SF Mag
     
Directeur : Alain Pelosato
Sommaires des anciens Nos
  
       ABONNEMENT - BOUTIQUE - FAITES UN DON
Sfmag No109
109
2
 
n
o
v
e
m
b
r
e
RETOUR à L'ACCUEIL
BD   CINE   COUV.   DOSSIERS   DVD   E-BOOKS  
HORS SERIES    INTERVIEWS   JEUX   LIVRES  
NOUVELLES   TV   Zbis   P. Dagon-A. Pelosato  
Encyclopédie de l'Imaginaire, plus de 13 000 articles
  Sommaire - Films -  M - R -  Neverland


"Neverland" de Marc Forster

 

Nous sommes au début du XXe siècle. Un jeune auteur de pièces de théâtre s’évertue à poursuivre sa passion, même si le public ne le suit pas et le propriétaire du théâtre qui produit ses pièces est trop tolérant pour lui dire ce qu’il pense. Son nom est James M. Barrie, et c’est le vague à l’âme qu’il se met à arpenter les allées de Kensington Gardens afin de trouver l’étincelle de génie qui lui permettra de produire le chef d’oeuvre de sa vie. Sa dernière pièce n’ayant encore été qu’un échec supplémentaire, son mariage avec la comédienne Mary Ansell semble prendre le même chemin. Abattu, à la recherche du chef d’oeuvre perdu, James Barrie ira donc s’abandonner sur un banc de part ces allées de Kensington Gardens. Il y fera une rencontre qui bouleversera sa vie et d’une manière totalement inattendue. Assis sur le banc qui est un peu sa vigie céleste, James est interrompu dans ses méditations par une petite voix. Sous le banc, un enfant qui se dit prisonnier, et James Barrie de lui rétorquer qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir pour le libérer. Sans s’en rendre compte, James Barrie vient de rentrer dans le quotidien d’une famille de quatre jeunes fils et d’une mère désoeuvrée par la mort de son mari. Il y fera en outre connaissance du petit Jack, qui, il le sait déjà, sera la base qui lui servira à inventer son personnage éternel de Peter Pan. De fil en aiguille, l’auteur commencera une relation qui deviendra rapidement de plus en plus étroite avec cette femme qui croit en lui et ces quatre enfants, dont Jack, qui ne semble plus croire en rien. Sans vulgarité ni débauche de sentiments, James et Sylvia Llewelyn Davies entretiendront l’une des plus belles relations filmées au cinéma, jusqu’à l’issue fatale et cette nouvelle déchirure que la vie semble parfois assener avec sa si terrible et hasardeuse façon qu’elle a d’ouvrir la porte sans cadenas à la mort. Mais la fable a cela d’incroyable qu’elle permet de sauver, même l’inéluctable, et c’est un peu la leçon que donne ce film merveilleux.

Après Tim Burton et son élogieux portrait d’un père plus vrai que sa légende, Marc Forster décide de prendre à bras le corps le personnage le plus célèbre chez les enfants, Peter Pan/James Barrie. Sous le grain subtile de la photo d’un Roberto Schaefer, il nous narre avec tendresse et douleur le portrait d’une époque qui attendait de rêver sous les fards de la bonne société bourgeoise, celle d’un homme pour qui son oeuvre était plus importante que tout et que son état d’éternel adolescent a pu rendre possible tout comme cette rencontre avec une famille qui aurait pu être la sienne. Inspiré de l’oeuvre de Matt Chase sur James M. Barrie, le réalisateur s’est entouré de remarquables acteurs. Tout d’abord l’inévitable Johnny Depp qui, une fois de plus, incarne son rôle totalement et sans approximation. Il nous laisse un James Barrie terriblement fidèle à ses principes, sans hypocrisie aucune, à la poursuite du chemin de Faerie, suivant chaque pas que lui offre à voir la lumière cachée. Quand à kate Winslet, elle nous campe une Sylvia Llewelyn Davies de laquelle émane une étrange luminosité et une profondeur rarement atteinte à l’écran. Kate Winslet a réussi à éviter le piège de Titanic dans un rôle où elle transmet le souffle d’une femme aimant encore et toujours la vie. La relation qui s’installe entre eux deux est filmée avec une telle élégance et une telle pudeur qu’on y devine déjà les prémisses de la relation qui unira Peter Pan à Wendy.

Jack (Nick Roud) quand à lui rempli parfaitement son rôle de Peter Pan, à la différence que s’il en porte les traits à s’y méprendre, il n’en a en rien l’esprit d’éternel enfant. Jack ne veut plus croire en ses rêves depuis la mort de son père. Une autre relation va s’établir alors entre James et jack, ami à ennemi au départ, confident épistolaire ensuite, puis, la confiance s’installant, on aura droit à une scène finale où l’enfant déjà adulte s’ouvrira une fois pour toute à l’homme enfant en un embrasement touchant et sincère, comme on le voit très rarement au cinéma. Ainsi, les extrémités se rejoignent, la courbe symbolique s’est ployée pour revenir à son commencement, et James Barrie se retrouve sur un banc. On croirait presque à une scène tirée de Beckett. Pas d’explication lénifiante sur la mort, juste le don de la foi d’un enfant qui n’avait jamais cessé de l’être à un enfant qui, bien qu’ayant cessé définitivement de l’être, usera peut-être de ce qu’il y a de plus fort et de plus courageux face au néant de la mort : une plume, tout simplement, et des mots à écrire sur une page blanche, suprême magie et pied de nez à la mort en attendant qu’elle nous rattrape.

"Finding Neverland" est une oeuvre à part dans le cinéma, un film qui non seulement évoque l’histoire d’une création, mais encore ce qu’une simple scène avec des enfants suspendus à des câbles, peut encore avoir d’émouvant, et ce même dans notre monde du virtuel et de cet autre solitude qu’on nomme loisirs et libertés. La première de la pièce de Théâtre suscitera chez certains les mêmes frissons et la même douce envie de pleurer que ce second volet de cette "Guerre des étoiles" découvert pour la première fois sur les écran alors qu’on n’avait que 10 ans, ou bien un incroyable "Flash-Gordon" enflammé par la musique de Queen. Tous les personnages présents dans le conte de Barrie se retrouvent dans sa vie, et, au moyen de fils, cordes, postiches et autres déguisements, il les fera vivre sur scène. Ainsi, Marc Forster restaure ce lien subtile qui unie théâtre et cinéma par les artifices du scénique et des effets spéciaux, qu’ils soient de câbles et décors de bois ou beaucoup plus élaborés, ceci pour nous rappeler peut-être quelque part le théâtre Grecque au temps de Platon, Socrate et Aristophane, avec au-dessus ce vacarme d’acteurs et de décors, peut-être ce petit rire qui est un peu le seul panache face à la mort qui rôde aux abords du bonheur de vivre, un bien au combien tellement plus supportable si on se comprenait, si on s’aimait mieux. Johnny Depp le montre très bien à Jack, la vie est aussi une expérience terrible, et la mort est malheureusement l’inévitable horreur et bout, ce qui confère aussi au film un petit côté fataliste mais jamais désespérant cependant, Peter Pan est passé par là. Faisons nous donc rêver, même si......................



Retour au sommaire