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  Sommaire - Livres -  A - F -  Le Jour où moururent les Dieux




"Le Jour où moururent les Dieux"
de
Walter Ernsting (Clark Darlton)

Editeur :
Eons Ailleurs
 

"Le Jour où moururent les Dieux"
de Walter Ernsting (Clark Darlton)



10/10

Comment commencer un semblant de critique qui puisse rendre compte un seul instant d’un monument aussi fondamentale que Walter Ernsting (Clark Darlton) ? Comment parler sans être sous la menace de ne pouvoir faire taire les mots qui s’accumulent, se conjuguent quand aux immenses qualités, autant humaines que romanesques, d’un homme qui aura connu les monstres noirs du nazisme pour tenter de commencer l’oeuvre de la réconciliation, Perry Rhodan ? On est effrayé à l’idée même que ces mots impatients finissent par ne plus qu’être rares, pauvres, inexacts, voir même inadaptés pour tenter ne serait-ce qu’une approche d’un tel monument, une institution en Allemagne. C’est que justement, tout comme les américains, les lecteurs allemands se sont beaucoup plus souciés de leurs auteurs populaires que notre France qui aime tant se mater le nombril. Les States se sont souvenues de Poe et Lovecraft, la France a bien enterré ses Raoul de Warren, Dôle et Provot, qui furent tous un peu ces parents pauvres du genre fantastique, bafoués, niés, rejetés. Or, Perry Rhodan est une véritable institution chez nos potes teutons, une école d’exercice littéraire même, et ce n’est pas Lukakc qui dira le contraire, ni Esbasch et toute la brillante école de la nouvelle SF Allemande, encore que "nouvelle" soit un terme un peu maladroit, tellement il faut parler de continuité et de culte de l’école Rhodan. Alors un jour, Paul Alary et Jean-Luc Blary, qui étaient de grands fans devant l’éternel de cette série fleuve, se dirent qu’il serait bon de donner quelque chose en France qui fasse honneur à cet homme d’un profond humanisme. Cela donna un livre énorme, un livre hommage qui, non content de publier quelques belles raretés, se permettait également le luxe d’ouvrir une tribune consacrée à ce Géant tranquille. Et autant dire que les chose ont été bien et dûment faites..........

De ces rencontres qui ne se font pas et pourtant s’édifient

Des romans hommages engendrés par deux fous, Blary/Alary, le couple gagnant de Eons, il ne fut rien éprouvé par les yeux d’un Ernsting parce que parti trop tôt par le premier navire au long court. Et pourtant, il semblerait que chaque jalon, chaque pierre ajoutée à l’édifice fasse l’objet d’une approbation silencieuse, comme si, d’un au-delà serein, le maître modeste faisait savoir qu’il approuvait. C’est là qu’il se fait le mythe, là qu’il s’inscrit dans une instance ayant force de loi qui fait que toute personne aspirant à la paix mais dont la tête était assez pleine d’étoiles lointaines et de races extraterrestres anciennes, serait toujours la bienvenue. Paul Alary rédige sa préface et une douce envie de pleurer nous titille nos yeux si pleins des rêves de Rhodan et ses compères. Paul Alary avoue indirectement son impuissance à se saisir de l’homme, lui reconnaissant cette image d’un juste, et alors toute la dimension cachée de l’homme semble prendre un nouveau relief, accuser un autre visage. Alary nous parle de l’entreprise Rhodanienne et beaucoup alors lèvent les yeux vers cette entreprise, l’une des rares en France, qui postulerait pour ce cycle si discuté, si raillé par cette opinion de la vraie sf française qui n’aura jamais compris le phénomène populaire et social pour toujours ne cracher que ce populiste, ce "populiste" si bien servi par des journalistes ayant perdu jusqu’au souvenir d’un Albert Londres pour ne plus s’en tenir qu’à l’évidence décriée par les chefs idéologiques de la basse court et donc suspendre leur jugement.

Figure du père, portrait du fils

Comme il est rare de voir combien un homme se confond avec la légende d’écrivain qu’on a fait de lui. Cordial, loyal, courtois, Ernsting était tout sauf un simulateur, et encore moins un vantard. Paul Alary semble parfaitement se saisir du personnage et dans sa très belle préface fait bien attention de ne pas trop en dire, comme si ce père de la sf européenne communautaire n’avait pas grand chose à prouver. Haïssant le Nazisme alors que d’autres le suivaient avec la foi d’un pit bull pour son maître, Walter incarna durablement la figure du révolté et en même temps celle de celui désirant fonder une écriture sur l’éclatement des préjugés, sur le nivellement des différenciations raciales. Ainsi, les Arkonides sont une espèce d’extraterrestres décadents, les compagnons de Rhodan ont des tares physiques et pourtant se sont des héros. Toutes ces justices faites à des personnages rejailliront avec joie et générosité sur l’esprit des lecteurs, marquant les imaginations par ce "collectif indifférencié"dont l’Allemagne fut totalement dépourvue à la fin de la seconde guerre mondiale. Inscrivant des tropes humanistes dans ses aventures spatiales (cf : La Tour de la Vie éternelle) , de bons moments comiques et des créatures attachantes comme le Mulot-Castor, sorte de D2R2 extraterrestre de service qui apportera à chaque apparition une grande fraîcheur au style, une imagerie colorée et un sens du pittoresque, Ernsting inscrira durablement la saga Perry Rhodan au panthéon des oeuvres phares du Space-Opera.
Le portrait du père fait écho à celui du fils et on a l’impression que Robert Ernsting fait un peu le portrait de son père comme d’un double romanesque, comme si, non content d’avoir été un père attentionné et chaleureux, aimant et agréable, il se serait également permis de laisser sa "trace" en tant qu’auteur dans les souvenirs de son fils. Il nous dresse alors le portrait d’un homme d’aventure et de voyage, un ami de Von daniken, un homme dont les yeux étaient une mémoire du monde lui servant à mettre en avant ses personnages et ses histoires dans un projet unique et humaniste. Touchant et simple, cet hommage d’un enfant à son père trouvera bien des échos dans les esprits de ceux qui ont également perdu un père qui furent tout comme Walter, d’incroyables aventuriers, et des collecteurs d’images prises dans le vif d’une vie trépidante, même si elle fut aussi douloureuse. Or Ernsting a un secret, simple et moins élevé qu’un autel a un Dieu, il sait qu’il a eu de la chance, tout simplement, et sa modestie vient peut-être, qui sait, de cette impossiblité de ne voir tout le monde dans ce petit bonheur qui est le sien. C’est ainsi que, selon la légende, chaque visiteur se voyait toujours le bienvenu chez le père de Rhodan, tout simplement parce qu’il vous reconnaissait une place chez lui, quand, dans nos sociétés aux "totalitarismes silencieux"vous n’êtes que du bétail, des instruments, de la chaire malléable, exploitable. Et c’est peut-être aussi pourquoi Ernsting s’est vallut d’être autant aimé dans sa vie et, ce qui compte encore plus pour un écrivain qui racontait pour annoncer une nouvelle humanité, après la vie. C’est ce qu’on appelle un peu "l’éternité modeste des gens riches", des gens qui donnent tant de lumière qu’on aura de cesse de se souvenir d’eux et donc de leur accorder ce primat qui est "demeurer", "perséverer", "engendrer". Tout le monde n’est pas aussi bien traité, loin de là, mais ce sont également pour ces grands oubliés des sociétés à la mémoire trop courte pour récompenser mais toujours bien assez vaste pour demander, que Ernsting fait écho........

Le roman de la rencontre ou le rêve de Walter et Erich

Il est rapporté qu’un jour, en une Amazonie qui n’est plus à présent, deux hommes se rencontrèrent et entamèrent ensemble des fouilles. Or, lorsque le soleil soudain sombra sur la forêt pour laisser à la nuit le droit de dresser sa robe sombre, voilà qu’il découvrirent parmi les fouilles un étrange artefact. C’était un livre.....
Métaphore sur la création littéraire, vérités cachées entre les lignes d’une histoire de SF se déroulant dans l’univers de l’Aventure mystérieuse si chère à Charroux, "Le Jour où Moururent les Dieux" est un récit sans équivalent dans le genre.
Deux esprits se rencontrent, le romanesque rêveur qui aime tant humaniser l’univers, et l’archéologue avide de contenus de sens à la recherche de ces grands anciens, cachés en quelque ruine ou suspendus au-dessus de nos existences minutées par le terrible Kronos.
Cela nous donne ce roman qui est un bel hommage aux deux genres que sont la sf et ce qu’on pourrait déterminer comme le roman d’aventures "crypto-archéologique", parce que instituant une archéologie parallèle relevant plus des belles rêveries à la Indiana Jones que des théories officielles. L’auteur se met lui-même en scène aux côtés d’un certain Erich Von. Or ce dernier s’est vu remettre par un étrange archéologue, le professeur Thomé, une figurine revêtant les formes d’un sphinx en pierre de petite taille. Une légende tourne autour de cette statue. Il y est dit qu’elle serait la clef d’une chambre secrète se trouvant dans une pyramide quelque part dans la région proche de Sacsayhuaman. Ce serait une chambre dans laquelle demeurerait une véritable machine à remonter le temps qui permettrait de remonter à quelques 20 000 ans en arrière. Thomé disparu Erich Von propose à Ernsting de partir en quête de cette chambre secrète et d’accomplir ainsi l’exploit unique de connaître le secret des véritables origines de l’humanité.......
Récit de voyages, conte pour scientifique de pacotille, les qualificatifs pour nommer un tel ovni romanesque sont multiples. Mais ce qui est le plus fascinant dans cette histoire qui aurait pu en faire ronfler plus d’un, mais que le talent de conteur garde d’un tel écueil, c’est cette prolixité et cette audace bien américaine qu’on voit transparaître dans les personnages. Cette espèce d’insouciance volontairement choisie mais jamais outrée qui en fait un petit chef d’oeuvre de concision.
Mêlant le style de la chronique anecdotique à la montée en puissance du mystère propre au récit lovecraftien, le couple Ernting/Daniken s’en sort à merveille.
Au bout du compte, le lecteur aura l’impression d’avoir lu un roman qui joue avec la vérité et l’invention romanesque sans jamais vraiment trancher en faveur d’une clause ou d’une autre, même si la fin rest pleine de promesses, un peu comme ces romans des années 30/40. Et c’est ce qui fait de ce récit un grand livre fantastique qui enchantera les amateurs de l’archéologie fantastique, mais également ceux qui aiment le verbe tendre et attentionné envers ses personnages d’un Ernsting terriblement fidèle à ses idéaux et à sa vertu d’écrivain. Un régal tout au long des lignes d’un roman dont on eu souhaité voir une suite.......

La Fin du Monde
Clark Darlton
10/10

Sous son pseudonyme littéraire, Ernsting s’est également amusé à produire des nouvelles plus classiques comme cette magnifique mise en scène de la fin du monde.
Un couple, Jeremy et Peggy MacAllister, quitte les grandes agglomérations de leur ville pour prendre un peu de repos dans les montagnes d’ Ecosse. Charme bucolique, havre de paix, la petite maison plantée en ces terres tranquilles promet de beaux moments à ces deux amoureux qui se regardent toujours avec le même regard vingt ans plus tard. Or, un soir, ils se mettent à supposer par jeu la fin du monde et s’imaginent comme seuls survivants. Ce jeu que tout le monde a dû faire un jour, singeant un hypothétique holocauste nucléaire, va porter ses fruits et bientôt, le lendemain, le couple va commencer, par de simples détails d’abord, puis des signes de plus en plus alarmants, à se demander si les mots auraient un réel pouvoir sur le monde.
Belle histoire sur le thème des lendemains qui déchantes, ou de la fable du battement d’ailes du papillon, l’art de Ersting ne s’axe plus sur les effets de la bombe, mais plutôt sur nos sentiments face à cette éventualité aux fatales effets. Tout en douceur et en délicatesse, il nous dépeint la montée de la terrible angoisse, celle qui est plus forte que toutes les autres, à savoir notre peur de la solitude absolue et des monstres de la bombe. Ernsting met remarquablement en relief ce paradoxe qui est de souhaiter vivre loin du monde tout en sachant qu’il n’est pas si loin de soi, ce monde. Un récit qui touche au sublime.....

Hommages croisés

On aurait pu penser que le belle entreprise du duo Alary/Blary s’arrêterait là, c’était sans compter sur leur prolixité en documents sur le monument Ernsting. Passionnés et fans de la première heure, ils nous servent, pour achever comme il se doit ce merveilleux plat, un dictionnaire des "Enfants de Perry Rhodan". Que ce soit Rainer Castor, le truculent Leo Lukas, Hubert Haensel, et quelques autres inconnus en France, les auteurs nous présentent un panel large, un panorama de l’école de Science-fiction allemande. Témoignages et véritables déclarations d’amour envers Rhodan et son scribe, ce dictionnaire des affinités romanesques et des parentés de cette école du style Allemand est une mine d’or, et la preuve que s’est solidifiée autour d’un auteur populaire une communauté de sentiments, mais bien plus, un véritable atelier d’écriture où le passage par les univers de Ernsting est souvent une épreuve formatrice et une réalisation en soi. Une belle entreprise de talents conjugués que nous ne sommes pas prêt de voir un jour se réaliser en France autour d’un monument comme G.J. Arnaud, et c’est vraiment regrettable.......
Le livre s’achève sur une version condensée d’une étude tout à fait passionnante sur l’auteur à partir d’une publication paru en Allemagne.
"Clark Darlton, l’homme qui apporta l’avenir" est un véritable plaidoyer envers cet écrivain étonnant qui était bien partout, vivotait avec délice dans l’entourage d’un Ackermann et peu à peu, commençait à édifier son oeuvre considérable. Explication du phénomène par l’exemplarité d’une vie généreuse ouverte aux autres, ce bel essai est un cadeau fait à tous les fans de la mythique saga et la preuve que Perry Rhodan a depuis longtemps dépassé les "startings Blocks" de la littérature populaire pour s’inscrire de manière définitive sur la toile des grands créateurs de la Science-fiction. Oeuvre de journaliste sans parti pris dogmatique, ce court essais est un reportage vivant sur l’histoire de toute une vie. Tous les aspects de l’homme sont passé en revue mais surtout tous ses rapports aux écrivains, au fandom, aux amateurs, aux diverses revues et collections. Mais encore plus touchante est cette triste et douce réflexion qui transparaît dans les mots , celle qui fait qu’une rencontre fut impossible même si elle a généré des rapports passionnés et fédérateurs. La maladie et la mort rappellent tristement qu’ils ont le dernier mot, mais pas forcement toujours le mot de la fin. Ce que cette oeuvre monumentale offerte à la postérité peut témoigner aux millions de personnes qui l’ont lu en entier ou traversé, ne serait-ce que quelques heures, le plus beau des cadeaux pour l’auteur et la seule gloire dont il fut vraiment fier : un partage.....
Un grand merci à Eons pour ce nouvel exploit et cet hommage en forme de pied de nez à la mort qui décidément n’a pas d’humour et perd, parfois, quand l’oeuvre survie. Tel Robert Howard, Ernsting est un homme que beaucoup auraient aimé rencontrer. Disons qu’en les lisant nous sommes assez fier de les avoir côtoyé au travers de la toile subtile des mots, dernier paradis sur la terre quand elle n’est plus qu’une idée........

Le Jour où moururent les Dieux, Walter Ernsting, Eons Ailleurs, traduit de l’Allemand par Jacqueline Osterrath, couverture de Michel Van, 350 pages, 19.60 €.






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