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"Les Amants étrangers "
de
Philip José Farmer

Editeur :
Terre de Brume
 

"Les Amants étrangers "
de Philip José Farmer



9,5/10

Le présent roman est le développement de The Lovers, une nouvelle qui fit sensation, même scandale, lors de sa publication en 1952. Le texte de Farmer avait tout pour déplaire en cette période de puritanisme et de Maccartisme. Déjà, dans la SF, il montrait des rapports sexuels, de plus, entre races différentes. Son texte battait en brèche deux grands principes du genre : la nature des Extra-Terrestres et « l’ignorance » du sexe. Non seulement les Extra-Terrestres n’étaient plus des monstres mais ils s’accouplaient aux humains. En effet, la SF comme le western, avait jusqu’alors affiché une prudente réserve vis-à-vis de l’utilisation de organes de procréation à d’autres fins que la survivance de l’espèce. Mais cela n’empêcha pas le jury du premier Prix Hugo de distinguer Farmer au titre de Nouvel Auteur.
Depuis, la perception et la relation au sexe, surtout dans notre civilisation occidentale, a bien changé et le livre de Farmer est, de ce point de vue, bien gentillet. Avec le recul, l’accueil fait à ce texte ressemble à une tempête dans un verre d’eau. Cependant, il faut resituer la nouvelle dans son contexte et prendre en compte que le livre n’a été écrit qu’en 1961. (The Lovers la nouvelle originale n’a pas encore été traduite en français) Par contre, la dénonciation du racisme, de l’intégrisme, de cette chape de plomb qui pèse sur la liberté et sur la personne humaine restent bien d’actualité. Et dans l’Amérique de Bush...

Hal Yarrow est un linguiste « Tchatout », un scientifique ouvert sur le plus grand nombre possible de branches qui se rattachent à sa spécialité. Cet esprit ouvert, pour le XXXIè siècle, souffre de son conditionnement et de la tyrannie religieuse. Il rentre d’une réserve canadienne et vient d’aborder une esquisse des plaisirs de la sensualité. Dans le Clergétat, le régime qui règne sur l’Amérique du Nord, toute la société est soumise aux lois édictées par Isac Sigmen Le Précurseur, sorte de prophète qui a tout prévu dans deux ouvrages, y compris un futur cependant rédigé en des termes obscurs. Hal vit sous la coupe de Pornsen, son AGI (Ange Gardien Intérimaire) sorte de garde-chiourme religieux et de Mary son épouse, une fervente croyante. Pas une once de liberté, de gaîté dans cette société. Aussi, quand sa hiérarchie lui propose de partir sur une lointaine planète, il saute sur l’occasion. Hélas Pornsen le suit. Conditionné, il accepte ce coup du sort et se plonge dans l’étude du langage des Wogglebugs, la race insectoïde dominante sur Ozagen.
Lors d’une expédition vers les ruines d’une ville construite par une race humanoïde éteinte, il découvre une femme traquée. Elle est semblable aux terriennes ! Lui, qui après dix ans de mariage, n’avait jamais vu une femme dévêtue, passe par toutes les transes possibles, déchiré entre son éducation, son conditionnement et les élans irrépressibles de son corps. Peu à peu, pour vivre avec elle, il s’affranchit et glisse insensiblement vers l’hérésie avec la complicité de Fobo, son ami insectoïde. Jeannette, c’est ainsi qu’elle se nomme, va concourir à cette évolution : « En quelques heures, elle l’avait rendu capable de surmonter des années et des années d’implacable discipline. » Mais qui est-elle vraiment ?
Au delà de la dénonciation vigoureuse et efficace du dogmatisme, de l’aveuglement et de l’abrutissement des foules, du racisme, l’auteur oppose deux conceptions de la femme. Mary et Jeannette, une humaine et une lalitha, références transparentes à Marie la mère de Dieu et à Lilith. Cette dernière, d’après la Genèse, serait la première femme d’Adam née du limon. Lilith réapparaît dans la Bible comme la tentatrice, l’incarnation maléfique de la sexualité et surtout ... comme la femme aspirant à devenir l’égale de l’homme. Pour qui se prend-elle ?
Philip José Farmer, fait de Jeannette une libératrice, une femme qui permet à Hal d’accéder à une vie débarrassée de la culpabilité et du péché, de s’affranchir du pouvoir du dogme.
Un livre à lire et à relire !

Serge Perraud

Les Amants étrangers, Philip José Farmer, Terre de Brume, collection Poussière d’Etoiles, mars 2005, 190 pages, 17 €






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