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  Sommaire - Livres -  A - F -  La Maison des Murmures




"La Maison des Murmures "
de
Serge Brussolo

Editeur :
Plon
 

"La Maison des Murmures "
de Serge Brussolo



9/10

Depuis quelques années, Serge Brussolo passe plus de temps à adapter l’intrigue de ses anciens romans pour un public jeune, qu’à l’écriture de nouveaux livres pour un public « adulte ». Aussi, la parution d’un nouveau thriller fantastique du Maître de l’angoisse est-elle à suivre avec intérêt.

L’intrigue de La Maison des Murmures, qui se déroule dans le milieu du cinéma hollywoodien en 1963, plonge ses racines dans les années 30. Sarah est mutilée depuis qu’elle a failli brûler vive dans l’incendie de son appartement, il y a une dizaine d’années. Depuis, elle a repris la clientèle de Timothy Zane, un accessoiriste retraité devenu son tuteur à la mort de sa mère, une starlette retrouvée vidée de son sang. Elle est obnubilée par le drame. Elle a du mal a finir ses fins de mois, mais elle économise sou à sou pour payer l’opération de chirurgie esthétique qui gommera les terribles traces de brûlure et lui reconstituera un buste. Aussi, quand Adrian West, un richissime collectionneur qui reconstitue l’original des scènes violentes ayant entraîné la mort de vedettes comme James Dean, Marilyne Monroe..., elle n’hésite pas longtemps malgré les risques évidents. En effet, celui-ci veut récupérer le magnétophone sur lequel travaillait Rex Feinis et son metteur en scène quand se produisit le tremblement de terre qui ravagea Beverley Hill, fit s’effondrer la villa et causa leur mort. Ce magnétophone est parmi les gravas entassés dans des conteneurs géants cachés en plein désert. Elle prépare son expédition et commence à poser des questions sur Rex. Et, peu à peu, émerge l’image d’un monstre, d’un serial killer d’une trempe spéciale, d’un déséquilibré vicieux. Peut-elle remuer le passé sans risques ? N’y a-t-il pas trop de gens encore impliqués ? La star est-elle bien morte ? ...et Sarah n’est pas au bout de ses surprises !

Serge Brussolo revient sur la période des années 60, à l’heure où l’industrie du cinéma, qui a connu son âge d’or, marque le pas. Avec quelques éléments de base sur l’histoire hollywoodienne, il concocte un acteur mythique qui voit sa gloire s’effriter. Il crée, alors, toute une série de confidences par des anciens témoins qui ont côtoyé Rex. Il fait intervenir des personnages qui racontent, avec la peur au fond des yeux, des faits, des impressions qui, bien sûr, se contredisent et entraînent menaces et imprécations. Il mêle danger physique, moral et surnaturel. Ainsi, il installe une pression psychologique sur son héroïne (et sur le lecteur !) avec des informations étranges sur les fantômes qui peuplent Hollywood, le meurtre d’un vieil escrimeur qui affirme que le sang de Rex n’était pas humain, avec des menaces de mort de Grégory, un universitaire déjanté et son équipière, qui lui annonce que des paris se prennent sur l’expédition et que ceux-ci sont négatifs. De plus, Sarah apprend, « par hasard », que trois équipes ont déjà été financées par Adrian West et qu’elles ont disparu.

L’auteur excelle dans l’art de masquer la nature des individus. Il dispose, ainsi, de personnages qui ne sont pas tels qu’ils paraissent ou se disent et lui permettent de faire rebondir le suspense et l’angoisse.
Il utilise, de façon novatrice, l’idée assez ancienne selon laquelle, des dieux, des entités ou des personnages de fiction ne vivent et ne prospèrent que par le flux engendré par la pensée des fidèles, par le courant des prières de tout un peuple. Si le nombre de fidèles vient à diminuer, le flux s’étiole et les dieux s’affaiblissent, pouvant aller jusqu’à la disparition pure et simple.
Dans La Maison des Murmures on retrouve les thèmes fétiches de l’auteur comme la mise en avant, comme élément de contrainte, d’un des éléments fondamentaux. Ici Serge Brussolo revient sur le feu, la chaleur. Il revient également sur la torture des corps, sur leur matérialité et ce sont de grands moments de lecture que ces pages où ...(Mais je ne veux pas vous dévoiler toute l’intrigue !) Nombre de ses personnages souffrent de malformations accidentelles ou volontairement subies. Il dresse ainsi une galerie de monstres du plus bel effet.
Le romancier se laisse même aller à l’humour, presque à l’autodérision en qualifiant ainsi : « C’était très niais et charmant. » un film où une petite fille, tombée dans le coma, se réveillait dans un monde enchanté dont elle était princesse, mais qu’un complot avait écartée du trône.

On peut se rassurer ! Serge Brussolo n’a pas « perdu la main » en ce qui concerne la mise en œuvre et le développement d’intrigues où il se joue du lecteur, où il joue avec les nerfs et la quiétude de celui-ci. La Maison des Murmures est une réussite.

Serge Perraud

La Maison des Murmures, Serge Brussolo, Plon, avril 2005, 328 pages, 18 €






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