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  Sommaire - Interviews -  Anne Duguël/Gudule


Interview de Anne Duguël/Gudule
Par Par Serge Perraud

Dernier ajout : samedi 10 avril 2004

"Anne Duguël/Gudule"

Anne Duguël-Gudule fait partie de ces auteurs qui réalisent une œuvre conséquente et de qualité sans tapage médiatique outré ou malsain. Entrée en écriture dès sa plus tendre enfance, elle commence par le journalisme avant de se consacrer au roman, voilà une quinzaine d’années.


Depuis elle instille son talent, tant dans les collections pour jeunes, sous le nom de Gudule, que dans celles destinées aux “adultes”.


Anne Duguël, c’est Blanche-Neige qui mange le cœur de la méchante Reine. Gudule, c’est Candy qui étripe le Grand Méchant Loup.


En effet, l’auteur propose un fantastique qui plonge ses racines dans l’enfance, ses peurs et ses angoisses et dans les dysfonctionnements psychiques de l’être humain. Et Dieu sait s’il y a matière dans ces domaines !


Elle nous invite à des immersions profondes dans l’inconscient, dans le tréfonds de l’âme, là où se mitonnent toutes les horreurs cachées de la nature humaine. Elle sait nous promener sur les chemins de la terreur et de l’horreur à travers les circonvolutions des psychoses et autres déviances.


En décodant les contes de fées et les comptines, elle met en scène les peurs et l’angoisse qui transparaissent dans ses textes. Ses livres expliquent enfin les cauchemars récurrents qui ont glacé notre enfance. Mais ces contes sont-ils si éloignés de nous ? Les dangers de la forêt du Petit Poucet ne se retrouvent-ils pas dans certaines de nos villes et le Grand Méchant Loup n’est-il pas “avantageusement” remplacé par ces pédophiles et ces pères incestueux ?


Mais à côté de La Baby-sitter, un livre particulièrement fort, elle offre des échappées dans un fantastique très poétique comme La Bibliothécaire, un texte remarquable sur la lecture.


Anne Duguël-Gudule est-ce facile d’écrire pour un public “jeunes” et “adultes” en passant constamment de l’un à l’autre ?



En fait, je n’écris pas pour un public ou un autre, j’écris, point. Que certains thèmes touchent plus les jeunes et d’autres les adultes est, à la limite, secondaire. Quel que soit l’âge des lecteurs auxquels s’adressent mes livres, ils sont, avant tout, les miens. Ils reflètent mes préoccupations et j’y mets une égale passion (un livre écrit sans passion est pour moi inconcevable). J’ai toujours pensé que le clivage entre la littérature jeunesse et la littérature adulte était basé sur un malentendu. Comme si le “ jeune ” et l’“adulte ” étaient d’essences différentes, alors qu’ils ne sont que la continuité l’un de l’autre. Le temps ne modifie pas les individus. Tout au plus, les années enrichissent-elles notre vocabulaire, affinent-elles nos concepts... et nous volent-elles un peu de notre naïveté. C’est la raison pour laquelle, dans mes livres destinés aux “ grands ”, le texte est plus élaboré, plus complexe... et un peu plus pervers !


Presque tous vos sujets se rattachent à l’enfance. Est-ce pour vous LA période importante de la vie ?


En effet, mes romans puisent leur substance dans mon imaginaire d’enfant. Du plus loin que je me souvienne, tout était déjà là : les émerveillements, les révoltes, les angoisses, les émotions dont se nourrit aujourd’hui mon inspiration. Quoi d’étonnant, dès lors, que l’enfance soit au cœur de mes livres ?


Il y aussi une chose au monde qui me met hors de moi, c’est l’abus de pouvoir sous toutes ses formes. Or, deux catégories d’êtres, de tout temps, sous toutes les latitudes et sous tous les régimes, ont été en butte à cette abomination : les enfants et les animaux, éternelles victimes du sadisme ordinaire... Du coup, on les retrouve dans quasiment tous mes livres – qui sont toujours plus ou moins dénonciateurs.


Ces sujets qui traitent des peurs et des angoisses sont-ils difficiles à mettre en scène ?


Non, la peur et l’angoisse sont tellement liées à la condition humaine qu’il suffit, pour les mettre en scène, de s’observer soi-même. Les peurs et les angoisses de mes personnages sont MES peurs, MES angoisses. Bâtir une histoire autour de ce qui nous hante, c’est l’enfance de l’art !


Pourquoi rechercher dans le quotidien des êtres, dans leurs pulsions, dans leurs terreurs ?


Je crois qu’il n’y a pas de plus grande peur que celle que nous portons en nous, en permanence, à l’état endémique. Tous les ferments de l’épouvante se trouvent dans notre quotidien : nos cauchemars, nos traumatismes, nos vertiges intérieurs, les pièges de notre mémoire ; notre impuissance devant le temps qui passe, la maladie, la dégradation, la mort... Par bonheur, nous avons également une fabuleuse faculté d’oubli et une inextinguible soif de bonheur, ça compense un peu. Les voilà, les gouffres, les abîmes dans lesquels plongent mes personnages ! Ils sont d’une banalité !


La journaliste transparaît-elle dans la romancière par le choix d’actualité des sujets : la pédophilie, Alzheimer... ?


Peut-être... Exercer, durant des années, le métier de journaliste, rend analytique. On est en prise sur la réalité, une certaine actualité... Quand la peur prend racine dans ce terreau plutôt que dans le fantasme pur, il est évident qu’elle est beaucoup plus percutante ! Et, surtout, qu’elle trouve des échos dans le vécu des lecteurs...


Et la folie... ?


La folie ? Oui, c’est, je crois, mon sujet de prédilection. Les incursions dans la schizophrénie, la paranoïa, le dédoublement de personnalité... – ces dérapages que la société redoute plus que tout et devant lesquels elle est tellement désarmée. Un être hors normes, sans barrières, sans repères, livré à ses démons intimes, qu’y a-t-il de plus effrayant pour les autres... et pour lui-même ?


La réédition de La Baby-sitter est annoncée aux Éditions Naturellement. Ce livre est-il né de la peur d’une mère de confier ses enfants à une inconnue ?


En fait, je suis partie des contes de fées qui, depuis des siècles, terrifient les bambins avec la bénédiction des adultes. On s’y gargarise de “dévoration”, d’inceste, de viol, d’assassinat, de torture... C’est aberrant, si on y réfléchit ! (Et assez risible quand, parallèlement, on voit la frilosité de nos bons-zéditeurs-pour-la-jeunesse !). J’ai donc imaginé un huis clos où trois êtres adorables fermenteraient lentement, sous l’effet de ces récits effroyables. Jusqu’à l’atrocité absolue...


Quelle lecture des contes et des comptines !!!


J’adore les contes. J’en ai même écrit chez Nathan : Contes et légendes de la peur et Contes et légendes des fées et des princesses. Un de mes prochains romans a pour thème la légende arthurienne (traitée ou plutôt maltraitée, à ma façon !). C’est d’ailleurs la perversité des contes qui me les fait apprécier de la sorte : ils sont du concentré d’humain. Tout en paradoxes, en contradictions et en méandres... Comme nous, quoi !


Quant aux comptines... Ce n’est pas un hasard si nombre de mes romans en sont truffés !


Votre nouveau roman chez Flammarion, La mort aux yeux de porcelaine, bien que pour “adultes” est signé Gudule. Est-ce une fusion ? Qui rejoint l’autre ?


Ce n’est pas moi qui ai décidé de signer La mort aux yeux de porcelaine de mon pseudo jeunesse. C’est une exigence de l’éditeur, pour des raisons de marketing. Mais je ne m’y suis pas opposée. Brouiller les pistes fait partie de mes nombreux vices... En ce qui concerne la fameuse “ fusion ” à laquelle vous faites allusion, il ne faut quand même pas oublier que mon premier roman adulte, Et Rose elle a vécu, paru il y a une quinzaine d’années chez Denoël, était signé Gudule !



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