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  Sommaire - Livres -  A - F -  L’Ambulance, Les Semeurs d’abîmes, Intégrale Brussolo n° 11 et 12




"L’Ambulance, Les Semeurs d’abîmes, Intégrale Brussolo n° 11 et 12 "
de
Serge Brussolo

Editeur :
Vauvenargues
 

"L’Ambulance, Les Semeurs d’abîmes, Intégrale Brussolo n° 11 et 12 "
de Serge Brussolo



9,5/10

Ces deux romans se basent sur une idée similaire, mais l’auteur en développe les conséquences sur des populations différentes. On peut affirmer que l’un est la suite de l’autre, même si le second ne fait pas référence au premier en tant que tel et qu’ils ne sont pas publiés dans l’ordre dans la présente intégrale. En effet, Les Semeurs d’abîmes contient en germe l’autre volet lorsque Lise, l’héroïne déclare : « Si l’épidémie migratoire commençait à se transmettre... on verrait... des millions d’hommes, de femmes, se jeter sur les routes sans but précis ! Ce serait la fin... de toute société ! »
De quoi s’agit-il ? De la folie migratoire ! Serge Brussolo imagine un nouveau virus qui pousse les êtres vivants à se déplacer sans cesse, à vivre sur la route. Dans Ambulance, il contamine des humains et dans l’autre, des mutants.

Le point de départ des Semeurs d’abîmes (paru en septembre 1983) est la nouvelle mode du tatouage mobile. Celui-ci se déplace selon son bon plaisir sur tout l’épiderme du tatoué. L’encre qui sert à sa réalisation provient de la sueur d’une population mutante placée sous bonne garde. Mais elle se révèle toxique au point de tuer par perforation. Aussi, imaginez l’affolement des gardiens lorsque ces mutants sont saisis, comme les autres êtres vivants de la réserve, par le besoin irrépressible de migration. Leur sueur transforme le groupe en une citerne d’acide et tout ce qu’ils touchent est endommagé ou détruit. La jonction entre les deux sujets est faite par Lise, une ancienne tatoueuse, elle-même contaminée, qui cherche l’anti-poison.
Ambulance, qui a été publié en janvier 1985 sous le titre surprenant de Ambulance Cannibale non identifiée (un superbe hommage aux surréalistes) reprend l’idée de la migration pour l’appliquer à l’homo sapiens basique qui quitte tout pour se répandre en longues colonnes sur les routes et déambuler sans fin.
Jane, l’héroïne de ce roman, a perdu sa place dans la police. Depuis, elle a été conductrice d’immeubles et se retrouve engagée pour piloter une ambulance-hôpital chargée de suivre les marcheurs. L’équipe médicale qui l’accompagne récupère les blessés, les malades et les épuisés que la colonne laisse derrière elle.
Mais est-ce vraiment une ambulance ? Les marcheurs en ont peur. Ils la combattent, tendent embuscades et pièges pour détruire le véhicule, car on affirme, dans les groupes, que c’est un four crématoire sur roues.

Serge Brussolo explore, en deux fois, le thème de la folie migratoire. Il imagine, avec la rigueur et la fantaisie qui le caractérisent, toutes les implications d’une telle maladie. Il invente, à partir d’un mode de vie pourtant répandu par le monde, une civilisation de la
marche plus vraie que nature. Il en exploite toutes les possibilités. "C’est une révolution passive, une guerre sans armes qui fait s’écrouler notre société. Plus de racines, de bases, le changement perpétuel". En effet, tout le monde est sur la route, tout le monde marche. Plus personne ne cultive, ne fabrique, ne produit. La civilisation agraire et industrielle s’effondre, puisque basée sur la sédentarité.

Si, dans Ambulance, l’auteur reprend pour le fonctionnement et l’organisation de la colonne, toutes les méthodes sectaires, dans Les Semeurs d’abîmes il s’attarde sur les raisons de l’immobilisme, la structuration d’un tel mode de société. Le Territoire des ponts est une merveille dans son genre avec ces tribus qui habitent des structures fragiles cramponnées à de gigantesques viaducs qui dominent des zones marécageuses particulièrement corrompues. L’auteur se régale à décrire un univers rongé par l’humidité, par des mollusques, où chaque instant est une bataille pour survivre. (Au vrai sens du terme)

Le profil des héros correspond à celui que Serge Brussolo met en scène habituellement : des individus en situation de précarité sociale, des personnes dont l’avenir est plus qu’incertain. Ainsi, David est assistant-zoologue. Il a un emploi, certes, mais il comprend qu’il est sur une voie sans issue à exécuter une mission absurde qui n’intéresse personne. (Essayez d’être motivé dans de telles conditions !) Lise sait que tôt ou tard l’encre de son tatouage la tuera.

Ce roman, comme toute la série écrite entre 1982 et 1986 d’ailleurs, a ce ton jubilatoire qui transparaît lorsque l’auteur a toute liberté de création. Ces textes débordent d’un trop plein
d’énergie. On ressent la force d’inspiration, presque la rage, qui animait l’auteur. Les pages crépitent, saturées d’idées, d’images et vous transmettent toute la puissance du récit.

Serge Perraud

L’Ambulance, Les Semeurs d’abîmes, Intégrale Brussolo n° 11 et 12, Serge Brussolo, Vauvenargues, juillet et septembre 2005, 222 et 224 pages, 6 € le volume






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