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Décès de Andre Norton

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Le 17 Mars 2005 la grande Andre Norton est décédée d’un arrêt cardiaque dans sa maison de Mufreesboro en banlieue de Nashville. Aucune disposition particulière n’a été demandée de la part de l’auteur quand à son enterrement, hormis d’être incinérée avec les livres regroupant ses nouvelles de début et de fin de carrière.
Alice Mary Norton est née le 17 février 1912 à Cleveland. Elle est l’auteur de plus de 130 romans dans des genres divers, comme des essais, des éditions spéciales de Jules Verne dont elle assurait de brillantes préfaces, de remarquables sagas de space-opera et de Fantasy. En 70 ans de carrière, cette boulimique de l’écriture fit rêver des générations d’adolescents avec ses cycles toujours très attachants mêlant héroïsme et humanisme, traitant souvent souvent ses personnages féminins et masculins sur un même pied d’égalité. Elle commença à publier sous pseudonymes (Andrew Noth, etc...) puis fini par utiliser son véritable nom, Andre Norton. Si elle choisit de conférer cette masculinité à son nom c’était afin de toucher les lecteurs des deux sexes, une recette qui fut un succès constant durant plus d’un demi siècle. La société des écrivains américains de Science-fiction et de Fantasy a récemment annoncé qu’en 2006 un prix spécial allait être crée, le "Prix Andre Norton", une distinction qui sera réservée aux jeunes auteurs. Toujours attentive à ses fans que ce soit ceux de la première heure ou les nouvelles générations qui chaque année venaient enfler ses millions de lecteurs, Andre a toujours donné une place importante à ces derniers, elle pensaient qu’il étaient en quelque sorte sa motivation première, peut-être sa plus grande histoire d’amour avec celle de l’écriture. Andre Norton débuta dans le monde des lettres en 1934, elle avait alors 22 ans et publiait une nouvelle, "The Prince Commands", qui mettait en scène une Europe figurant un vaste royaume mythique. Un jeune noble retournait sur les terres de son enfance afin de les délivrer de terribles invasions. Puis ce fut la monolithique saga du "Monde des Sorciers" (Witch World saga) qui comptera plus de 30 romans et quelques nouvelles éparses, tous aussi bons les uns que les autres, une qualité rare comparativement aux classiques pertes des longues sagas qui ne sont et ne seront jamais aussi constantes au fil des volumes. C’est qu’Andre Norton est une passionnée qui s’est donnée entièrement à son oeuvre., sans bâclage ni approximation. Après de nombreuses années en tant que libraire, Andre Norton décida de monter son propre institut, "The high Hallack Writer’s Research and Reference Library" en 1999 à 30 kilomètres au sud-est de Nashville. En fait, André ouvrit sa propre librairie dans un ancien garage assez vaste pour accueillir les auteurs procédant à des recherches sur les anciennes religions, les armes, les mythologies ou l’histoire ancienne dont ils peuvent avoir besoin pour accoucher de leurs histoires. En ouvrant cette librairie, André voulu offrir un havre de paix et un lieu où seraient quantifiée toute les données nécessaires à leurs travaux. Une tâche habilement menée, encore une fois avec toute la sincérité d’une femme qui s’était donnée à son oeuvre comme on se donne à son mari. Modeste mais ambitieuse, André Norton était avant tout une partisane de la cause imaginaire. Jusqu’au bout elle suivra ses mains habiles tapotant avec toute la grâce d’une artiste des mots, la machines, le traitement de texte ou un simple crayon sur une page blanche. André Norton savait que l’éducation ne peut donner toutes les clefs pour la formation d’un écrivain, de fait, sa "Librairie" qui portera fièrement le nom de l’un des pays de son "WitchWorld" (High Hallack) est un peu un palliatif à ce manque et un hommage sincère envers une profession qu’elle embrassera avec passion jusqu’au bout.
Dresser une liste de toutes ces sagas et cycles de Space-Opera et Fantasy serait une tâche sans fin, tout juste citer quelques noms qui ont durablement marqué certains fans.

Beastmaster : une superbe saga mettant en scène un guerrier barbare humaniste accompagné d’un tigre noir, de deux rongeurs et de cette belle naïveté qui manque tant au genre. Adapté trois fois pour les écrans, le premier "Dar l’invincible" est une petite merveille comme le cinéma n’en fait plus beaucoup. Ce cycle est souvent cité par les fans par cette finesse de l’écriture et cette jubilation de conteuse que peu d’auteurs maîtrisent parfaitement. un cycle qui mériterait une traduction en France.

WitchWorld : comment ne pas citer cette saga énorme qui couvre toute la carrière d’André avec plus de 30 volumes consacré à ce monde parallèle où la magie est maîtresse de tout. Plusieurs sous cycles et romans isolés viendront alimenter cette vaste fresque excitante à lire et riche en descriptions et histoires qui ont ravies des générations d’enfants et d’adultes. Aujourd’hui encore, des hordes d’adolescents s’arrachent encore et toujours les tomes de sa saga, c’est là un signe de ce qu’on nomme excellence. A signaler que seulement 5 volumes sont parus jadis dans la collection Presses Pocket junior, massacrés comme il se doit par une traduction économique où il manquait quelques paragraphes comme d’habitude, et ce n’est pas la faute du traducteur.

Le cycle de Simon Tregarth est épique, sauvage, guerrier, et le monde des sorcière est l’un des plus beau univers jamais décrit dans le genre. Un héros à mettre aux côté de Conan, John Carter, Elric, et quelques autres, dont on aimerait bien voir un jour le retour chez un éditeur......

André Norton est partie le 17 Mars 2005, partie parce qu’elle est de ces gens dont le souvenir subtile marque suffisamment les coeurs pour que l’esprit collectif en déduise qu’elle n’a fait que s’absenter pour quelques temps, partie rejoindre les contrées terribles et merveilleuses de son monde des sorcières. Là-bas l’attend une autre demeure. Haute perchée sur une montagne de roche rouge, elle abrite d’autres histoires qui attendent André comme les enfants leur bonne fée. Une tasse d’un thé à la fleur d’oranger déposée sur une table basse, des chausses qui la feront voyager sans se déplacer, et un fauteuil magique qui lui fera passer à travers toutes les époques. Je la vois déjà, elle nous attend, mais ce n’est pas pour maintenant. Il nous faut prendre la plume et écrire. Après, nous verrons si nous méritons une invitation dans la haute demeure de Dame André Norton, créatrice de monde et amoureuse des mots.