirituel bien plus vaste, celui de la lutte séculaire entre le Bien et le Mal, entre Dieu et Satan. Mené par deux croyants et deux agnostiques, le combat paraît inégal. L’on basculera ensuite dans la SF, avec intervention d’univers parallèles et de voyages temporels, pour culminer par... une belle histoire d’amour et un repli heureux en Toscane avant la surprise finale.


Roman très original donc, mais inabouti, crois-je, par rapport aux deux précédents succès de Willy Deweert, Les Allumettes de la Sacristie et Mystalogia (chez le même éditeur), lesquels traitaient également de questions spirituelles sous forme de thriller. Sans aucun doute, Deweert est un homme de notre temps, inquiet, branché sur l’écologie, l’appauvrissement religieux et intellectuel ou l’impact d’Internet. L’ennui, c’est qu’il le fait un peu trop sentir. Le roman est continuellement interrompu par de longues digressions philosophiques, passionnantes certes (un exemple : “Je crois à nouveau en Dieu. Mais plus du tout comme autrefois, dans le cadre d’une religion. Comme ça sans dogmes ni commandements. Une foi à l’état brut. Sans passeport pour le paradis. En voyageuse clandestine”., p. 247), mais ralentissant l’action. Cette hésitation entre roman et essai perturbe la ligne dramatique, ce que l’auteur a dû ressentir, vu les fréquents résumés des événements. Ces interventions théoriques donnent l’impression que le roman n’est qu’un canevas dans lequel l’auteur coule ses idées. C’est un peu dommage car Deweert a d’excellentes intuitions sur nos mœurs actuelles, et un regard d’une grande et profonde acuité sur nos problèmes existentiels. Mais il les expose trop, au détriment non de sa logique, mais de l’agrément de l’action. Il est un beau romancier, aimant et ressentant intimement ses personnages : les trois héros sont merveilleusement vécus et leurs détresses, leurs doutes (une belle constante de l’auteur) sont douloureusement exposés. Tout le problème de Deweert est là : comment réconcilier l’épaisseur humaine de ses personnages avec l’urgence philosophique des questions qu’ils se posent ? Et c’est là également l’essence de ce très beau livre.


Le Prix Atlantis, Willy Deweert, Éditions Desclée de Brouwer, 431 p.


Bruno Peeters






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