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  Sommaire - Films -  A - F -  Alexandre


"Alexandre" de Oliver Stone

 

Réalisé par Oliver Stone
Avec Colin Farrell, Angelina Jolie, Val Kilmer
Année de production : 2003
Sortie en France 5 janvier 2005

A noter que le projection de presse à laquelle nous avons été conviés était désastreuse la luminosité de la lampe de projection étant réduite d’1/3 ce qui ne nous a pas permis de voir le film dans des conditions optimum.....

Après 5 ans d’absence, le cinéaste Oliver STONE nous revient avec un film à la mesure -où plutôt devrais-je dire à la démesure - du sujet qu’il a choisi : ALEXANDRE, ce jeune roi qui tint le Monde dans ses mains et qui mourut à 32 ans et pour ce faire il s’est adjoint le meilleur des collaborateurs : Mr Robin Lane Fox, professeur d’histoire ancienne et auteur en 1974 d’une des biographies les plus claires et les moins erronées sur Alexandre.

A l’exception d’une unique tentative en 1956 dans laquelle Richard Burton tenait le rôle d’Alexandre, aucun metteur en scène n’avait osé porter à l’écran la vie extraordinaire de ce jeune monarque qu’on surnomma LE GRAND.

On ne peut qu’être étonné par ce que ce tout jeune homme accomplit dans sa courte vie : Il fut l’un des plus grands guerriers de tous les temps, gagnant sa 1ère grande bataille à 16 ans... Volant de victoires en victoires il ne perdit jamais une seule bataille et à 25 ans ce conquérant régnait déjà sur toutes les parties du Monde connues à cette époque. En quelques années il avait parcouru 35.000 Km et son Empire s’étendait de la Macédoine (Yougoslavie) aux Indes totalisant 5 millions de km2 qu’il avait arrachés et pacifiés à la pointe du glaive...

J’ai été particulièrement impressionnée par la vérité historique du portrait dépeint par Oliver STONE : il est fait pour des spectateurs sérieux et ceux qui ont fait des études helléniques ne pourront qu’apprécier.

Alors pourquoi cette impression de frustration ? : La manière de raconter qui pour la plupart des 3 heures que dure le film se fait a travers une narration d’Anthony Hopkins ? Les acteurs ? La direction ou plutôt devrais-je dire l’absence de direction ? Le manque de focus et l’impression d’un puzzle dont il nous faut remettre les pièces en place ?.... C’est sans doute l’addition de tout cela qui nous laisse sur notre faim.

Concentrant son histoire sur Alexandre lui-même et son continuel combat entre ses rêve de conquête et sa propre personnalité, STONE a essayé d’entrer dans la conscience de ce jeune homme qui vécut il y a 2.300 ans et qui changea complètement la nature du Monde. Il effleure seulement la partie conquête alors que le jeune roi entraîne son armée jusqu’aux confins des Indes dans un périple de 8 longues années avec des troupes de plus en plus décimées, réduites et au bord de la révolte. Mais nous suivons également les changements qui suivirent ses conquêtes car Alexandre modifia complètement la face du Monde par son désir d’unifier, d’éduquer et d’instruire les peuples qui composaient son Empire ouvrant ainsi la porte à une véritable transformation culturelle que seule la civilisation grecque - alors à son zénith - pouvait leur donner.

C’est donc un film au sujet d’Alexandre l’être humain, sa vie, sa famille, ses relations avec les autres et non au sujet de celui qui engagea 50 batailles....

Alors partons au temps de l’avant christianisme, un temps où les coutumes sociales et la morale était bien différentes d’aujourd’hui, un temps d’incroyables brutalités et trahisons mais où la beauté et l’idéal était également présents....

Nous sommes en 323 avant Jésus Christ, Alexandre (Colin Farrell) a 32 ans, et il meurt sans nommer de successeur.... Puis, dans un immense bond en avant, nous nous retrouvons dans le Port d’Alexandrie ou plus exactement à l’intérieur de la fameuse bibliothèque d’Alexandrie où le vieillissant Pharaon Ptolémée - ancêtre de Cléopâtre - (Anthony Hopkins) dicte à un scribe l’histoire d’Alexandre dont il fut l’un des fidèles généraux., et..... Retour en Macédoine où le jeune Alexandre voit sont père le roi Philippe (Val Kilmer) complètement ivre, essayer de violer sa mère la reine Olympias (Angelina Jolie). ...

C’est ainsi que l’histoire passe sans transition d’Alexandre adolescent a sa campagne contre les Perses.... Ses autres exploits (Egypte, Asie Mineure) sont complètement passés sous silence et ne bénéficient que d’une légère - trop légère - narration d’un Ptolémée vieillissant. Même le meurtre de son père est étrangement passé aux oubliettes et fera bien plus tard dans le métrage l’objet d’un court flash-back.

La première partie des 3 heures que dure ce film nous montre également les relation d’Alexandre avec Hephaistion, son ami d’enfance, et un petit groupe de compagnons qui tout au long de son règne se battront á ses cotés.

Considérant qu’Alexandre est connu particulièrement pour ses conquêtes sur les champs de bataille il est surprenant de constater que ce film ne prend que quelques minutes pour nous montrer seulement 2 batailles : la défaite des perses à Gaugamele et la terrible et vicieuse bataille entre l’armée d’Alexandre et les troupes indiennes montées sur des éléphants. De quoi être désappointé car 3 heures de film aurait quand même pu être utilisés à montrer plus de batailles et plus de conquêtes. Mais ces 2 batailles sont absolument spectaculaires et j’ai particulièrement aimé voir la Bataille de Gaugamele à travers les yeux d’un aigle survolant le champs de bataille quant à l’affrontement entre les éléphants et la cavalerie d’Alexandre -où d’ailleurs Bucéphale son cheval et fidèle compagnon sera tué - c’est absolument saisissant.

Concernant les acteurs Angelina Jolie joue une puissante reine Olympias, folle des serpents et qui ne vit que pour son enfant Alexandre dommage que STONE l’ai affublée d’un horrible accent slave qui parfois en devient risible. Espérons seulement que le doublage effacera cela....

Colin Farrell intervient lorsqu’Alexandre a 19 ans et nous présente un héros de bonne facture mais lorsqu’on le voit avec sa mère on s’aperçoit qu’il n’y a que quelques mois de différence entre les 2 acteurs : Il ne devait pourtant pas être bien difficile de vieillir Angelina : quelques rides, quelques cheveux blancs et le tour était joué. N’y a-t-il plus de professionnel du grimage dans le milieu cinématographique ?

Je n’ai pas été convaincu par Val Kilmer en roi Philippe de Macédoine, borgne et ivre la plupart du temps. Nous retrouvons sans aucune innovation sa prestation en Jim Morrisson dans le film “ les Doors ”.

Anthony Hopkins dont le professionnalisme n’est plus à démontrer est un excellent vieux Pharaon Ptolémée mais nombre de scènes où il apparaît ne m’ont pas semblé nécessaire et l’excessif usage d’une narration même faite par ce grand acteur détourne notre attention des batailles, campagnes, oracle et c’est gênant. Je pense qu’Oliver STONE a voulut ainsi couvrir les 32 ans de vie d’Alexandre car les Studios n’auraient jamais accepté de supporter les frais d’une “ trilogie ”.

La plus inattendue performance est sans doute celle du captivant Jared Leto : son portrait d’Hephaïstion et sa relation bisexuelle avec Alexandre sont fascinants.

Les relations entre Héphaïstion et Alexandre sont simplement suggérées et il a été dit que nombre de scènes ont été coupées car le film aurait été “ trop homosexuel ” pourtant c’était ce qu’était Alexandre et nous ne pouvons transformer l’Histoire. Sa bisexualité existait et je ne crois pas qu’il soit dans le meilleur intérêt de l’Histoire de distordre la vérité et si vous voulez parler de bisexualité dans un film et bien faites le et ne tournez pas “ autour du pot ”. La Grèce Antique était une Société essentiellement patriarcale et il n’y avait ni homosexualité ni bisexualité seulement une sexualité inévitable. Hephaistion a grandi avec Alexandre et l’aime avec tout son amour et il sera du début à la fin de sa vie son seul vrai compagnon dans le sens le plus noble du terme.

Alexandre était une grande figure charismatique qui a traversée les siècles mais Alexandre le film ne nous montre aucunement cet aura, cette lumière que ce magnifique conquérant devait répandre autour de lui. Ptolémée ne dit-il pas : “ En sa présence nous étions meilleurs que nous mêmes ”.

Tourné en décors naturels en Thaïlande, à Malte, au Maroc et aux Indes les paysages sont sublimes, les costumes magnifiques et la musique de Vangelis est de toute beauté mais.....

Non, Alexandre n’est pas un mauvais film mais ce n’est pas non plus un grand film car sa structure est un véritable cauchemar sans aucun sens de direction ou cohésion : il y a des passages extrêmement brillants entrecoupés par de longues périodes de temps morts et ennuyeux ; Bref, 3 heures de film pour seulement 1 heure de bons moments c’est frustrant surtout lorsque le metteur en scène s’appelle Oliver Stone !

Andrée Cormier



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