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  Sommaire - Livres -  A - F -  La Nuit du Jabberwock




"La Nuit du Jabberwock "
de
Fredric Brown

Editeur :
Terre de Brume
 

"La Nuit du Jabberwock "
de Fredric Brown



Une autre critique de ce livre est publiée dans le N° 45 de sfmag disponible en kiosque à partir du 22 août

9,5/10

L’œuvre de Fredric Brown se caractérise par un univers où règne une logique délirante, proche de celles des cauchemars, par un humour noir, par l’art de la chute porté à la perfection et une critique sociale de la société américaine. Il est l’auteur de trente romans et de deux cent soixante et onze nouvelles, publiés entre 1938, édition de sa première short-story et 1972, date de sa mort à Tucson en Arizona. Et, dans cette œuvre, La Nuit du Jabberwock tient une place particulière.

Doc Stoeger est le Rédacteur en Chef et le seul journaliste du Carmel City Clarion. Ce jeudi soir, le bouclage se fait de bonne heure, dans la tristesse habituelle. Il n’y a pas une seule « véritable information » dans cet hebdomadaire local. Il doit faire la Une avec un divorce et la vente de charité de l’église baptiste locale. Mais catastrophe ! Cette vente est annulée. Ecœuré, Doc se rend chez Smiley, le bar situé en face des bureaux du journal. Après quelques verres, il achète une bouteille pour étancher sa future soif et rentre chez lui. Confortablement installé, ce spécialiste de Lewis Caroll et de son œuvre s’apprête à passer une soirée de lecture en vidant consciencieusement sa bouteille, dans l’attente hypothétique d’un ami pour une partie d’échecs. Aussi, quand la sonnerie de la porte d’entrée retentit, il est surpris par le visiteur, un parfait inconnu qui cependant connaît son attrait pour Caroll et cite les ouvrages et articles rédigés en d’autres temps par Doc. La nuit bascule alors. Il va être le témoin et l’acteur de plus d’événements qu’il n’en a mis sur la Une depuis vingt ans. Mais alors qu’il rêve à l’édition grandiose qu’il va pouvoir enfin sortir, les événements s’effilochent, leur réalité se délite... Pourtant, la nuit n’est pas finie, tant s’en faut !

Avec La nuit du Jabberwock, Fredric Brown signe une fantaisie débridée, un des premiers romans policiers à intégrer le fantastique, ... et pas n’importe lequel ! Cependant, si le côté loufoque semble l’emporter, l’intrigue est construite de façon très précise et la structure du livre est sans faille. L’action s’étend sur une nuit et mêle donc une intrigue policière et les grands thèmes qui fondent les chefs d’œuvre de Lewis Caroll. Un Lewis Caroll dont il fait un personnage à travers nombre de références et le recours à certains « emprunts ». C’est dans ce livre que l’on trouve les célébrissimes : « Département des chandelles romaines et Les Lames vorpales. ». L’auteur, qui présente ainsi le patron du journal : « Doc Stoeger, cinquante-trois ans, raté de génie et comme héros, et comme journaliste », joue sur différents niveaux de fiction et d’humour. Il nous propose le « looser » absolu qui noie une vie de banalité dans le whisky. (Ce liquide coule à flots tout au long de l’action !) C’est pourtant un portrait d’une réalité poignante, inspiré sans doute de journalistes côtoyés, lorsque l’auteur corrigeait les épreuves du Milwaukee Journal. Mais sous un aspect farfelu, l’auteur assène vérités et remarques sur la société qui l’entoure, sur la déontologie qui devrait, (déjà, encore et toujours) guider la presse, ce choix entre la réserve et le sensationnel quelles qu’en soient les conséquences, l’importance des faits et leur relativité par rapport aux individus, par rapport à une situation, etc. C’est aussi la description sans concessions d’une autre face du journalisme, à travers ces journaux locaux qui représentent une part importante de la presse. Le mérite de Brown est aussi d’avoir osé faire un antihéros à la fois si piteux et grandiose dans le commun et qui trouvera...
Un livre à redécouvrir en priorité pour la qualité de son écriture et la satire d’une réalité quotidienne.

Serge Perraud

La Nuit du Jabberwock, Fredric Brown, Terre de Brume coll Terres Mystérieuses, juin 2005, 190 pages, 17 €






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