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  Sommaire - Interviews -  Laurent Genefort


Interview de Laurent Genefort
Par par Christophe Corthouts

Dernier ajout : samedi 10 avril 2004

"Laurent Genefort"

Tout le monde le savait, tout le monde l’attendait. Enfin, quand on dit tout le monde : le monde de la SF française s’entend. Dans le trio de tête parmi les auteurs les plus prometteurs de la “nouvelle génération” Fleuve Noir, Laurent Genefort s’est forgé une réputation de solide raconteur d’histoires tout au long des années quatre-vingt-dix. Depuis Le Bagne des Ténèbres son premier roman, il allie avec intelligence l’humain, la technologie, les délires biologiques et un sens du spectacle que lui envieraient bon nombre de scénaristes hollywoodiens. Après la disparition de la collection Anticipation au Fleuve, on attendait le sieur Laurent sur une plus longue distance. Après un “remake” (Les Opéras de l’Espace) et un galop d’essai (Une Porte sur l’Ether), le voilà qui entre, auprès des plus grands, dans la collection Millénaire, chez J’ai Lu, avec Omale. Genefort passe à table... Dans SF MAG, cela va sans dire !


Omale, c’est un projet que vous mûrissez depuis un certain temps ou la demande de J’ai Lu a créer le roman ?



Je pense à Omale depuis cinq ou six ans, je ne sais plus vraiment. Avec Arago, j’étais resté sur ma faim et je m’étais rendu compte, à l’époque, que je n’avais pas les épaules pour un projet d’envergure. C’est pourquoi j’ai attendu longtemps avant de me mettre à Omale. C’est la proposition de Marion Mazauric de me faire travailler pour Millénaires qui m’a décidé à sauter le pas. Sans elle, je suppose qu’Omale serait encore dans les cartons...


Depuis vos débuts, les extraterrestres étaient totalement absents de vos romans. On pouvait deviner que les créateurs des Portes de Vanks ne provenaient pas d’une civilisation humaine, mais à part cela, silence radio... Pourquoi ?


J’ai souvent été déçu par le traitement des E.T. dans les romans de SF. Humains, trop humains – ou ramenés à des éléments de décors. Aussi, je les ai longtemps exclus de mes histoires... jusqu’à Omale, où je me suis senti prêt à le faire. Je n’imagine pas mettre en scène une espèce extra-humaine sans sa biochimie particulière, sa morphologie, son langage et sa psychologie, voire ses mythes... Le cycle d’Omale permettra de développer tous ces aspects comme ils le méritent.


Omale fait partie d’un cycle : est-ce devenu une logique incontournable en SF ?


Ou la recherche nécessaire pour bâtir tout cet univers appelle vraiment d’autres œuvres.


Ce n’est ni une règle ni une logique, mais un simple choix personnel. Je pense que pour développer vraiment un univers tel que je le conçois, il faut avoir une vue à long terme. Particulièrement dans le cas d’Omale, où l’une des caractéristiques principales est la démesure. Mais ce qui est vrai pour moi ne l’est pas pour les autres auteurs !


Votre manière de travailler pour Omale était-elle différente de votre manière de travailler pour les bouquins du Fleuve ?


Ma façon de travailler en elle-même n’a pas changé. Simplement, et ce n’est un secret pour personne, le travail éditorial du Fleuve Noir était quasiment inexistant. Avec Jean-Claude Dunyach comme directeur d’ouvrage sur Une porte sur l’éther, j’ai expérimenté un véritable retravail sur le texte. Cela a été complètement nouveau pour moi – et très enrichissant.


Après une reprise spectaculaire dans les années quatre-vingt-dix, on a l’impression que paradoxalement, l’arrivée des années 2000 sonne le ralentissement de la production SF francophone... Vous croyez que l’on se dirige vers un nouveau creux de la vague ?


Je l’ignore, mieux vaut poser cette question à Serge Lehman ! Quant à moi, je n’ai pas l’impression que la SF soit encore parvenue à restaurer tout son potentiel de lecteurs. Les textes qu’elle produit sont souvent excellents, mais elle manque toujours cruellement d’image médiatique : tout le contraire de la littérature générale, quoi !


Dans la même logique que la question précédente, on a vu la disparition de la collection Anticipation du Fleuve Noir, un véritable vivier de nouveaux talents. Comment expliquez-vous cette disparition ?


La fin de Fleuve Noir poche procède de cette logique où les auteurs de SF d’aujourd’hui paient l’irresponsabilité d’hier. Depuis des années, Fleuve Noir pousse les auteurs dehors. L’arrivée de Béatrice Duval n’en est que l’aboutissement. Fleuve Noir est devenu ce que fut naguère Vaugirard : l’exploitation de licences déclinées en séries. Cela semble être la logique du groupe éditorial auquel appartient Fleuve Noir.


Sans le soutien de “ vraies ” collections populaires et bons marchés, vous croyez que la SF ne va pas droit dans le mur ?


Soyons francs : Fleuve Noir n’offrait plus de “ vraie ” collection populaire depuis plus de dix ans. La collection ne se vendait plus et la nouvelle direction n’a fait qu’épurer les comptes en la supprimant. La question ne se pose donc pas dans ces termes. Quant à la SF française, elle intéresse toujours certains éditeurs pour une raison simple : un livre écrit en français fait l’économie d’une traduction. C’est cynique, mais c’est une réalité – et ces éditeurs ont au moins le mérite de laisser des portes ouvertes aux auteurs.


Les barrières entre les genres, SF, polar, horreur, fantastique, ont tendance à s’estomper. Vous êtes pour ou contre ce mélange ?


Je ne me pose pas la question en ces termes. Si un auteur souhaite le faire, pourquoi pas ? La fusion (ou l’intersection) des genres a déjà produit des œuvres remarquables. Mais en faire un mouvement, c’est-à-dire l’imposer de l’extérieur aux auteurs, c’est inepte ! Cela doit rester une démarche individuelle – et je ne vois pas beaucoup d’auteurs se laisser dicter une quelconque conduite littéraire. En ce qui me concerne, j’aime lire des ouvrages borderline, mais en tant qu’écrivain, je suis très à l’aise dans la SF et je me revendique comme auteur de genre. Tout ce qui compte, c’est que le livre soit bon !


Omale a été repoussé plusieurs fois... Ou annoncé trop tôt ?


Les deux. Il a été annoncé trop tôt, mais c’était pour la bonne cause : j’ai préféré prendre mon temps plutôt que de rendre un travail bâclé.


Quelle est la question que personne ne vous a jamais posée, mais à laquelle vous rêveriez de répondre ?


La question : “ Puisque tu écris de la science-fiction, alors tu crois aux Ovnis et à la parapsychologie ? ” La réponse : [Censuré]



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