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"After Yang"
de
Alexander Weinstein

Editeur :
ActuSf
 

"After Yang"
de Alexander Weinstein



Ne vous laissez surtout pas rebuter par la laide couverture qui reproduit l’affiche du film poussif et soporifique de Konogada – nouvelle preuve qu’étirer sur 1h30 l’adaptation d’une nouvelle de 20 pages est un art bien délicat – car à l’intérieur, il n’y a que du bon, ce que je n’ai pas eu l’occasion de dire en ces pages depuis bien longtemps ! Ces 13 textes courts ont été publiés aux USA sous le titre Children of the New World, titre qui en dit plus long sur le contenu de ce livre, qui en effet nous parle des enfants du nouveau monde, du futur qui est en train de se construire (ou se déconstruire ?) sous le regard avisé de l’auteur. Chaque nouvelle a sa part d’originalité, mais on peut dégager deux mouvances chez Weinstein, qui entrevoit les dérives toujours plus aliénantes des nouvelles technologies, et les conséquences catastrophiques du bouleversement climatique.

Attachement émotionnel aux « hommes-machines » dans la nouvelle titre, héritière de Blade Runner, addiction aux faux souvenirs dans « Les cartographes », qui lorgne du côté de Total Recall. Là s’arrête le parallèle avec le maître Philip K. Dick, puisque Weinstein déroule d’autres problématiques qui sont celles d’un vingt-et-unième siècle en devenir. Trafic internet lucratif de photos d’enfants dans le glaçant « Heartland », rejetons-avatars pour parents en manque affectif de progéniture dans « Les enfants du nouveau monde », délires sexuels sans limites – les avatars encore – dans « Migration », impossibilité d’aimer le partenaire dont on connait toutes les parts d’ombre une fois établie une connexion totale à sa psyché dans « Ouverture ». Weinstein entrevoit des rapports toujours plus virtuels, c’est-à-dire désincarnés, déshumanisés, désocialisés, jusqu’à la perte du langage (encore pire que le novlangue de 1984), outil de communication par excellence, arme majeure de l’intelligence. Après l’information et son traitement, c’est l’homme qui risque bien d’être transformé par ce processus toujours plus avancé de dématérialisation et d’instantanéisation (c’est pas français ? et alors, il y en a bien qui écrivent « iels »…). Pour le meilleur et pour le pire.

Quant au versant environnementaliste, l’auteur propose des récits sensibles et poignants qui servent mille fois mieux la cause écologique que les lancers de soupe dans les musées ou les sit-ins sur les routes de quelques agités à qui on devrait proposer de manifester sous d’autres cieux moins cléments* (voir ci-après) – qu’il est bon d’être un « rebelle » dans une démocratie comme la nôtre… « Âge de glace » nous entraîne dans un cauchemar blanc sans fin nous rappelant que le réchauffement climatique peut s’accompagner d’une période de glaciation, « Ligne de pente » s’attarde sur la dernière saison d’une star déchue – car grièvement accidentée – des sports extrêmes, alors que la neige déserte définitivement les stations historiques, et que c’est sur les pistes artificielles de Dubai* (oui, venez là !) que la jet-set a désormais rendez-vous.

Des récits forts et poignants, sensibles et intelligents, qui allient émotion et réflexion, qui s’emparent des grandes questions de demain, After Yang est tout simplement un des meilleurs recueils de nouvelles SF de l’année.

Hervé Lagoguey

After Yang, par Alexander Weinstein, juin 2022, ActuSF, collection « Perles d’épice », 260 pages moyen format, 20,90 euros.






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